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Je l’avoue d’emblée : je n’aime pas cette fête des Eglises catholique et orthodoxe qui ne s’origine dans aucun écrit de la Bible canonique. On a brodé autour des évangiles apocryphes que je rejette absolument et puisé dans des traditions qui relèvent plus de la légende que de la vérité.

Tout cela pour nous faire croire quoi ? Que la naissance de la Vierge Marie n’est pas une naissance ordinaire, elle serait précédée de stérilité, de jeûne au désert, de visites d’anges et que sais-je encore. Tout cela pour justifier la croyance en une mère de Jésus radicalement différente des autres femmes depuis l’instant de sa conception.

Eh bien, que l’on sache que je m’érige contre cette perception de la naissance de Marie. Car toutes ces légendes farfelues ne visent qu’à la mettre à part de l’humanité et à la distinguer absolument des autres femmes qui l’ont précédée et qui lui succèdent encore.

Quoi ? Une femme née de parents ordinaires et semblable à toutes ses sœurs en humanité n’aurait donc jamais pu avoir une foi suffisante pour accepter d’accueillir en son sein le Fils de Dieu? Une jeune fille vierge sans naissance surnaturelle n’aurait donc pas été digne de porter en son sein le Messie d’Israël ?

Croire cela, c’est en fait mépriser profondément toute femme. Car je le dis et le répète : de très nombreuses jeunes filles au cœur pur, à la foi vive et au grand désir de contribuer au salut de l’humanité auraient acquiescé au projet de Dieu avec autant de grâce et de foi que Marie si elles s’étaient retrouvées dans la même situation. Aucun besoin d’être « Immaculée » à un titre particulier pour cela. Catholiques et orthodoxes commettent toujours la même erreur en voyant du surnaturel en Marie et en finissant par relativiser la différence de Jésus d’avec les autres hommes. Car enfin, qui, de Jésus ou de Marie, est né sans aucune intervention d’un géniteur masculin ? C’est Jésus et non Marie ! C’est Jésus qui est fondamentalement différent de ses frères en humanité puisqu’il ne partage pas avec eux le péché profondément inscrit dans leur chair, tandis que Marie est seulement une jeune fille ouverte à la Parole et à l’action de Dieu comme peut l’être n’importe quelle fille dans n’importe quelle culture. (suite…)

Des entrailles de compassion

1 septembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

Le débat a été vif sur les réseaux sociaux suite à mon billet de blog précédent au sujet du meurtre de la jeune psychologue d’Annecy. Des voix se sont levées pour souhaiter la conversion et le salut du meurtrier. Soit. J’ai bien plus de mal à entendre des insinuations sur le fait que l’on ne sache même pas si la jeune femme était chrétienne, faute de quoi son salut à elle ne serait pas acquis non plus. Je n’ai même pas débattu sur ce plan tellement la remarque m’a indignée. A ces super chrétiens contents d’être « dans le bon lot », je ne donnerai que mon argument récurrent : Hitler au paradis parce qu’il était baptisé et Anne Frank en enfer parce qu’elle était juive ? Que chacun y réfléchisse un instant en son for intérieur.

Pourquoi ai-je les entrailles qui se nouent à chaque crime d’innocent ?

Il y a un fait fondateur : quand j’étais toute petite, j’ai entendu ma famille parler d’un meurtre odieux. Non loin de chez nous, une fillette ou une adolescente avait été assassinée, étouffée avec des feuilles d’arbre dans le nez. Tel est mon souvenir. Elle s’appelait Suzanne. Le traumatisme est resté.

Mon adolescence a été traversée de ces horribles « faits divers » de meurtres d’enfants. Je tremblais quand je faisais du vélo dans la campagne.

Puis vinrent les années 80 – 90 , et là l’enfer se déchaîna autour de moi. Les affaires qui défrayaient la chronique se passaient soit à un jet de pierre de chez moi, soit dans la proximité du domicile de proches, ou alors je connaissais des personnes directement concernées par ces meurtres. Il y eut Grégory bien sûr, Alexandre, Cyril, Christelle, Laurence, Anaïs, Jeanne-Marie, Julie et Hedwige… (suite…)

Je n’ai pas pour habitude de m’exprimer sur ce blog sur des sujets d’actualité, mais cette fois mon émotion est trop forte et je ne puis cacher ma colère.
Mercredi 26 août, une jeune psychologue de 30 ans a été tuée en pleine consultation dans son cabinet du centre ville d’Annecy d’un coup de fusil de chasse par un homme de 75 ans. Il n’était pas son patient, non. Le mobile du crime est abominable : la jeune psychologue allait signaler ce septuagénaire à la justice pour des faits d’agression sexuelle sur une mineure dans le cadre familial.

