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Nous méditons en Eglise ces jours-ci des extraits du chapitre 11 de l’Evangile de Luc, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jésus n’y est pas tendre pour les gardiens de la religion dans laquelle il a été élevé et qu’il a fidèlement pratiquée. Nous pouvons y lire toute une série d’invectives contre les pharisiens et les docteurs de la Loi.

J’ai toujours entendu prêcher sur ces extraits de doctes paroles sur le judaïsme de l’époque, sur la situation intenable de Jésus qui était messie d’Israël, Fils de Dieu et que ces notables du judaïsme étaient aveugles à reconnaître comme tel. Sans doute l’antisémitisme qui a eu cours dans les milieux chrétiens pendant des siècles a-t-il pris là sa source. Moi-même, quand j’étais petite fille dans les années soixante – soixante-dix et que je demandais à mes parents catholiques très peu cultivés ce que signifiait « être juif », je recevais pour réponse : « Ce sont les Juifs qui ont tué Jésus. » Ils ne l’avaient pas inventé, ni ne le disaient par haine personnelle. C’est ce qu’ils avaient toujours entendu en chaire, depuis leur enfance très simple et fidèle à l’Eglise.

Je crois que nous sommes obligés de nos jours d’élargir notre regard et de transposer l’intemporelle parole du Christ à notre propre époque. Et il est vain désormais de détailler encore et encore le contexte juif de la vie de Notre Seigneur, comme si c’était du judaïsme qu’étaient provenus tous ses tourments, et que nous, chrétiens éclairés, nous bénéficierions d’une grâce spéciale qui nous garderait de ne plus reconnaître les prophètes que Dieu continue à envoyer. Nous nous croyons sauvés – quand ce n’est pas supérieurs – parce que nous « aimons Jésus » et que nous sommes baptisés, parce que nous avons retenu l’essentiel du catéchisme et que nous approuvons la canonisation de tel ou tel pape.

Pas plus tard qu’hier, un jeune prêtre m’a adressé des reproches sur les réseaux sociaux, je le cite: « Et je souris de ce que vos centres d’intérêt ou vos préoccupations réinterprètent toute la Parole de Dieu à la lumière de ce que vous voulez lui faire dire. Parfois, je trouve que ça apporte une interprétation intéressante et originale, parfois, je trouve que c’est juste une récupération artificielle et ça me fait sourire… »

Eh bien…

Je vais persévérer dans la « récupération artificielle » puisque c’est ainsi que ce prêtre nomme le fait que je sois soucieuse de comprendre et de faire comprendre la Parole du Christ Jésus dans le contexte d’aujourd’hui.

Qui n’a pas vu des photos du « Synode des évêques sur les jeunes », cette assemblée de vieux prélats qui dissimulent leurs cheveux gris sous des calottes rouges ou violettes et qui prennent toute la place sur la photo ; on devine quelques jeunes au fond de la salle, mais de femmes, point, ou à peine, bien évidemment au Vatican. On sait aussi que ces mêmes prélats, ou leurs prédécesseurs, prennent exclusivement entre eux des décisions qui concernent les couples ou, encore davantage, le corps des femmes, puis les font inscrire dans le sacro-saint catéchisme. Catéchisme qui est ensuite présenté comme émanation de l’Esprit Saint et coercition pour les âmes et les corps.

Mais si je fais là un rapprochement avec le chapitre 11 de l’Evangile de Luc, je pourrai être accusée de vouloir faire dire aux Ecritures ce que ma seule petite personne veut leur faire dire. C’est méconnaître que je lis et écoute énormément mes sœurs en humanité, depuis toujours, et que je connais quelques-unes des raisons qui les ont fait fuir, et parfois définitivement, l’Eglise. Je reprécise que je demeure pratiquante, et que je porte intensément dans ma prière toutes ces femmes profondément blessées.

Lors du Jugement, la reine du Midi se dressera
en même temps que les hommes de cette génération,
et elle les condamnera.
En effet, elle est venue des extrémités de la terre
pour écouter la sagesse de Salomon,
et il y a ici bien plus que Salomon.

Luc 11, 31

Source image : Vatican News  https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-10/synode-jeunes-2018-pape-discours-ouverture.html?fbclid=IwAR1ZI0dg2JLirUGFkpIA44q2gLbjiEvfqJwbsxkVE_zJuwpIBA2Ayvlirss

