Site de Véronique Belen
Header

Blog

Cela arrivait dans la basse-cour de mon enfance : une volaille avait de velléités de s’élever vers le ciel, et mon père lui coupait toutes les plumes d’une aile. Je trouvais cela cruel, mais j’assistais, impuissante, à la condamnation au sol de cette pauvre créature.

Il est des situations, des mots emballés de courtoisie – ou pas – et le poison des ragots qui vous vouent aux abysses de l’estime de soi pour un bon moment. Pire qu’une amputation de quelques rémiges.

Et ainsi, j’ai aimé passionnément une école, jusqu’à lui consacrer douze à quatorze heures de mon temps par jour. Ces élèves-là, ces locaux-là, je les avais « dans la peau ». Depuis de longues années. Plutôt que de risquer d’en partir du jour au lendemain pour cause de couperet impitoyable des « seuils de fermeture » de classe, j’ai osé le choix fou mais raisonné d’en solliciter la direction, ce qui n’était ni dans mes ambitions, ni peut-être dans mes charismes. J’étais animée par le sens du service et de l’indéfectible fidélité. Le désir noble de faire un peu « autrement » que le copinage et la médisance sur celui ou celle qui venaient de passer la porte ayant prévalu pendant deux bonnes décennies. J’avais ce désir-là, qui n’était même pas une ambition, et la crainte d’être dévorée par les tâches administratives. Je n’ai pas discerné de quel côté allait se présenter l’ennemi, et été incapable de l’identifier à l’avance et à temps.

Avalanche soudaine de jugements et de mise en cause de ma pédagogie « trop lente » – moi qu’on avait souvent mise en garde contre mon excès de zèle en me disant « le trop est l’ennemi du bien » – avalanche de conseils « éclairés » sur notre métier par la jeune collègue ayant l’âge de mes enfants, avalanche de recommandations de la part de parents persuadés de comprendre le métier mieux que moi-même, malgré – à cause de ? – mes trente-cinq années d’expérience de classe. Recadrage vigoureux de la part de la hiérarchie sur la Bible actuelle – les programmes de 2016 remaniés récemment – qui sont vérité absolue… jusqu’au prochain gouvernement, mais chut, disant cela, je suis en train de franchir la ligne rouge.

Mon père s’asseyait sur le muret, il empoignait sévèrement la volaille à peine résistante, et, avec une paire de ciseaux immenses, il coupait les quelques plumes qui lui auraient permis de voler.

Ainsi de moi. En état de burn-out. Mais qui, dans les hautes sphères, s’en souciera ?

J’étais en pleine tourmente, persécutée de partout, on me calomniait, on me bousculait pour m’abattre… Des ragots, des jugements péremptoires sur ma pédagogie, sur mes capacités à faire progresser mes élèves, chacun dans son niveau.
J’étais complètement découragée, prête à jeter l’éponge, à mettre un terme à ma carrière professionnelle. Tenir deux jours avant de solliciter un arrêt de travail définitif.
Pas seule, cependant, car mes enfants chéris, mes meilleurs amis et des priants veillaient sur moi, pour moi.

La nuit, j’ai fait un rêve dont je ne me souviens plus vraiment, sinon qu’un ange était présent, là, très beau, le visage et les yeux clairs, une présence dense et apaisante.
Au matin, je jouais ma dernière carte. Mon supérieur hiérarchique m’envoyait une conseillère pédagogique pour observer mon fonctionnement et intervenir auprès d’un groupe d’élèves afin de pouvoir évaluer leur niveau réel.

Elle a passé avec eux un moment tellement agréable qu’elle reviendra. Ils ne sont pas en retard. Ma pédagogie n’est pas à remettre en cause, sinon quelques ajustements de fonctionnement dont j’ai pris note avec intérêt et reconnaissance. Retour positif. Je suis réhabilitée.

Au soir, la messe dans ma paroisse. J’ai lu à l’ambon le martyre de saint Etienne, sous le vitrail qui l’illustre. J’ai aimé la foi et la vision de saint Etienne. J’ai rendu grâce pour le rêve de l’ange, et la main secourable qui m’avait été tendue dans cette journée redoutée, au cœur même de la persécution la plus injuste.

Image : Annonciation   El Greco  (détail)  XVIe  Musée des arts catalans, Barcelone

En ce dimanche de la Miséricorde, nous relisons la foi des disciples, qui passe par l’incrédulité passagère de Thomas mais aboutit au témoignage inlassable de ceux qui ont côtoyé Jésus en son incarnation, l’ont vu trahi, arrêté, jugé, condamné à mort et supplicié sur la croix. Ceux qui n’ont pas été à la hauteur pendant ces événements tragiques, à l’exception de Jean et contrairement aux saintes femmes demeurées fidèles jusqu’au bout, vont se révéler plus tard d’ardents évangélisateurs, à commencer par Pierre.

