Site de Véronique Belen
Header

Blog

Une photo pour une autre

3 septembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

P1030228

Les paroles de l’évangile résonnent aujourd’hui presque avec inconvenance.
Jésus dit à Simon :
« Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
(Luc 5, 10-11)
Ironie de la liturgie.
« ce sont des hommes que tu prendras »

Lui, il a pris un enfant. Là, sur une belle plage que j’ai admirée un jour. Une plage de l’insouciance, une plage de l’amusement, une plage de la récompense de ceux qui ont attendu ça toute l’année.
Il ne l’a pas vue, cette plage, ce petit enfant. Il y était indésirable, il était fait pour y mourir et pas pour y bâtir des châteaux de sable.
J’ai vu, comme tout le monde, et j’ai eu honte, comme tout le monde. Mon cœur s’est serré, et mes entrailles de mère ont eu mal.
J’étais bien au chaud, bien au sec.
Prête à préparer ma classe pour des enfants qui maîtrisent tous très bien le français et dont aucun n’est né loin d’ici.
J’ai encore eu honte.
Je me suis demandé qu’est-ce qui, dans tout ça, n’allait pas, de la part de la multitude et de ma part aussi.
Je me suis demandé qu’est-ce que je devrais accepter comme changements dans mon agréable vie pour que cette image-là n’existe plus jamais.
Je n’ai pas trouvé de réponse.
Je me suis sentie si impuissante que je n’ai pensé qu’à une autre photo, avec l’envie de la lui donner au moins, à lui, à ce petit.
Un repos fleuri près de la mer, au soleil, au réconfort. Une espérance de justice retrouvée.

Le cœur gros

29 août 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

P1070755

Un p’tit billet comme ça, pour ceux qui comprendront, et aussi ceux qui ne comprendront pas… Pour ceux qui l’ont vécu, et ceux qui se récrient à l’idée qu’on puisse le vivre…
J’ai le cœur gros parce que mon chat a disparu depuis une semaine. Ce n’est qu’un chat, diraient certains. Oui, mais pas n’importe lequel. C’est celui que j’aime.
Alors je revois tout : nos larmes quand il a fallu enterrer notre vieille et fidèle chatte il y a deux ans, et puis quelques jours plus tard, une collègue qui m’annonce qu’une femelle errante a caché une portée de quatre chatons sur sa terrasse. Elle est en train de les sevrer et ils ne savent pas quoi faire de tout ce petit monde qui galope sous leurs fenêtres.
« J’en veux un, ou deux ! »
Ce fut le cri du cœur.
Le cœur qui battait aussi, au début de cet été-là, quand nous sommes allés chez eux avec la boîte à chat en ne sachant pas quelle bouille  avaient les chatons, ni si nous rentrerions avec un petit le soir même. J’avais dit : « J’en prendrai deux, un mâle et une femelle, pour qu’ils ne s’ennuient pas. »
Les quatre adorables petites frimousses cachées dans des bambous. La maman chatte, toute noire, les quatre petits, blancs et tigrés. Coup de cœur. La gamelle de croquettes sur la terrasse, et les petits affamés qui s’approchent. Ma collègue parvient à capturer le plus gourmand. Il crachote et se débat, mais nous le tenons, c’est un mâle. Ma fille le calme et le serre contre son cœur. Première photo. Nous tentons encore de récupérer une femelle, mais en vain. Un autre mâle se laisse attraper et s’enfuit, non sans griffer mon amie. L’après-midi passe, ils ne se montrent plus.
Nous repartons, notre chaton dans la boîte, il miaule à fendre l’âme et ce rapt nous donne mauvaise conscience. (suite…)

Le Bénédicité

27 août 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

P1030995

Le pape François a recommandé hier la prière du bénédicité en famille avant les repas.
« En cet instant, le cœur des enfants se transforme en un lieu de prière, c’est un don de l’Esprit Saint » souligne François. Et ce don, « c’est en famille que l’on apprend à le demander et à l’apprécier ». (Source News.VA 26 août 2015)
Mais à chaque fois qu’on évoque le bénédicité, j’ai le cœur qui se serre. Je n’ai jamais pu l’instaurer en famille, et pour cause.
Quand j’étais petite fille, à la maison, nous le disions sur la recommandation de mon oncle prêtre. C’était toujours le même :
« Que la main de Jésus-Christ nous bénisse, nous et la nourriture que nous allons prendre. »
Or, cela ne correspondait absolument pas à notre langage mêlé de dialecte. Nous le débitions sans le comprendre, et ça donnait :
« Queulamain de Jésus-Christ noubénissnou et la nourriture que nous allons prendre. »
Un jour, je ne saurais dire vraiment pourquoi, j’avais 5 ou 6 ans, j’ai refusé de continuer à réciter cette prière qui n’avait pas de sens pour moi – alors que j’étais une petite fille très pieuse.
Menaces répétées de mon père. Je restais murée dans mon silence.
Alors mon papa chéri que j’aimais tant mais qui se transformait parfois en dragon sous l’effet de la colère m’a empoignée, m’a emmenée au salon et m’a donné la plus cuisante des fessées-qui-faisaient-mal de ma vie. Un souvenir qui hurle encore dans ma mémoire.