Le sens d’une vocation

15 septembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Ce matin, tandis que je faisais mes courses, une femme semblait m’attendre au rayon des surgelés. Elle m’arrête, un peu gênée, tandis que j’allais passer à côté d’elle : « Madame, vous pouvez me dire s’il y a de l’oignon dans ces steaks hachés ? » Je regarde la boîte, un peu interloquée. Sur la photo, il y a de l’oignon sur la viande. Elle poursuit : « Je ne sais pas lire… »
Je cache du mieux que je peux mon émotion, et je lis la composition : « Non, il n’y a pas d’oignon dedans. » Puis elle me demande encore : « Est-ce que c’est du pur bœuf ? » Il est écrit en tellement grand « 100 % pur bœuf » que sur le coup, je ne le vois même pas, je retourne la boîte dans tous les sens pour traquer d’autres ingrédients, il faut dire que je suis troublée. Puis je remarque enfin l’indication et je la rassure sur le produit.
« Merci madame, les enfants viennent souvent manger chez moi, du steak haché avec des pâtes, ils aiment bien ça.  »

Tandis que je reprends mon chemin avec mon caddie, j’aurais bien envie de pleurer un peu. Et je comprends alors profondément le sens de ma vocation d’enseignante en CP : tout faire pour contribuer, à mon petit niveau, à éradiquer pareil handicap de la vie quotidienne.

Sérénité

5 septembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai lu à l’instant un bel article sur les sept dons de l’Esprit Saint, que je mets en lien :

https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/les-grandes-fetes-chretiennes/la-pentecote/438333-sept-dons-de-lesprit-saint/

J’y lis avec plaisir que « L’intelligence aide à entrer dans le mystère de Dieu, à comprendre de l’intérieur la foi, les Écritures, à distinguer l’erreur de la vérité. Par ce don, chaque chrétien peut devenir un authentique théologien. » [Fin de citation]

Ce serait à dire et répéter à tous ceux, clercs ou non, qui ne jurent de nos jours que par le diplôme universitaire de théologie. Chacun, me lisant, peut comprendre ici que je n’en ai aucun. Ce qui n’est pas une raison pour m’estimer sans intelligence de la foi et des Ecritures.

Le mot « sérénité » m’habite aujourd’hui car elle m’envahit, au moment où j’aurais cependant eu quelques raisons de la perdre. Je viens en effet de prendre des fonctions importantes, à savoir la direction de ma chère petite école rurale et montagnarde, responsabilité qui ne me dispense pas de celle d’une classe à trois niveaux à plein temps. Beaucoup de travail en perspective, pédagogique, administratif, relationnel, mais j’embrasse la tâche avec enthousiasme, et ma rentrée s’est d’ailleurs très bien passée. Je ne suis pas une personne qui a besoin de beaucoup « sortir » pour être heureuse. J’accepte donc l’idée que les dix prochains mois de ma vie soient consacrés presque exclusivement au travail – sans bien sûr négliger ma vie spirituelle et ecclésiale et ma vie de maman.

Amis lecteurs, j’écrirai beaucoup moins souvent sur ce site. D’une part, parce que j’en aurai très peu le temps, d’autre part, par souci de devoir de réserve dans mes nouvelles fonctions professionnelles.

Je pense aussi, en quelques 1200 articles depuis six ans et demi, avoir exprimé sur les Ecritures à peu près tout ce que j’avais à en dire. Je ne renie aucun de mes articles, chacun a été mûrement réfléchi, prié, médité. Pour ceux qui aiment me lire, tout est facile à trouver dans l’onglet Plan de site https://www.histoiredunefoi.fr/plan-site. Si vous désirez relire ou découvrir un sujet particulier, je vous aiguillerai aussi volontiers par le biais du formulaire de Contact https://www.histoiredunefoi.fr/contact. N’hésitez pas à m’écrire, je réponds toujours.

Et enfin, pour les lecteurs qui souhaitent pouvoir débattre avec moi de façon plus spontanée, je suis aussi présente sur Facebook sous ce nom de plume. Manifestez-vous, et je vous accepterai comme « Ami ».

Je ne disparais pas de la sphère spirituelle publique. Je me ferai simplement plus discrète sur ce blog, goûtant pleinement la sérénité qui m’a été donnée par Celui qui peut tout. Merci à tous pour votre temps passé dans mes lignes et pour tout commentaire qui continue à être le bienvenu, quels que soient l’article et votre opinion. Je reste là, au bout de mon clavier, pour vous lire et vous répondre.

