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La place devant moi

8 mars 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

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J’étais à la messe de semaine ce soir, mais la place devant moi était vide.
Pas de chagrin et pas d’inquiétude : je sais pourquoi. Juste un vide. Il est parti en maison de retraite.
Pas vraiment l’âge pour y aller, mais pas assez d’autonomie non plus pour continuer comme ça.
Dans tous les villages, il y a au moins un simple. C’était le nôtre. On le voyait arpenter les rues pourtant pentues tout le jour, rester des heures au même endroit, répondre, ou non, à notre salut.
A se demander comment il ne ressentait pas le froid, la fatigue, l’ennui, la solitude…
Le mardi soir, il était toujours devant moi. On se donnait la paix du Christ, le Christ qu’il allait ensuite recevoir de son pas un peu claudiquant, reconnaissable entre tous.

L’autre jour, je l’ai rencontré au village d’à côté, celui où il y a sa maison de retraite. Lui qui ne me parlait presque jamais, ce jour-là il a été bien bavard !
« Et dites-leur que ça me plaît de plus en plus ici ! » Contente, soulagée. On devait tous avoir un peu peur qu’il s’y sente comme en prison. « On peut sortir, il se passe plus de choses ici ! »
C’est sûr, il y a quelques commerces, plus de passants, et puis les voitures de chez nous qui traversent et qu’il doit guetter. Maintenant il répond toujours au petit salut !
Mais ce n’est pas le plus touchant, il faut que je vous dise.
Parfois il faut les simples pour oser des mots que d’autres ne se permettraient pas. Il me demande tout à trac des nouvelles de mon ex-mari. Il faut dire qu’il avait joué un rôle, positif, dans sa vie.
Je ris, parce que depuis longtemps maintenant, ouf, ça ne me fait plus mal de parler de lui. Je lui dis où il habite, et qu’il va bien.
« La prochaine fois que tu y vas, tu m’emmènes – il me tutoie dans une phrase et me vouvoie dans la suivante – je lui dirai bonjour chez lui. Et puis vous lui direz aussi : je fais brûler des cierges pour lui ici à l’église, des cierges à un euro ! »

Ce soir, j’ai pensé à notre simple et à ses cierges à un euro, brûlés pour quelqu’un qu’il n’a plus vu depuis tant d’années, et à qui il m’associe encore.
Sa place était vide.
La place devant moi, comme dans l’évangile…

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Une grande fatigue et un peu de lassitude. Une sensation de surmenage.
Il faudrait dire toutes ces heures invisibles que l’enseignant du primaire accomplit. Ne pas avoir bonne presse dans son pays alors que l’on donne jusqu’à ses dernières forces pour le progrès des enfants de la nation… Passer des heures, chez soi, en corrections et en préparation d’une multitude de séances quand on a un triple niveau en face de soi tous les jours, avec beaucoup d’élèves… Prendre à cœur des situations dramatiques que vivent certains d’entre eux, multiplier les réunions, les entrevues, les concertations pour tenter de leur venir en aide, sourire et encourager quand même, devoir gronder parfois alors que l’on sait qu’une petite vie meurtrie a déjà enduré davantage qu’un adulte qui découvre des bribes de son histoire… Emporter tout cela chez soi, porter cela en soi sans avoir forcément d’interlocuteur avec qui le partager… Qui songe parfois à la pesanteur d’un métier qui nous fait ainsi pénétrer dans l’intime des vies, des familles, dans le cœur si sensible d’un enfant ?
Le peu de reconnaissance, le salaire qui ne permet plus de vivre décemment parce qu’il n’augmente jamais tandis que les factures s’affolent, s’entendre dire souvent qu’on est un fardeau pour le budget de la nation, endurer les remarques narquoises de l’entourage quand arrivent les vacances alors qu’on est vraiment au bout du bout de la fatigue, mais qu’on donne le change pour préserver l’enthousiasme des élèves… (suite…)

Trabant

Quand on lit, comme l’Eglise nous le propose aujourd’hui, la parabole du riche et de Lazare (Luc 16, 19-31), je crois qu’on a tous un peu la même réaction : ne pas parvenir à se reconnaître dans Lazare, parce qu’une pauvreté aussi extrême, ce n’est quand même pas si courant, mais on a tendance à ne pas se projeter dans le riche non plus, parce qu’on ne passe quand même pas sa vie en festins et en banquets en ignorant un pauvre assis devant sa porte… Enfin je dis cela, moi qui vis à la campagne où tout le monde a au moins un toit sous lequel s’abriter et quelques réserves sur ses étagères…

