Site de Véronique Belen
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Je n’ai éprouvé qu’une demi-joie à apprendre que le pape François souhaitait que la fête de sainte Marie Madeleine devienne une fête liturgique. Honorer davantage cette femme pour honorer davantage l’apôtre des Apôtres et souligner le rôle des femmes en Eglise et pour l’évangélisation, cela part d’une noble idée et d’un bon sentiment. Cependant, toute la question est de savoir quelle « Marie Madeleine » on va honorer et fêter.
La question de la confusion récurrente entre Marie de Béthanie, sœur de Marthe et Lazare, et Marie de Magdala n’est toujours pas clarifiée dans l’Eglise. Et pour ma part, je n’aurai de cesse de militer pour qu’on les distingue bien l’une de l’autre.
Pourquoi ? Parce que Marie Madeleine est devenue au fil des siècles une figure de femme fourre-tout, dont l’on se sert en général pour souligner qu’elle était une pécheresse pardonnée tandis que la Mère de Jésus était l’inégalable Immaculée Conception.
De là, deux catégories de femmes dans l’Eglise : la Vierge Marie, quasi déesse de perfection, et toutes les autres, « pécheresses pardonnées » ; au gré de nos vies, on nous stigmatisera comme pécheresse, ou on nous enjoindra à l’humilité comme pardonnée. Mais demeure en arrière-fond ce fantasme d’Eve responsable de la chute de l’humanité. C’est subtil mais très présent dans l’esprit de beaucoup de chrétiens et d’un certain nombre de prédicateurs.
Ai-je quelque chose contre la figure de Marie Madeleine ? Contre Marie de Magdala, absolument rien. D’elle, nous savons que le Seigneur Jésus l’a « libérée de sept démons » – ce qui ne fait absolument pas d’elle une prostituée, soulignons-le au passage – qu’elle est ensuite demeurée pour lui une amie très fidèle, le suivant sur ses chemins, qu’elle était présente au pied de la croix et qu’elle fut le premier témoin de sa résurrection – grâce insigne. Tout le reste n’est que légendes locales et interprétations de théologiens plus ou moins inspirés et bienveillants.
Ne négligeons pas non plus la déformation intellectuelle que nous avons subie par la littérature, les dévotions locales, les arts, en particulier la peinture et le cinéma. Que n’a-t-on pas représenté une Marie-Madeleine lascive et dévorée de remords ! Nous sommes prisonniers de cette image. Alors que Marie de Magdala était peut-être en proie à des « démons intérieurs » qui ravageaient son esprit plus que son corps. (suite…)

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Elle savait à peine marcher ; je devais préparer le repas pour la maisonnée, faire un brin de ménage… Je la mettais dans son petit parc en bois… et je la retrouvais à l’autre bout du salon, avec le parc, toute fière d’avoir réussi son exploit. Je pensais déjà que cette petite fille-là devrait beaucoup bouger plus tard.
La bougeotte, elle l’a toujours eue. Mais la bougeotte gracieuse et la fibre artistique. Pas toujours fidèle à une activité, elle était plutôt touche-à-tout, jusqu’à ce qu’elle trouve l’orientation qui lui convienne. Le lycée qui lui permettrait de se réaliser dans les matières qu’elle aimait et la danse.

Jeudi, c’était l’épreuve de danse du bac, déjà. Une salle plongée dans la pénombre, le jury, quelques spectateurs invités au silence et à la discrétion. Je suis là, entre sa sœur et sa professeure de danse, qui a été encore bien plus pour elle pendant ces deux années qu’une simple enseignante.

Ses camarades nous plongent déjà dans l’émotion. Et puis elle apparaît, en robe rouge vif, elle veut danser l’anorexie en hommage à une amie, à une autre peut-être… Elle évolue avec force et grâce, puissance d’évocation, maîtrise de sa chorégraphie qu’elle partage avec sa complice d’atelier. Pas un mot, mais tout est exprimé. Je retiens mes larmes, les yeux de sa sœur se mouillent, le jury se tait.

Improvisation encore. La voilà vêtue d’une robe colorée et fluide, elle danse la légèreté de la fleur et du papillon, elle nous surprend, elle glisse des références à des chorégraphies connues. Sa professeure, à ma droite, opine de la tête et approuve ses choix expressifs, le sourire qui lui mange le visage en dit long.

J’ai vu danser une femme, une artiste. J’ai vu danser une âme, un corps qui virevolte ses émotions, ses affections et ses pensées.

J’ai été fière. Et confiante.

Dans quelques mois, elle partira loin du nid. Elle déploiera ses ailes pour danser et danser encore la vie qu’elle s’est choisie, l’art qui l’a ravie.

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On sort toujours de ces jours-là secoué et changé. Quelqu’un qu’on aimait est parti, dans des circonstances paisibles ou tragiques, notre histoire avec lui, avec elle ici-bas est achevée. Le deuil. Mille choses à faire, alors qu’on est bouleversé. Tous les détails à régler dans l’urgence. Et puis il y a ces pauses bienvenues : l’entretien avec le prêtre qui officiera, la cérémonie de funérailles, les retrouvailles avec la famille, qui sont la note heureuse de ces jours-là.

