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Dessin Jeanne 001

Hier soir, j’ai ouvert les réseaux sociaux. J’ai lu les journaux en ligne. J’ai allumé la télé.
Hier soir, je me suis pris la réalité en pleine gueule.
Hier soir, pendant trois heures, bien au chaud dans mon lit, j’ai assisté, impuissante, à cette tragédie, tandis que des gens mouraient. Des gens que j’aurais pu connaître, des gens dont j’aurais pu faire partie.
Hier soir, pendant trois heures, dans les larmes et la peur, j’ai regardé le sang et l’horreur, et j’ai compris que l’enfer existait bel et bien, et qu’il était là, juste sous nos pieds.

Hier soir, j’ai repensé à ce concert au Bataclan auquel je suis allée il y a un an, à ces deux jours que j’ai passés seule dans ce quartier de Paris. J’ai pensé que ça aurait pu être moi, que ça aurait pu être ce soir-là. J’ai pensé à tous ces gens qui profitaient d’un vendredi soir dans la bonne ambiance d’une salle de concert, d’un stade ou d’un restaurant, à ces gens qui marchaient dans la rue pour retrouver leurs amis ou pour rentrer chez eux. À tous ceux qui n’avaient rien demandé, et à qui la vie a été arrachée.

J’ai pensé à tous ces gens cachés derrière un nombre. Le nombre de morts, de blessés, de survivants traumatisés, de familles frappées. J’ai pensé à leur histoire, à leurs projets d’avenir, à ces vies détruites à tout jamais par la folie du monde.
J’ai pensé au nombre d’évènements de cette ampleur qui se produisaient dans le monde chaque jour depuis des années, et j’ai réalisé que la guerre n’appartenait ni au passé ni à un ailleurs dont nous sommes loin, en sécurité.
La guerre est là, et elle a commencé il y a bien longtemps déjà. Elle ne s’est simplement jamais arrêtée.

Hier soir, j’ai vu mes angoisses irrationnelles de petite fille devenir réalité, et j’ai compris que l’Histoire est un cercle vicieux, inexorablement destinée à se répéter.
Hier soir, je suis tombée de fatigue, les yeux rouges et le coeur en miettes, et je me suis endormie en pensant à tous ceux qui ne se réveilleraient pas.

Aujourd’hui, j’ai ouvert les yeux en espérant que tout cela n’ait été que le plus réaliste de tous les cauchemars. Mais aujourd’hui, j’ai dû me rendre à l’évidence.
Aujourd’hui, je n’arrive même plus à penser. Aujourd’hui, j’ai la gorge serrée, le regard vide et des cernes aussi profonds que ma haine et ma tristesse.
Aujourd’hui, tout paraît dérisoire. Aujourd’hui, le quotidien me semble plus futile que jamais. Aujourd’hui, l’avenir ressemble à un trou noir, à un champ de bataille, à un paysage chaotique.

Aujourd’hui, l’espoir aussi fait partie des blessés, et sa survie est entre nos mains.

Hier soir, j’avais peur d’aujourd’hui, et aujourd’hui, j’ai peur de demain.
Mais aujourd’hui, il faut continuer à vivre, et demain, il faudra se battre, pour qu’hier ne redevienne jamais « aujourd’hui »…