Souvent, j’ai ressenti de l’aigreur à devoir presque toute ma vie compter le moindre sou. Mais malgré tout, quand j’y songe, je n’ai jamais connu la faim ni le froid. Il n’y avait pas de place pour la fantaisie et les loisirs dans le budget de mes parents, mais leur dur labeur agricole en plus du métier de mon père permettait de manger chaud – et bon – tous les jours. Les factures étant une priorité, on pouvait aussi se chauffer.
Ma vie adulte n’est finalement pas si différente, les travaux agricoles en moins ; les mamans solo ayant un métier pas très bien payé me comprendront.
Et cependant, la parabole de Jésus m’interroge à juste titre.
Plusieurs fois dans ma vie, je me suis retrouvée à être vraiment « le riche de quelqu’un ».
Premier choc à 18 ans en allant en RDA dans le bloc Est. Une sorte de saut dans le passé de vingt ans, au niveau de la mode, de l’allure des trains et des voitures, des vitrines presque vides, de l’habitat, du mobilier… Nos amis mendiaient un paquet de café et de la musique occidentale. (suite…)

Indispensable amitié

21 février 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

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On s’est beaucoup agité, ces derniers jours, au sujet d’une correspondance privée entre Jean- Paul II et une « femme philosophe et mariée », d’aucuns y reniflaient un scandale bon à jeter le soupçon de l’opprobre sur l’Eglise en un de ses membres une fois de plus.
Je ne sais pas grand-chose de cette « affaire », mon propos n’est donc pas d’en commenter les détails. Je voudrais plutôt m’attacher au fond, à ce qui a fait dire au Pape François l’autre jour, dans l’avion qui le ramenait du Mexique : « On n’a pas encore compris tout le bien, en aide et en conseils, qu’une femme peut apporter à un prêtre, à l’Eglise ». Et de souligner qu’ « une amitié avec une femme n’est pas un péché. »
Merci, Pape François ! Il convenait que cela fût dit.
L’esprit du monde verra vite du péché, ou du moins du désir et de la consommation charnelle là où il n’y a que de l’amitié spirituelle entre une femme croyante ou en recherche et un religieux.
Diantre ! Avec toutes les correspondances que j’ai déjà eues dans ma vie avec des prêtres ou des moines, la plupart sans que je les rencontre jamais d’ailleurs, je devrais donc être source de scandale et de compromission pour eux !
Que l’on retrouve un peu de bon sens et d’humanité avant de juger inappropriés les liens qui peuvent se tisser entre une femme – mariée ou non – et un homme d’Eglise. A qui pouvons-nous confier nos quêtes, nos tourments et nos joies spirituelles sinon à un homme d’Eglise ? D’une part nous ne pouvons nous confesser qu’à un homme, cela va de soi, et d’autre part il nous sera toujours reproché, spirituellement, d’être « en roue libre ». J’ai essayé par deux fois de me confier à des religieuses. Ce ne fut pas très concluant. Beaucoup de bienveillance, mais un certain conformisme aussi, et toujours la conclusion ultime : elles n’ont pas le charisme de discernement nécessaire – je pense plutôt qu’on le leur a confisqué… (suite…)

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Je vois la « cathosphère » s’agiter, ces derniers jours, comme de façon récurrente, sur la question de l’accession des femmes au sacerdoce. L’occasion de m’exprimer sur ce sujet.
On me connaît comme réactive sur tout ce qui touche à la place des femmes dans l’Eglise. J’ai exprimé souvent mon amertume de nous voir si peu prises en compte au niveau des décisions ecclésiales majeures, celles qui touchent à la doctrine, à l’enseignement moral, à l’organisation interne de l’Eglise catholique romaine jusqu’à son sommet…
Par déduction, beaucoup pensent que je suis favorable à l’ordination de femmes prêtres.
Et pourtant, je ne le suis pas.
Je n’ai ni argument théologique, ni étude historique à mettre en avant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je participe peu à ce genre de débat.
Mais j’ai une opinion personnelle, et peut-être plus encore, une inspiration spirituelle.
Sur les grands sujets qui divisent l’Eglise contemporaine, j’ai pour habitude de ne pas raisonner. Je ne suis pas assez cultivée théologiquement pour le faire. Pas rompue non plus à l’argumentation systématique.
Néanmoins, sur cet espace de mon blog, j’aime bien me positionner dans certains débats. Pas en vertu d’une culture ou d’une intelligence. Non. Surtout, en fait, parce que je prie. Parce que sur les grands sujets épineux, quand je ne sais pas quoi penser, j’interroge le Seigneur. Je me mets à l’écoute du Père et du Fils par la grâce de l’Esprit. Je les importune jusqu’à leur soutirer une réponse.
Et comme de coutume avec Dieu, j’obtiens des réponses aux questions que je n’ai pas posées, et des silences sur mes propres débats intérieurs. Des suppliques restent en suspens. Des lumières me viennent comme des évidences là où je ne recherchais rien. (suite…)