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Je lis ce matin, sur les réseaux sociaux, des statuts, des billets et des poèmes enthousiastes sur l’entrée en Avent. Les non-croyants publient des photos de leur ville illuminée pour les fêtes de fin d’année. Les chrétiens rivalisent de superlatifs pour évoquer leur attente tout ecclésiale de la venue du Messie. Il va prendre chair de la Vierge Marie, il va venir, il va ranimer notre foi endormie… Il va nous donner la paix, la concorde, nous ouvrir le Royaume du Père… etc, etc.

Tout cela est convenable et correspond à la liturgie de ce premier dimanche de l’Avent. Je n’ai pas boudé l’Eglise, la messe tombait hier soir chez moi, j’y suis allée, j’ai apprécié qu’il y ait du monde et la belle homélie de notre prêtre. Oui mais…

Mes lecteurs vont finir par le savoir, l’Avent et Noël, ce n’est pas « mon truc ». Je viens de lire une méditation d’un père jésuite proposée sur Vatican.News pour l’occasion, et j’y relève :

Et la péricope de l’Evangile de Saint Matthieu du vingt-quatrième chapitre, que nous lisons en ce premier dimanche de l’Avent, nous rappelle que ce combat pour la lumière devrait mobiliser tout notre être dans l’attente du Messie, nous appelant à sortir de nos assurances, de nos certitudes humaines sans limites, pour mettre notre foi dans le Seigneur. Sortir de notre sommeil signifie donc pour nous, nous dessaisir d’une foi superficielle, qui s’enlise dans la routine d’une vie chrétienne faite d’accoutumance, pour entrer dans une foi opérante qui veille et s’active dans l’espérante attente du Christ. Que Dieu rende donc vigilants, en ce début du temps de l’Avent, ceux qui attendent et espèrent le Seigneur.

https://www.vaticannews.va/fr/afrique/news/2019-11/meditation-dimanche-de-l-avent-annee-a-l-attente-dans-l-esper.html

Voilà, je comprends mieux mon malaise. Il me semble que l’Avent est destiné, dans l’Eglise catholique, à ceux qui ont une foi tiède. Si tiède qu’il leur arrive d’oublier que le Christ Jésus est venu dans la chair il y a 2000 ans et qu’il nous a laissé sa Parole qui est à méditer chaque jour de l’année liturgique commençante. (suite…)

Pauvretés

30 novembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Hier, je suis allée au cinéma pour voir « Gloria Mundi » de Robert Guédiguian, un film sombre, difficile, sans concession pour notre société injuste, où les uns, d’un milieu social modeste dans les quartiers nord de Marseille, s’éreintent au travail pour à peine survivre tandis que d’autres jouent les parvenus, prospérant dans des affaires troubles qui ne consistent qu’à tirer profit de la précarité d’autrui : rachat d’objets dont on se défait pour « boucler ses fins de mois » et qui sont ensuite revendus après avoir été réparés dans des ateliers clandestins de travailleurs non déclarés, eux aussi précaires entre les précaires. Le réalisateur nous amène à l’amer constat de la misère à nos portes, dans nos sociétés d’opulence pour certains, de désespérance pour beaucoup d’autres. Je retiendrai l’image du visage décomposé de Sylvie, femme de ménage quinquagénaire honnête et besogneuse admirablement interprétée par Ariane Ascaride, lorsque son chef d’équipe lance « Neuf minutes par cabine ! », et qu’en train de se démener pour y parvenir, elle découvre les toilettes dans un état nauséabond. Souvent, j’ai souligné ici le mérite des femmes de ménage que l’on ne pense jamais à louer, elles sont méprisées comme leurs tâches, alors que sans elles, nos lieux publics seraient invivables.