J. 14 novembre 2015

Une ambiance de secte

4 novembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

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Hier soir, je suis allée au bout du paradoxe. Je me suis immergée dans ce qui m’horripile le plus à l’heure actuelle dans l’Eglise. Pour voir ça de près. Pour juger si je ne vais pas trop loin dans ce que je pense, dis et écris depuis des années.
Hier soir, c’était un moment que près de deux cents personnes attendaient. Le « direct du 3  » sur le site « Les enfants de Medjugorje ».
J’explique de quoi il en retourne pour ceux qui ne s’intéressent pas au phénomène Medjugorje. L’une des soit-disant voyantes, en l’occurrence Mirjana, dit recevoir tous les 2 du mois une apparition de la « Gospa » – censée être la Vierge Marie. Cela depuis 34 ans, avec une régularité d’horloge. La foule se presse autour d’elle. Elle tombe en extase – c’est consultable sur des vidéos sur le net – et voit l’entité qui lui parle. Suite à quoi elle délivre le fameux « message » qui sera traduit dans une quantité de langues, diffusé sur internet par le biais de nombreux sites, et rassasiera pour quelques semaines les adeptes de ces apparitions.
Le lendemain, le site francophone patronné par sœur Emmanuel, une religieuse d’un ordre charismatique, installée là-bas, propose en direct un chat d’environ deux heures avec la religieuse en question. Elle commente d’abord le « message », puis lit les questions des internautes et répond à quelques-unes (soigneusement choisies…), et enfin pleuvent des intentions de prière de la part de ceux qui sont connectés, sur une musique méditative suggérant que nous sommes déjà presque au Ciel.
Donc hier soir, stage d’immersion pour moi. Je me connecte, je m’inscris même. (suite…)

Intraduisible différence

28 octobre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Hildegarde de Bingen écrivant

Ces derniers jours, je me suis beaucoup penchée sur les commentaires consécutifs au Synode sur la famille, et j’ai lu ici ou là des articles de féministes engagées par exemple dans le « Comité de la jupe ». J’ai du respect pour ces femmes qui tentent de faire entendre leur voix, au nom des autres femmes, dans l’Eglise, mais comment dire… je n’adhère pas au ton et aux arguments, même bibliques. Et je me dis que si l’opinion et les clercs font des amalgames entre ce type de féminisme et la petite voix que j’essaie de faire entendre, j’ai encore bien du chemin à faire pour être comprise et prise au sérieux.
Tout d’abord, je constate qu’elles sont toutes fort diplômées professionnellement et en théologie. Ce n’est pas mon cas. Je n’en conçois aucun complexe d’infériorité, me former en théologie est même une sorte de refus profond, je n’ai aucune envie d’accéder à la sphère des « sages et des intelligents », et encore moins de risquer d’être formatée dans ma foi. Je regrette d’ailleurs que pour avoir la parole sur la scène religieuse, il faille pouvoir exhiber des diplômes de théologie. Les mystères de Dieu ne sont -ils pas révélés aux « tout-petits » ?
Là n’est pas ma seule différence. Je suis profondément blessée du peu de cas qui est fait dans le Magistère de la pensée des femmes, oui, mais je ne revendique certainement pas pour autant de revêtir des vêtements sacerdotaux. Je suis de celles qui ne militent pas pour l’accession des femmes à la prêtrise. Je m’en suis déjà expliquée et j’ai été fort mal comprise. Je le referai peut-être dans un autre billet.
Je peux me permettre une parole relativement libre parce que je n’appartiens  à aucun ordre religieux. Pour autant, je crois beaucoup aux vertus de l’obéissance ecclésiale, et je pense que l’on peut obtenir plus de crédit par la voie de cette obéissance que par l’affrontement direct et la dénonciation publique des insuffisances, voire des incohérences des clercs qui ont pouvoir de décision. (suite…)

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Coïncidence. Hier, j’ai pris mon appareil photo, et je me suis promenée sur ce magnifique chemin viticole aux couleurs chatoyantes de l’automne. Je me suis enivrée de beauté. J’ai contemplé le village noyé dans les vignes dorées, la forêt telle un tableau impressionniste à perte de vue, les maisons blotties entre les domaines striés et les toits fumant déjà.
J’ai pensé à une autre promenade sur le même chemin l’été de l’année dernière.
Nous nous étions croisées ici, sur ce blog, et elles sont venues chez moi. Deux larges sourires, deux personnalités chaleureuses, riches, deux amies avec qui partager quelques jours de plénitude. Nous nous étions promenées sur ce chemin, vert encore à cette saison-là. Anne tenait notre main. Nous étions ses yeux, nous tentions de lui décrire ce paysage grandiose, avec des mots trop pauvres, tout en lui signalant les pierres du chemin. Anne nous impressionnait par son aisance et par sa perception très fine de l’espace.
Je repensais à cette promenade-là, hier, en captant du regard et de l’objectif tous les reliefs et toutes les couleurs si chaudes de ce vignoble que j’aime entre tous.