Je viens d’enterrer ma tante que j’aimais beaucoup. Elle était arrivée au bout de sa vie, oui, dans une succession de problèmes de santé qui ne cessaient d’entamer ses dernières forces. Depuis longtemps elle était rongée d’une culpabilité mortifère, elle qui a fait tant de bien autour d’elle tant qu’elle était valide. Pieuse jusqu’au scrupule, elle se disait sans cesse pécheresse, et j’avais beau souligner en elle tout l’inverse, elle persistait dans cette torture psychique et spirituelle.
Il me plaît de la revoir, belle et souriante, soignant un jardin plein de fleurs, dessinant avec un grand talent des portraits, des bouquets et des images pieuses, se dévouant auprès d’un prêtre âgé au service duquel elle est restée de très longues années, nous recevant avec amour autour d’une tarte aux pommes, chantant d’une belle voix aux offices religieux, rassemblant autour d’elle des enfants qu’elle catéchisait, nous racontant ses matinées passées à éplucher des légumes chez les Petites Sœurs des pauvres…

Mon papa, un vieux prêtre et moi. Nous tentons de restituer pour lui les grandes lignes de la vie d’Irène, qu’il a peu connue. Je voudrais qu’il retienne d’elle les deux lignes directrices de sa vie : le service et une grande humilité. Et la foi chevillée au cœur et à l’âme. (suite…)

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Alterner les billets sérieux avec les billets légers, ça me plaît…
Je vous présente mon chêne, 22 ans, en pleine vigueur, je ne saurais dire qui, de lui ou de la maison, me rattache le plus en ces lieux.
Ce chêne a une histoire qui fait chaud au cœur.
La maison venait d’être construite, nous étions dans la joie de ce nouveau lieu de vie avec nos déjà deux enfants, et cernés d’énormes tas de gravats… Mon papa était en visite chez nous, et avec son œil expert de menuisier, il me dit : « Regarde, tu as un petit chêne qui pousse là, il est bien placé, garde-le !  » Il y avait un grand terrain, de l’herbe et de la broussaille, deux montagnes de cailloux et aucun arbre, à part ce petit rejeton qui poussait fièrement quelques feuilles au bout d’une tige conquérante. J’ai toujours aimé les bons conseils de mon papa, alors pendant des années, il a fallu faire attention avec la tondeuse à ne pas déranger le petit chêne fragile qui voulait s’implanter. Longtemps, le fil électrique passa par-dessus pendant la tonte. Jusqu’à ce que l’arbre dépasse taille humaine. Il fallut alors le contourner.
Il s’est nourri de cris et de rires d’enfants, de joies et de pleurs d’adultes, de pluie et de chants d’oiseaux, des coups de griffes de quatre chats successifs.
Chaque année, je l’observe, fière de lui comme d’un autre fils, je lui souffle qu’il a encore grandi en taille et en beauté.
C’est un chêne intelligent et cultivé. Ma grande fille révise ses cours de médecine à son ombre, il doit en savoir plus que moi ! Elle aussi, elle a une grande histoire d’amour avec cet arbre. C’est son port d’attache.
Il se dresse, majestueux, et me relie à toute ma lignée, de ma filiation à ma maternité.
Les habitants de la maison vont et viennent, lui il demeure, et sans doute nous survivra-t-il.
C’est l’histoire d’un arbre, c’est l’histoire de notre chêne, irremplaçable, et tandis que j’écris, j’entends les oiseaux qui se réjouissent dans ses branches vigoureuses.

Quelque chose me retenait de rédiger ce billet.
Quelque chose m’y encourage, notamment une discussion, cette semaine,  avec deux jeunes adultes en quête d’authenticité spirituelle.
Au fond de moi, depuis longtemps, je revendique un droit à la contestation de certaines doctrines catholiques.
Je ne le fais pas à la manière d’une personne extérieure à l’Eglise catholique, ou à moitié dedans, ou indifférente à ce qui s’y joue… Non, bien au contraire. Je suis complètement « dans » l’Eglise. Pratiquante tout à fait régulière de la toute petite enfance jusqu’à la vingtaine, et à nouveau depuis un retour à la foi fort il y a environ vingt ans. Engagée dans ma paroisse en divers petits services, je lui donnerais plus de temps si mes obligations professionnelles et familiales m’en laissaient.
Mon propos n’est donc pas d’ironiser sur une Eglise dont je ne serais pas partie prenante. C’est parce que je suis plongée en elle, que j’ai un grand besoin des sacrements dans ma vie spirituelle et quotidienne, que je porte certaines de ses contradictions comme une lourde croix.

Depuis des années, je tente d’exprimer mes objections à l’intérieur même de l’Eglise, en recherchant l’écoute et la compréhension de personnes consacrées. J’ai été accueillie, écoutée, respectée, mais je me suis presque toujours heurtée à un obstacle insurmontable quand je remettais en question certains points de doctrine. « C’est la foi de l’Eglise » a été l’objection définitive explicite ou implicite. Et je suis restée seule avec non pas mes doutes mais mes convictions profondes contrariées, priées tacitement d’être refoulées.

En Eglise, là où il y a une pensée libre, il y a aussi une menace : l’accusation d’hérésie. Et l’application de cette menace est l’excommunication, arme redoutable.

Tout cela ne serait pas bien grave si je me taisais. Mais en assumant une parole publique, je sais que je prends un risque. Et je le mesure. Une excommunication, pour moi qui suis si profondément attachée à l’eucharistie et au sacrement de la réconciliation, serait un summum de souffrance.

J’ai donc planté le décor. (suite…)