Amicalement, dans l’Esprit,

Véronique Belen

Marie,

Je t’aime et tu le sais. Tu m’aimes et je le sais. Doux colloques que nos dialogues intimes dans l’oraison, quand je me réfugie près de ton sourire bienveillant et maternel, près de ton cœur qui aime tant et qui comprend si bien.
Marie, jamais tu ne t’offusques que je ne t’appelle pas « Sainte Vierge Marie ». Pourquoi m’adresserais-je à une jeune fille de quatorze  ou quinze  ans, alors que tu es grande de tout ton vécu de femme et de mère ?
Il y a entre toi et moi une douce connivence née de notre confiance et de notre connaissance réciproques. Oh toi tu me connais depuis l’instant de ma conception, j’en suis sûre, car connaissant l’ardeur à te prier de ma mère, je me doute bien que c’est vers toi que sont montées ses larmes de détresse en apprenant que je vivais déjà, là dans son sein, elle qui était si fatiguée d’élever déjà trois toutes petites filles nées pourtant par amour ! C’est toi qui étais là, indiscutablement, quand sa mère lui a donné de vilains conseils pour se défaire de moi, et que ces intentions coupables n’ont pas produit leur effet. Tu étais là, dans ta sollicitude maternelle, quand elle a poursuivi courageusement cette quatrième grossesse, quand elle a surmonté sa déception de ne toujours pas avoir eu de garçon, quand elle m’a habillée très chaudement par un froid dimanche de janvier pour que je reçoive, des mains de son propre frère jeune prêtre, l’eau du baptême et un prénom si ajusté choisi par ma tante très sainte. Tu étais là Marie, quand j’ai été baptisée du prénom de celle qui console ton Fils sur son chemin de Croix, et du tien, donné comme à toutes mes sœurs par amour de toi et de l’Eglise catholique, notre lignée.

Marie, mon enfance est pleine de ton image, de ton sourire sur cette statue de l’Immaculée Conception de Lourdes qui veillait sur notre famille dans notre si modeste foyer, dans les nombreuses représentations de toi qui ornaient les murs chez  tous nos proches. J’étais si familière avec toi que comme par un mouvement naturel, je voulais te connaître mieux. Je te convoquais parfois, au bord de mon lit, pour jouir de la joie de Bernadette Soubirous. Mais jamais, tu ne te montrais. (suite…)

Il y a un paradoxe dans mon titre ?
Oui, évidemment. Mais ce n’est pas sans raison. Il y a aussi un paradoxe dans ma vie de catholique pratiquante : c’est que, semaine après semaine, je suis gavée d’homélies qui sont pensées pour des non-pratiquants et presque des non-croyants.
Simple listing :
– « Nous » n’avons pas assez la foi.
– « Nous » ne nous occupons pas assez de notre âme.
– « Nous » ne témoignons pas vraiment de notre foi au quotidien.
– « Nous » rougissons d’être chrétiens.
– « Nous » désertons le sacrement de la réconciliation.
– « Nous » ne méditons pas assez la Parole de Dieu.
– « Nous » ne sommes pas empressés pour venir à la messe.
– « Nous » chérissons les richesses et les joies faciles du monde.
– « Nous » ne vivons pas de manière fraternelle entre nous.
etc… etc…

Les prédicateurs ont fait, leur semble-t-il, un effort immense en passant du « vous » au « nous ». Mais parfois, je suis tellement agacée pendant l’homélie dominicale que si j’étais mal élevée, je me lèverais en pleine église et je crierais : « Mais parle pour toi ! »
Mais je suis bien élevée.
Alors je rentre chez moi énervée, consolée seulement par le sacrement de l’Eucharistie qui revêt tellement d’importance pour moi que je reviens quand même, semaine après semaine, presque pour me faire insulter à l’heure de l’homélie. J’ai un très fort besoin de ce sacrement, des lectures qui le précèdent, de la célébration communautaire de ma foi chrétienne, de rencontrer, au moins là à l’église, mes amis paroissiens et de chanter mon amour de Dieu avec eux.

Nous ne sommes plus qu’un petit reste, et du haut de ma cinquantaine bien entamée, je suis l’une des plus jeunes. Tous, nous avons la foi. Aucun de nous ne rougit d’être chrétien puisque nous sommes là, par un beau dimanche d’été, alors que nous pourrions faire du sport ou pique-niquer avec des amis – enfin, les quelques plus jeunes d’entre nous du moins. Souvent, nous avons entre les mains le « Prions en Eglise » qui prouve bien que la Parole de Dieu nous interpelle et que nous la méditons, même la semaine. Tous les dimanches, nous sommes là. Et plus aucun de nous ne s’adonne aux joies faciles du monde…

Ce billet est un petit coup de gueule. Je suis plus que fatiguée des homélies culpabilisantes qui ne visent pas le public qui les reçoit.

Quand l’Eglise catholique va-t-elle enfin prendre conscience que si elle se vide, ce n’est pas seulement parce que nous vivons dans une affreuse société matérialiste et individualiste, mais peut-être aussi – voire surtout – parce que les quelques croyants authentiques qui continuent à vouloir pratiquer malgré tous les scandales dont des clercs se sont rendus coupables n’en peuvent plus de se prendre en pleine figure à la messe dominicale tous les reproches que des prêtres aigris rêvent d’adresser à tous ceux qui ne sont pas là ? Nous sommes là, nous croyons, nous prions, nous témoignons, nous lisons les Ecritures, nous sommes même nombreux à nous confesser, par pitié, vous les prêtres, nourrissez-nous de profonds commentaires bibliques au lieu de nous assommer d’invectives !