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Miséricorde ou empathie ?

28 janvier 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog

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Je suis en train de prendre conscience de ce qui me gêne dans un certain discours de l’Eglise. De ce qui me manque dans mes relations avec autrui, et en particulier dans ma vie ecclésiale.
Depuis le lancement du Jubilé de la Miséricorde, quelque chose m’incommode dans ce qu’en dit le Pape François et toute l’Eglise à sa suite.
Depuis longtemps, je lis tous les jours ce que dit ce pape ici ou là, ses homélies à Sainte-Marthe, ses discours plus officiels, les angélus et ses petites publications sur Twitter. Nous l’avons compris, il est, il sera le pape de la Miséricorde, celui qui veut nous faire retrouver celle du Père et du Fils, celui qui appelle l’Eglise à ouvrir grandes les portes de la Miséricorde pour tous nos frères et sœurs en humanité. C’est très beau, et très nécessaire, même si l’effet tarde à s’en faire sentir. Mais ce soir, c’est comme si je comprenais soudain pourquoi ça ne prend pas bien.
Je crois que nous touchons là à un point d’achoppement fondamental entre hommes et femmes.

L’homme a grand besoin de miséricorde parce qu’il est profondément pécheur. L’homme a grand besoin d’être pardonné pour son péché. Mais l’homme est orgueilleux, et il lui en coûte de s’abaisser devant le Christ Jésus pour confesser ses fautes et demander son pardon. Il lui en coûte plus encore de le faire par l’intermédiaire d’un autre homme, le prêtre. Les hommes n’aiment guère aller se confesser. Et le lent démarrage de ce Jubilé de la Miséricorde le prouve.
Je n’ai pas précisé le fond de ma pensée pour la paragraphe précédent. Quand je dis l’homme, je pense surtout à l’homme masculin. Le péché est profondément dans sa nature. Tout le monde s’insurge quand je l’écris : les hommes, blessés dans leur susceptibilité, et les femmes qui aiment à les défendre parce qu’elles sont désignées comme pécheresses, inductrices de péché, depuis la nuit des temps, et qu’elles ont intégré cela. Si fort qu’elles en viennent souvent à rejeter toute l’Eglise par révolte contre cette idée, sans pour autant vraiment remettre en cause l’idée même.

Eh bien moi, du cœur de l’Eglise,  je la remets en cause. J’en reviens toujours à Eve – Eve la symbolique – dont le tout premier mouvement de l’âme est l’obéissance à Dieu : déjà, elle a intégré sa Parole et l’oppose au serpent. « Dieu a dit : vous n’en mangerez pas. » (Genèse 3, 3) Sans les discours fallacieux et trompeurs du serpent, elle serait demeurée dans son obéissance originelle. Qui parle de péché originel pense à « Eve la tentatrice d’Adam. » Le mythe est solide. Je n’aurai de cesse de le démonter. Il n’a pour moi de valeur que pour souligner que l’homme a coutume de se défausser de sa faute sur la femme. Eve a été trompée, bernée, détournée de sa foi naturelle et originelle. Tandis qu’Adam se laissait aller passivement à sa nature déjà pécheresse, lui qui a été tiré de la glaise.

Quel rapport avec le Jubilé de la Miséricorde, allez-vous m’objecter ?
Je crois que les femmes sont fatiguées qu’on les noie dans la culpabilité, qu’on les incite sans cesse à rechercher leurs fautes, qu’on leur inculque encore et encore la pensée que leur nature est pécheresse. Et j’ose dire que ça, c’est encore une idée d’homme, qui de tout temps a tricoté la théologie en fonction de sa propre nature, à travers le filtre de son propre esprit.

Bien sûr que les femmes sont capables de pécher et qu’elles pèchent. Et qu’elles ont bien raison quand elles vont se confesser. Mais je n’arrive plus à adhérer à un discours qui les mettrait à égalité avec les  hommes face au péché. Il y a tout de même des nuances entre la médisance et l’envie qui leur collent à la peau, et les innombrables crimes et délits dictés par l’orgueil, l’inconséquence et la volonté de domination de leurs vis-à-vis masculins.