Et par le mystère de la transmission de la foi d’âge en âge et la grâce de Dieu, nous aussi, chrétiens convaincus, nous devenons témoins de la résurrection et de la vie éternelle de Notre Seigneur qui nous y entraîne avec Lui.

Les temps sont un peu plus rudes pour nous que pour les premiers disciples car il semblerait que Dieu soit devenu parcimonieux quant au charisme de guérison. Je pense à une scène toute récente : un ami paroissien victime d’un grave malaise à l’église pendant la veillée du Jeudi Saint. Dans l’attente du SAMU, toute l’assemblée s’est recueillie dans une ardente prière pour lui, notre curé, qui rayonne d’une grande foi, est venu lui imposer les mains tandis qu’un autre prêtre ne le lâchait pas dans la prière, mais il ne s’est pas relevé. Il a fallu les secours, le brancard, l’hôpital, les soins… Fort heureusement, à la Vigile pascale, nous l’avons retrouvé rétabli et tout rayonnant d’un grand sourire. Foi, grâce et soins médicaux, cela semble être le chemin choisi pour nous par Dieu de nos jours. Il m’est témoin que j’intercède sans relâche pour des connaissances atteintes de graves maladies, j’ai la consolation de ne pas les voir mourir, mais leur maladie demeure, même freinée. Et cependant, je suis sûre de ne pas manquer de foi dans le Nom du Seigneur Jésus pour eux.

Me restent la force face à toute adversité, l’assurance de mettre ma foi dans le vrai Dieu – le Père, le Fils et l’Esprit Saint – et une paix intérieure qui résiste à toutes les épreuves de ma vie, qui vraiment ne manquent pas. Plus l’âme est établie dans une forte relation d’amour avec son Seigneur, et plus le Mauvais s’acharne contre son quotidien et celui de ses plus proches. Mes enfants pourraient en témoigner avec moi, eux qui sont toujours protégés dans les dangers qui les guettent, mais qui voient se multiplier dans leurs vies respectives les situations d’injustice ou de trahisons subies.

Nous restent l’ardente prière, la confiance dans le bouclier qu’est pour nous la foi au Dieu de Vérité, et même la protection sûre des anges quand le danger se fait imminent.

Grâces soient rendues au Dieu vivant qui n’abandonne pas ceux qui l’aiment, quels que soient les obstacles acérés que le Mauvais jette sur leurs chemins.

 

Image : Vitrail de l’église Saint Gervais, Paris

Si vous me croisez un jour dans une église hors temps de messe, à coup sûr j’aurai le nez en l’air et je serai en train de capturer la lumière des vitraux avec mon appareil photo. Les vitraux sont la merveille des églises, cathédrales et basiliques. Les plus contemporains nous envoient des flots de lumière colorée, les plus anciens racontent merveilleusement la Bible et l’histoire sainte.
Je ne les contemple pas en historienne, je n’aimerais même pas suivre une visite guidée à ce sujet, même si les comprendre mieux m’intéresserait. Non, je les contemple en contemplative. Ceux de la Sagrada Familia à Barcelone m’ont laissée en extase il y a quelques jours. Il faut dire que je la visitais au soleil couchant, et que les couleurs chaudes étincelantes côté ouest rendaient l’intérieur de la basilique particulièrement somptueux.

J’aime aussi capter la beauté et le mystère des vitraux figuratifs. Ils racontent une longue histoire que tant de chrétiens et de touristes ont tenté de comprendre à travers les âges ! Les vitraux nous parlent des personnages bibliques et des saints encore bien mieux que les statues, qui ont parfois quelque chose d’un peu ostentatoire ou même de mièvre qui m’incommode. Et puis, en photo, c’est indiscutable, les vitraux rendent bien mieux que les statues. Emotions d’une journée ensoleillée, joie d’une messe en plein jour qui allie l’éclat des cierges à celui de l’œuvre des maîtres verriers, quand la lumière entre à flots et coïncide avec le murmure du cœur en état de grâce.

Bénis soient tous ceux qui ont créé avec amour et talent des vitraux pour nos lieux de culte. Personnellement, je ne me lasserai jamais de les admirer, partout où je passe, et Dieu sait à quel point j’ai du mal à me trouver à proximité d’une église sans y entrer !