Je n’ai jamais, jamais pu imposer le bénédicité à mes enfants. Maintenant c’est un peu tard. Et j’avoue que je les ai très mal incités à prier. La prière a toujours été pour moi quelque chose de si intime, de si personnel !
Comme quoi, on peut faire de très grandes erreurs en matière religieuse avec ses enfants. J’en ai retenu que la contrainte non comprise était à bannir absolument.

P1030209

Ce fut un beau moment de communion. Le village uni autour de sa doyenne qui s’en allait après une longue vie de plus d’un siècle. Et comme un leitmotiv, cette phrase que l’officiant avait retenue d’elle : « Il faut aller à l’essentiel : la foi. »
Je la revoyais il y a quelques années, quand elle allait encore à la messe tous les dimanches, toujours dans le même banc que moi, et qu’elle était la première personne avec qui j’échangeais le geste de paix. Silencieuse mais présente. Je la revoyais aussi jardiner, à un âge très avancé. Portrait d’une femme simple et fidèle, qui finissait sa vie dans la prière.
Ce fut un beau moment de communion.
Pourtant, je suis restée songeuse au moment de l’eucharistie. C’est toujours comme ça aux enterrements : la moitié au moins de l’église s’assoit et s’abstient.
Alors je pensais à tout ce qui peut faire qu’on ne soit pas, à ce moment-là, attiré vers le Corps du Christ.
« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. »
Il y a ceux qui n’ont sans doute pas prononcé cette phrase, parce qu’ils ne la connaissent pas. Ceux pour qui l’Eglise est une maison étrangère.
Ceux qui en sont restés à la première moitié de la phrase. Ils ne se sentent pas dignes, sans doute ne vont-ils jamais non plus vers la parole qui guérit.
Il y a ceux qui ne croient pas au mystère de l’eucharistie, et alors, comme le rappelait Paul aux Corinthiens (1 Corinthiens 11, 28-29) il vaut mieux s’abstenir que de communier sans foi.
Et puis, près de moi, il y avait deux amies qui ne se sont pas levées non plus.
L’une que les lois internes de l’Eglise catholique empêchent de recevoir les sacrements, et j’ai mal pour elle à chaque fois.
L’autre, sans doute plus croyante que la plupart de ceux qui étaient là, mais qui pratique sa foi dans une autre confession chrétienne. Pas d’accueil pour elle chez nous à la Table du Seigneur.

Ce fut un beau moment de communion. Mais j’ai regretté, dans ces circonstances, que mes deux amies ne puissent pas ouvrir leurs mains au Corps du Seigneur elles aussi. Sans abdiquer mon espérance dans le prochain Synode sur la famille et mes ardeurs œcuméniques.

Mes petites mamies

13 août 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Mains Rembrandt

Je les aime bien.
J’en ai plusieurs.
Je les rencontre dans cette église, ou dans cette autre, à la faveur des messes de semaine. Qui irait, si elles n’étaient pas là ?
Je me motive en pensant que je vais les retrouver, elles me feront bon accueil, celles-ci contentes que je les entraîne un peu dans les chants, celles-là me laissant le soin de la lecture.
« Vous avez le livre ? Nous sommes le 13. »
Celle qui est un peu plus jeune réplique qu’une institutrice connaît la date, enfin, s’excuse-t-elle, c’est les vacances…
Je les aime bien.
Le curé n’est pas encore là, alors elles papotent un peu. Puis une porte de voiture claque. « C’est lui ! » Elle se taisent toutes en chœur et restent sages comme des images, guettant son indispensable arrivée. Il sera le seul homme de l’assemblée.
Arrive E., ressuscitée plusieurs fois de chutes et d’AVC, elle trottine d’un pas décidé derrière son déambulateur. Son sourire presque centenaire et sa poignée de main amicale seront la récompense de la soirée. Avec le pain et le vin, car aujourd’hui on communie au Corps et au Sang du Christ.
Rendre grâce pour la vie donnée, reçue, transmise, pour la foi vivante, pour le sentiment d’être jeune dans cette assemblée aux boucles grises. Se faire la promesse intérieure que tant que le corps pourra, et qu’il y aura un prêtre, la messe de semaine ne sera pas dite dans une église vide. Se faire le serment que la foi sera transmise à la prochaine génération. Goûter l’instant, simplement, avec celles qui ont cru, et qui ne trouvent pas vain d’offrir leur humble présence à l’éternellement jeune Ressuscité.