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«Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère» Marc 3, 35

26 janvier 2021 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là,
comme Jésus était dans une maison,
arrivent sa mère et ses frères.
Restant au-dehors, ils le font appeler.
Une foule était assise autour de lui ;
et on lui dit :
« Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
ils te cherchent. »
Mais il leur répond :
« Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
Et parcourant du regard
ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit :
« Voici ma mère et mes frères.
Celui qui fait la volonté de Dieu,
celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

Marc 3, 31-35
Textes liturgiques©AELF

Je me suis déjà exprimée, sur ce site, au sujet de cet extrait de l’Evangile de Marc. Mais il n’est pas inutile d’y revenir, surtout en tant que catholique, pour sortir des commentaires un peu lénifiants dans notre Eglise, toujours plutôt gênée par ces versets qu’elle se réserve le droit de commenter exclusivement en ses ministres ordonnés pour bien enfoncer le clou catholique : les frères de Jésus ne sont pas ses frères (quelle idée n’est-ce pas ?) mais ses voisins ou ses cousins, et la Vierge Marie sa mère étant la première et la meilleure de toutes ses disciples, il ne saurait s’agir dans ces versets d’une prise de distance de Jésus avec sa famille. Consultez des homélies catholiques sur cet extrait d’évangile, et neuf fois sur dix, on vous servira cette catéchèse qui a en outre le mérite de noyer un peu le poisson soulevé quelques versets plus haut :

Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Marc 3, 21

Sur ce verset-là aussi, on prêche pieusement que Marie et les « voisins et cousins » de Jésus ont craint pour son bien-être car il était tellement occupé qu’il ne trouvait plus le temps de manger. Plutôt la soupe familiale que le surmenage du bon Jésus, et l’honneur de ses proches est sauf. Admettre encore et encore qu’en toutes circonstances, ceux-là ne lui auraient voulu que du bien.

Eh bien, si Jésus se montre ici dénutri, moi aussi, comme catholique abreuvée de ce style de commentaires, je reste sur ma faim.
Car enfin, être soupçonné par ses proches d’avoir perdu la tête n’est pas tout à fait la même chose que de leur inspirer des inquiétudes pour sa satiété.
Prêcher le Royaume de Dieu à des foules rassemblées autour de soi en suscitant ainsi l’envie de ses proches de se faire rapatrier d’urgence à la maison n’est pas tout à fait un signe de docilité à la volonté du Père et à l’Esprit Saint pour ces empêcheurs d’annoncer la Bonne Nouvelle aux foules.

Je veux bien croire en la bonne foi de Marie, mais comment s’obstiner à nier qu’au moins une fois – cette fois-là – elle ait été gagnée par le doute sur le bien-fondé de la prédication de son fils ?
N’y a-t-il pas là un écho à son incompréhension de la fugue de l’enfant à 12 ans vers le temple de Jérusalem ? (Luc 2, 41-51) Est-ce donc un blasphème des plus abjects en catholicisme que de considérer que la mère de Jésus ait pu avoir une réaction tout humaine de panique devant les propos de son fils qui lui semblaient hors de contrôle et risqués ? Je pense que c’est plutôt rendre hommage à la mère qu’elle a été que de lui laisser un peu de faiblesse et de faillibilité, au lieu de la revêtir toujours d’une aura de prescience et de perfection de jugement spirituel. Ou alors, n’est-ce pas que notre Eglise qui se réclame de la maternité originelle de Marie sur elle craint aussi de voir son infaillibilité doctrinale se flétrir au contact d’un verset biblique peu flatteur pour Marie ?

Quant aux frères de Jésus, il ne fait pas de doute, comme le souligne aussi l’évangéliste Jean, qu’ils ne croyaient pas en la légitimité de leur aîné à prêcher le Royaume des Cieux.
En effet, les frères de Jésus eux-mêmes ne croyaient pas en lui.
Jean 7, 5

On comprend bien mieux l’annonce de Jésus sur sa véritable famille quand on admet que la sienne n’a pas été exempte d’erreurs de jugement sur sa messianité et sa légitimité à dire les mots du Père, lui qui était le Verbe, venu parmi les siens, « et les siens ne l’ont pas reçu. »
(Jean 1, 12)

Ecrivant cela, je vais encore me faire quelques ennemis dans l’Eglise de mon baptême. Mais si je persiste à l’écrire, c’est parce que je saisis le mystère de la souffrance intérieure de Jésus, lui qui a peu à peu acquis, pendant ses trente années de vie cachée, la certitude d’être Fils de Dieu, lui qui a été envoyé parler en son Nom, et qui savait que ce faisant, il se mettrait à dos ses propres frères de sang doutant de lui, et par extension la plus grande partie de la famille religieuse à laquelle il appartenait. Jésus n’était dupe ni de la volonté des gardiens de sa religion de ne pas se laisser déposséder de leurs prérogatives spirituelles et temporelles, ni de l’issue fatale que sa courageuse prédication allait lui valoir.

« Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

Seigneur Jésus, je n’aspire qu’à être ta sœur par l’Esprit en accomplissant la volonté de notre Père, dans la vérité, quoiqu’il doive m’en coûter.

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