Question de confiance

24 avril 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

La foi, c’est d’abord une question de confiance, et dans trois directions : confiance en Dieu, confiance en ses témoins, confiance en soi-même. Si l’une de ces trois dimensions de la confiance manque, on est facilement dans le doute, mais on peut encore s’appuyer sur les deux autres. Manque-t-il deux voire trois dimensions à la confiance, on risque de vraiment perdre la foi et de se laisser séduire intellectuellement par tous ceux qui ont intérêt à ce qu’on chancelle.

La confiance en Dieu est certainement la plus difficile à garder. Dieu que l’on ne voit pas, que le plus souvent on n’entend pas, que parfois l’on ne sent pas. Dieu qui est tellement malmené dans le monde contemporain, qui est tellement galvaudé, qui est tellement défiguré par les idées fausses qui sont véhiculées sur lui. Dieu qui se cache et aime à se laisser chercher. Dieu qui se retire parfois volontairement d’une âme, même très pieuse, pour l’éprouver au creuset de la solitude et de la déréliction. Dieu qui veut mieux que l’adhésion formelle à des dogmes ou à des doctrines, Dieu qui espère de l’être humain de la quête, du désir, de l’amour. Trouve-t-il cela, authentiquement, il finit par se donner au-delà même des espérances de l’âme qui a véritablement aspiré à le connaître. Dieu ne reste pas caché pour toujours. Au détour du chemin ardu de l’espérance, dans le saut dans le vide qu’est la pari de la foi, Dieu s’offre pour des retrouvailles amoureuses brûlantes avec sa créature.

Pour avoir confiance en Dieu, il faut déjà une certaine idée de ce qu’il est et de ce qu’il a dit. Et là, il est nécessaire d’avoir confiance en ceux qui témoignent de lui : ceux qui l’ont connu, cherché, étudié avant nous. Les prophètes du Premier Testament dont les paroles sont intemporelles et si édifiantes, ceux qui en ont dit des choses justes et élevées, ceux qui ont consigné ces paroles dans le canon des Ecritures. Faire confiance au Christ Jésus et à ses témoins authentiques. Un verset de l’Evangile, une épître de Paul ou d’un autre auteur du Nouveau Testament, un passage des Actes des Apôtres pourront parfois plus pour notre foi que n’importe quelle leçon de catéchisme apprise pieusement – ou non – dans l’enfance. Refuser de lire les Ecritures, c’est s’enfermer dans le risque de ne jamais comprendre la quintessence de Dieu. Ne jamais ouvrir une Bible, c’est se priver du plus grand trésor de l’humanité, c’est à coup sûr s’exposer soit à une foi approximative, soit au doute voire à l’ignorance.

Enfin, la foi en Dieu requiert aussi la confiance en soi-même. Car ils ne manqueront pas autour de vous, tous ceux qui chercheront à renverser votre foi, à mettre autre chose à la place, à vous prouver que leurs idées de créatures valent mieux que le choix de la foi que vous avez librement posé. Ils ne manqueront pas, ceux qui prétendront vivre mieux que vous sans attendre quelque chose de Dieu. Ce n’est pas parce que ceux-là sont majoritaires, notamment dans notre pays de la raison raisonnante, qu’il faut en venir à douter de soi-même quand on a son ancrage en Dieu, sa Parole voire ses sacrements. Avoir confiance en soi est aussi la quête de toute une vie. Et là où Dieu s’est plu à faire grâce, il n’y a plus lieu de douter, ni de Lui, ni de ses témoins, ni de soi-même si on est résolu à marcher sur la voie de la sainteté, en se nourrissant de l’exemple du Christ et de toutes celles et ceux qui se sont configurés à lui au long des siècles. Puisons dans l’histoire sainte l’exemple de ce qui manque à nos propres vertus.

Alors, dans cette triple confiance en Dieu, ses témoins et soi-même, nous résisterons à toutes les manœuvres des esprits chagrins et malins qui, tout en dénigrant notre foi, ne font rien d’autre qu’ambitionner de la renverser par pure jalousie. N’oublions pas non plus que plus notre foi sera forte, affirmée et abreuvée de la grâce, plus les ennemis seront nombreux et redoutables autour de nous. Mais la confiance est réciproque entre Dieu et ses créatures : quand il se plaît à combler une âme de bienfaits spirituels, il l’envoie très sûrement dans sa vigne, avec une grande confiance en elle. Il ne lui épargne pas les obstacles, mais lui donne toujours les moyens de les surmonter.

Image : Le Christ et saint Thomas, Cathédrale Notre-Dame de Paris