Le meurtrier a reconnu le coup de feu. Certes, il demeure la présomption d’innocence sur les faits d’abus sexuels sur mineure, mais je conçois difficilement qu’une adolescente, ou une personne s’exprimant à son sujet chez cette psychologue ait inventé cette histoire dans le cabinet jusqu’au point de provoquer chez la jeune professionnelle la réaction de faire remonter l’information préoccupante à la justice.

Dans le cadre de mon métier de professeure des écoles, je sais que l’on ne procède jamais à un signalement au sujet d’un enfant en danger ou déjà victime sans maintes précautions et suspicions vraiment fondées. Je n’imagine donc à aucun moment que cette jeune psychologue ait agi à la légère sans avoir de bonnes raisons de faire remonter une information préoccupante sur cette mineure.

Pourquoi ce billet de blog ?
Parce que la coupe est pleine. (suite…)

Je m’amuse d’associer ces deux mots que beaucoup confondent, tout comme les fêtes auxquelles ils correspondent. Ascension, la montée au Ciel de Jésus quarante jours après sa résurrection, fêtée en mai, Assomption, la montée au Ciel de Marie en son corps incorrompu à sa mort, ou « dormition » pour les orthodoxes, fêtée le 15 août.

Si je les associe, c’est qu’hier, 15 août, j’ai fait pour la première fois l’ascension du sommet le plus proche de mon domicile, le Petit Ballon d’Alsace, qui domine fièrement ma vallée. Douze kilomètres de montée harassante en compagnie de mon fils et de ma fille aînée, un parcours de toute beauté, ponctué de forêts, prairies, auberges de montagne, troupeaux à sonnailles, paysages splendides, nuages menaçants mais ne donnant pas une goutte de pluie… Il fallait monter, monter et monter encore, le corps souffrait, le mental menaçait de lâcher, mais le sommet devenait si proche que plus rien ne pouvait entamer le désir de l’effort et de la victoire sur soi-même.

Ma fille m’avait dit avant le départ : « Tu verras, Marie t’attend là-haut ! »
Alors un jour d’Assomption, je n’ai pas manqué de la supplier de me hisser jusqu’au but de ce pèlerinage éreintant.
Joie d’atteindre le sommet, d’admirer la statue de la Vierge et les vues époustouflantes, temps de pause après l’effort intense et appréhension du retour si long encore à la vue de notre village très très loin au-delà des forêts ondulantes…
Je l’avoue, le retour a été une épreuve, et pour tous les trois. De la difficulté réelle et symbolique de « redescendre de la montagne ». Les pieds et les jambes ne voulaient plus, mais étaient obligés d’avancer. Douze kilomètres encore sur huit cents mètres de dénivelé, dans l’autre sens.

Mais quelle joie aujourd’hui du défi accompli, des souvenirs montagnards plein les yeux et la tête, et de cette douce complicité avec mes enfants qui a rendu cette expédition des plus agréables malgré les difficultés qui n’ont pas manqué !

Comme je commentais dimanche 26 juillet Matthieu 13, 44-52, un extrait qui revient d’ailleurs dans la liturgie d’aujourd’hui à quelques versets près et qui comporte les paraboles du Royaume des Cieux – le trésor caché dans un champ, la perle de grande valeur et le tri des poissons dans le filet – une discussion a eu cours sur les réseaux sociaux au sujet de cet extrait et de ma méditation. Un contributeur m’a objecté que l’exégèse contemporaine, notamment les travaux du prêtre John Meier considéré comme « le spécialiste incontesté de travaux sur le « Jésus historique » », amenaient à découvrir que ces paraboles n’étaient pas de Jésus, mais des premières communautés chrétiennes ayant contribué à rédiger les évangiles vers le IIème siècle. Seules quatre paraboles en tout et pour tout seraient attribuables à Jésus lui-même dans tous les évangiles !

J’avoue que cette remarque m’a énormément fâchée. Je suis allée lire d’un peu plus près quels étaient les travaux de ce « spécialiste incontesté » qui apparemment en a écrit des pavés sur le sujet. Je ne nie pas la compétence et la rigueur intellectuelle de l’auteur qui est soulignée dans toutes les recensions de ses ouvrages. Mais je m’interroge sur la volonté de Dieu dans tout cela.

En effet, le Dieu d’Israël qui s’est fait connaître d’Abraham, de Moïse, de David et de multiples prophètes choisis toujours parmi les plus humbles du peuple aurait-il décidé, au moment d’envoyer son propre Fils, d’entourer sa vie de mystères et de la faire raconter ensuite par des rédacteurs malhonnêtes qui extrapoleraient sur ses origines, ses charismes et même ses paroles ? Car les évangiles ne sont pas n’importe quelle hagiographie bourrée de superlatifs et d’exagérations sur les vertus du saint ou de la sainte en question ! Les évangiles sont le pilier de la foi chrétienne, et je ne puis concevoir que les rédacteurs en aient été privés de la grâce de l’Esprit au point de prêter à Jésus des faits, gestes et paroles qui n’aient jamais été les siens. (suite…)