En proie à des pensées encore noires après ce film à l’issue implacable, je me retrouve dans la salle d’attente d’un médecin qui a pris du retard dans ses rendez-vous. Il faut prendre patience quand on se rend compte que plusieurs patients vous précèdent alors que vous étiez bien à l’heure.
Il y a là un couple, elle, la patiente prévue après moi, s’agite un peu, parle avec tout le monde, descend fumer une cigarette, remonte et commente l’amertume de sa vie : un accident grave qui l’a handicapée depuis vingt-cinq ans, le moral fluctuant, l’impossibilité de travailler, la précarité financière, l’envie quant aux personnes « joyeuses et qui ont tout. »
Je n’aime pas beaucoup les conversations de salle d’attente, mais entre ses paroles incessantes et un coup de fil que passe son mari, j’en sais déjà presque trop sur leur pauvre vie.
Elle évoque une fillette, leur petite-fille je suppose, qui veut venir dîner chez eux de « pommes de terre au munster. »
« Le grand munster était à 5 ou 6 euros, dit-elle à son mari, j’en ai pris un petit, tant pis, je n’en mangerai pas, moi, je lui laisserai ma part. »

Parfois, le cinéma ne reflète que la triste réalité.

 

Image : Pablo Picasso    Les pauvres au bord de la mer    XXe     National Gallery of Art, Washington

Voilà, l’année liturgique s’est terminée et nous allons entrer dans le temps de l’Avent. Nous allons entendre des lectures qui parlent de la venue imminente du Seigneur. Nous allons être invités à nous préparer à cet avènement. Et tout cela va aboutir à ce non-événement que seront les célébrations de Noël.
Comme chaque année, le même scénario : les bénévoles des paroisses vont s’agiter pour mettre en place la crèche, vendre des décorations de Noël pour des causes plus ou moins humanitaires, sélectionner les enfants qui animeront le grand cinéma de la crèche vivante, préparer les célébrations qui reprendront les mêmes erreurs théologiques que chaque année avec les mêmes cantiques qu’on finit par ne plus supporter d’entendre depuis tant de messes de minuit…

Mes lecteurs se demandent quelle mouche m’a piquée ?
Aucune.
Ce n’est pas la première fois que j’exprime mon malaise en Eglise au sujet de Noël. Non, je n’aime pas ce temps et je n’apprécie pas la façon que nous avons de le vivre en Eglise.

Théologiquement d’abord : on va encore dire que « Dieu s’est fait homme », que « Dieu est descendu sur terre », que « Dieu a pris chair dans un tout petit enfant ».
Je conteste ces formulations.
Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, habite un espace-temps inaccessible à nos sens, nul ne peut le voir sans mourir : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir et rester en vie. » (Exode 33, 20)
Qu’avons-nous fait de cette Parole, nous chrétiens ? Ce Dieu-là n’est jamais descendu sur terre, ce Dieu-là n’est pas homme, ce Dieu-là n’est pas masculin ! Nous ne savons rien de sa forme, de son apparence, de son être profond. C’est bien parce qu’ils affirment à tort que Dieu tout entier se manifeste en Jésus Christ son Fils que les chrétiens se fourvoient dans leur façon d’appréhender Dieu. Jésus est pleinement son Fils, oui, il est pleinement le Verbe de Dieu, il est pleinement la deuxième Personne de la Trinité… mais pas la Première ! Laissons au Dieu d’Israël ses prérogatives, et progressons dans le respect que nos aînés juifs ont de son mystère ! J’avoue pour ma part être presque gênée devant des proches juifs de ce que nous autres chrétiens sommes capables d’affirmer à Noël. « Mais Jésus est Dieu ! » va-t-on encore m’objecter comme si j’étais une mauvaise chrétienne. Eh bien pour ma part, je ne peux nommer « Dieu » que la Trinité tout entière, avec ses trois Personnes distinctes l’une de l’autre, ou le Père qui existait déjà avant qu’Il n’envoie le Fils s’incarner en homme masculin. Quand Jésus s’est incarné à Bethléem, il n’a rien enlevé au Père, qui est demeuré Dieu tel qu’Il était et sera pour l’éternité. (suite…)

Je reviens du cinéma, moi qui y vais très rarement. C’est dire si j’étais motivée pour voir ce film-là, et je suis encore en état de choc tant il est fort, bien joué, prenant, implacable quant au mécanisme d’emprise subtilement décrit dans ces un peu plus de 90 minutes de réalisme, car on sent bien tout au long du film que ce n’est pas vraiment une fiction mais que le scénario est tristement possible dans une de ces « communautés nouvelles » qui ont fleuri ces dernières décennies.