Dans la soirée, je suis allée à la messe anticipée du dimanche, là, dans cette église blottie entre les ors et les rouges. L’évangile était celui de l’aveugle Bartimée qui supplie Jésus de lui rendre la vue. L’homélie qui suit est en général orientée vers notre cécité spirituelle et notre manque de foi pour demander la lumière de l’esprit au Seigneur.

Et moi je repensais à Anne, avec le regret de ne pas pouvoir lui partager mes photos de l’après-midi, mais aussi la certitude qu’elle ne souffre pas, et loin de là, de cécité spirituelle. Anne prodigue des soins au corps et à l’âme et beaucoup s’en trouvent bien. Elle nous avait partagé son voyage à Jérusalem par un album sonore surprenant mais fort instructif.

Je ne sais pas si Anne supplierait le Seigneur avec les mots de Bartimée : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » En tout cas, elle m’a appris comme il est précieux d’avoir des yeux qui regardent, et à quel point nos autres sens peuvent se développer quand on n’est pas fixé sur une image environnante.

Je m’imagine à ta place

21 octobre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

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Tu as la foi, une foi ardente. Tu participes à la messe dominicale, peut-être assumes-tu même des services comme la catéchèse, le fleurissement, la bonne marche de la vie paroissiale.
Un jour, tu as pris en Eglise un engagement de mariage. Tu y croyais, en cet autre que tu avais choisi(e) avec amour. Il, elle t’avait donné des gages d’attachement, vous partagiez une même volonté de poursuivre ensemble le chemin de vos vies, des désirs d’enfants, des désirs tout court.
Pourquoi vous vous êtes mariés à l’église, ce n’est pas toujours aussi clair. La tradition familiale, au moins chez l’un des deux. La foi sincère peut-être. Le besoin d’y ajouter du sacré. La cérémonie plus jolie, plus solennelle, les photos plus émouvantes. Le sentiment de s’engager dans un mariage plus complet. Le désir de le confier à Dieu. La nécessité de sceller l’union dans votre foi. Le désir sincère de vivre ce moment en Eglise.
Parfois, tout simplement, et malheureusement, avoir cédé à la pression de la famille – les parents, les grands-parents, l’entourage et ses bavardages. Je connais tant de ces cas ! C’était courant  à l’époque où je me suis mariée – pour ma part, sans céder à cette pression, qui nous avait vus honnis un moment.

Il y a eu les années bonheur, les enfants, l’enthousiasme de l’installation dans un chez soi.
Et puis ensuite, tout un tas d’événements peuvent survenir. L’autre qui se révèle très différent du visage qu’il composait avant, et la vie commune peut devenir un enfer. Egoïsme, fuite des responsabilités, loisirs qui prennent le pas sur tout le reste, stress professionnel, enfants difficiles, ingérence de la belle-famille, communication violente voire coups, addiction à l’alcool, aux jeux, au sexe malsain, problèmes financiers voire chômage, maladie qui mine la personne, amis de mauvaise influence, fatigue de l’un non respectée par l’autre, adultère… Il y a tant et tant de raisons pour lesquelles un couple se déchire ! Ce n’est jamais une seule cause qui fait que l’union finit par éclater. Il y a ceux qui partent pour poursuivre un rêve d’adolescence illusoirement retrouvée, celles qui demandent le divorce parce que la coupe est pleine tandis que l’autre attend lâchement qu’elle le fasse pour ne pas être celui qui sera montré du doigt, il y a les meurtrissures de la vie qui entraînent un désamour profond et durable, il y a des comportements narcissiques qui rendent la vie commune insupportable… (suite…)