Or, tout ce que l’Eglise propose, c’est la reconnaissance de son péché et la miséricorde. Je sais que certains prêtres sont agacés que les femmes prennent le confessionnal pour un cabinet de psy. Qu’ils leur reprochent de confesser les péchés des autres et non les leurs. Mais moi qui suis femme, je dis que ce n’est pas faute d’avoir conscience de notre propre péché. Non, ce n’est pas cela. C’est que souvent, les femmes sont allées d’elles-mêmes jusqu’au bout de la culpabilisation, même quand elles étaient victimes du péché d’un autre, et qu’alors, ce n’est plus tant de miséricorde qu’elles ont besoin, mais d’empathie. Qu’enfin on arrive à se mettre à leur place quand elles ont été trompées, abusées, malmenées, délaissées, qu’enfin on les console et les comprenne, qu’enfin on les déculpabilise de ce dont elles ne sont pas coupables. Une femme catholique se retrouvera toujours, en confession, face à un homme qui raisonne en homme.

Dans le Christ, il y avait – il y a – une dimension supplémentaire. Il faisait preuve, justement, d’empathie, dont lui seul, comme homme, était vraiment capable, car dépourvu de péché.

Alors je vous en supplie, missionnaires de la Miséricorde, ayez à l’esprit cette pensée. Nous femmes ne sommes pas tirées de la glaise. Nous sommes capables d’une vive conscience de nos fautes. Et parfois, quand nous venons pleurer au confessionnal, nous n’avons pas tant besoin d’une leçon de morale que d’empathie pour ce que nous endurons au quotidien, et depuis la nuit des temps…

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5 commentaires

  • Véronique Belen says:

    J’aoute encore qu’en rédigeant mon billet, j’avais à l’esprit cet article, fort intéressant, lu il y a quelque temps :

    http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/confession-le-peche-a-t-il-un-genre-11-04-2014-51933_16.php

  • Claire says:

    Tout à fait d’ accord avec vous…J’ espère que vous avez pu écrire ( ou rencontrer) le bibliste en question pour exprimer votre  » sainte colère »…

    • Véronique Belen says:

      Cela fait longtemps, oui je lui avais écrit, et il m’avait répondu qu’il ne comprenait pas du tout pourquoi je m’étais ainsi emportée…

  • Véronique Belen says:

    Oui Claire, nous ne sommes pas différents de manière aussi tranchée, mais j’ai néanmoins pu constater ces constantes par toute ma vie.
    On pourrait méditer le « péché de David » qui est donné à la lecture dans notre Eglise ces jours-ci (2 Samuel 11 et 12). Je me suis fâchée un jour contre un bibliste qui mettait dans son commentaire comme cause de toute l’histoire la beauté de Bethsabée. Or à bien lire les textes, dans cette histoire, Bethsabée est victime de bout en bout. Elle est belle, oui, mais David use sur elle d’un « droit de cuissage » et rien d ‘autre ! Elle était sans doute une épouse honnête, et on peut considérer cette scène comme un viol. D’ailleurs le prophète Nathan dira bien à David qu’il a « pris » la petite brebis du pauvre. Bethsabée est réduite à une marchandise, et pour clore l’histoire, elle subira encore dans sa chair la sanction de David en perdant l’enfant né de cet adultère.
    On commente peu, en général, l’innocence de Bethsabée sur ces textes, et ce bibliste, comme la plupart, faisait preuve d’indulgence pour David mais pas de compassion et encore moins d’empathie pour Bethsabée…

  • Claire says:

    Très clairvoyant il me semble, même si chacun de nous, homme et femme est toujours complexe et ne peut être schématisé (certaines femmes étant très dominatrices et certains hommes très humbles..J’ en connais! )..Il serait intéressant que des confesseurs réagissent à votre billet pour dire comment cela raisonne avec leur expérience (sans rompre, bien sûr, le secret de la confession)..bonne soirée chère Véronique!



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