Je ne vais pas révéler l’intrigue, seulement encourager vivement les internautes de passage sur ce blog à aller voir ce film, pour mieux comprendre les enjeux des dérives sectaires de certaines communautés catholiques dont la médiatisation est finalement plutôt récente. Et je voudrais recommander ce film quel que soit son « bord » religieux : indifférent ou allergique au Renouveau charismatique – on y trouvera quelques arguments de poids – ou sympathisant de ce courant dans l’Eglise catholique romaine – le film donne matière à réfléchir et à interroger certaines paroles ou attitudes courantes dans ce mouvement.

Je voudrais dire que je n’ai pas le sentiment que ce film fasse du tort à la foi chrétienne : la croyance ardente y côtoie le doute sans vraiment de parti pris. Le propos n’est pas de donner la charge contre la foi catholique, mais de dénoncer les rouages d’une communauté sectaire. Que l’on ne vienne donc pas avec les arguments de rejet habituels contre un film qui ferait « du mal à l’Eglise ». Ce n’est pas le cas. C’est l’enjeu de la liberté de conscience, et de la liberté tout court, qui est interrogé dans cette œuvre courageuse et réussie.

Puissions-nous ne plus fermer les yeux, que nous soyons catholiques ou non, sur ce danger rampant de l’emprise spirituelle qui a déjà détruit trop de consciences et même de vies.

Une passion… en sous-sol

16 novembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

C’est l’histoire d’une passion et d’une très grande frustration d’enfance, celle d’un rêve remisé aux oubliettes de ma vie.
Cela doit commencer à mes cinq ans. Je suis chez ma tante, ma cousine tout bébé fait la sieste, et là au salon trône LE piano. Cet instrument me fascine, même si personne n’en joue ici pour le moment. Je soulève le couvercle de clavier et j’appuie sur quelques touches, émerveillée du son généré. C’est magique ! Jusqu’à ce que mon oncle arrive et me gronde assez violemment car je vais réveiller ma cousine…
J’ai dû commencer à dire à ce moment-là à mes parents que je voulais apprendre à jouer du piano. Peine perdue. Ils n’ont entendu qu’une demande irréalisable en raison de leur faible budget, et pas le très puissant désir de leur petite dernière.
Je vais traîner pendant de très longues années la tristesse de ce rêve brisé.

Ma cousine grandit, et quant à elle, comme ses parents sont plus aisés que les miens, elle prend des cours de piano. Je suis fascinée par les petites pièces de la « Méthode rose » qu’elle nous joue, et je lui demande de me les apprendre. Pas peur du ridicule, non, même si elle a sept ans et moi douze. De toute façon elle a toujours été comme ma petite sœur chérie, je lui découpe des vêtements pour ses poupées en carton, je lui bricole même une maison de poupées, et elle, elle me prête sa « Méthode rose » quand nous leur rendons visite… pas assez souvent à mon goût.

Plus tard encore, au lycée, il y a un piano au sous-sol (déjà). Avec quelques amies, nous obtenons l’autorisation de nous rendre dans cette pièce après le repas de midi. Magie à nouveau, les copines connaissent des petits airs rock, et on joue, on joue, sans aucune technique, mais le piano résonne ! Jusqu’au jour où le proviseur apprend qu’on fait venir là même des amis d’un autre lycée, c’est devenu le « foyer au piano », et les surveillants nous en interdiront désormais l’accès. Pourtant, nous ne faisions vraiment rien de mal.

Alors je traîne ma frustration, jouant furtivement  ici et là à chaque fois que je rencontre un clavier. Je n’ai toujours pas dépassé le stade d’un unique morceau de la « Méthode rose » et mes petits accords rock. (suite…)