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« Ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. » Jean 16, 13

23 mai 2021 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

Jean 15,26-27.16,12-15
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Etrange Esprit, qui entend, qui parle, qui reçoit, qui glorifie, qui fait connaître…

Cet Esprit-là révélé par Jésus Christ n’est-il qu’un souffle, qu’une inspiration de sagesse ?

Cet Esprit-là, le Seigneur l’a-t-il envoyé une fois pour toutes sur les disciples au Cénacle dans les premiers temps de l’Eglise, ou est-il destiné à revenir encore et encore, à demeurer puissance de vérité agissante ?

Je pense qu’il y a plusieurs écueils à éviter quand on parle de l’Esprit Saint.

Tout d’abord, celui de croire qu’il est automatiquement donné de manière égalitariste dans les sacrements catholiques. Ainsi, trop souvent, tout catholique qui proclame que Jésus est Seigneur et ressuscité d’entre les morts peut s’estimer investi de l’Esprit Saint selon les écrits des premiers temps de l’Eglise. Alors que ce qui était une affirmation terriblement subversive et susceptible de déclencher une persécution immédiate mettant en jeu la vie et la mort au temps des premiers chrétiens peut n’être de nos jours qu’un simple rabâchage catéchétique, du moins dans les contrées où l’on est libre de son appartenance religieuse. Répéter une vérité de foi déjà vieille de 2000 ans peut ne pas engager pour autant le chrétien dans une vie authentiquement évangélique. Un Credo peut être récité de lèvres qui vont aussitôt après médire voire abjurer dans les actes quand les circonstances exigeraient un comportement exemplaire.

Je crois assez peu aussi à la hiérarchie des dons de l’Esprit Saint selon les sacrements reçus : cette croyance qui voudrait que l’adolescent confirmé soit davantage inspiré que celui qui ne l’est pas, que l’ordonné surpasse le simple confirmé dans les dons de l’Esprit Saint et qu’au-dessus de tous, le Pape soit de manière suréminente prophète de Vérité – quand ce n’est pas infaillible dans les affirmations de foi ! – me laisse assez sceptique, outre le fait que cette hiérarchie subordonne toujours les femmes aux hommes en matière de discernement spirituel en Eglise. Je crois qu’on peut déconstruire cette illusion de l’Esprit Saint tributaire des sacrements reçus ou pas. S’il est une Personne divine, il est souverainement libre, et peut se donner dans un sacrement, oui, mais aussi à qui Il veut et comme Il veut. Si les catholiques confirmés ou ordonnés étaient meilleurs chrétiens et personnes humaines que tous les autres, cela se serait remarqué depuis fort longtemps, or ce n’est guère le cas.

Autre écueil, celui qui consiste à penser que l’Esprit Saint inspire chacun intérieurement, et que l’appeler en ce jour de Pentecôte le fera descendre de préférence sur soi-même pour discerner ses chemins de vie personnels. Certes, cela fait partie de la promesse du Seigneur. Mais il en va du don de l’Esprit Saint comme de l’exaucement de la prière : très souvent, dans la prière, on reçoit autre chose que ce que l’on avait demandé. On suppliait pour telle cause et voici que telle autre affaire se résout, d’ailleurs parfois très longtemps après, quand on ne pensait même plus à prier pour cet exaucement-là. Eh bien, chanter le Veni Creator, de même, ne fait pas forcément tomber la langue de feu sur l’âme qui l’a entonné. Est-ce par jalousie spirituelle que bien souvent, on refuse de reconnaître dans l’âme du prochain une connaissance des mystères divins supérieure à la sienne propre ?

Et enfin, un dernier écueil à éviter est d’omettre que l’Esprit Saint soit une Personne divine au même titre que les deux autres. Jésus le dit pourtant clairement dans cet extrait d’Evangile : l’Esprit Saint, le Défenseur, le Paraclet vient après lui, quand lui-même n’est plus dans le monde, il entend, il parle, il glorifie, il fait connaître… Comment prétendre alors, et cela s’entendra dans les prédications de la semaine prochaine pour la fête de la Sainte Trinité, que l’Esprit est « circulation d’amour entre le Père et le Fils » ? Comment un sentiment, fût-il d’amour absolu, comment une relation pourrait-elle entendre, parler, glorifier, faire connaître…? Sans compter que ce Souffle simple circulation d’amour entre le Père et le Fils se révèlerait bien narcissique si son existence n’était liée qu’à ces deux Personnes-là, d’ailleurs toutes les deux, faut-il encore le souligner, revêtues d’attributs masculins. On se demande vraiment où est passée l’image du Dieu créateur  « Homme et femme » (Genèse 1, 27) si la Trinité n’est qu’un Père, un Fils, et « une circulation d’amour » entre eux deux…

Alors je crois qu’il est grand temps de réformer notre perception de cette troisième Personne de la Trinité Sainte dont c’est la fête aujourd’hui, en cette Pentecôte où elle se révèle.
C’est une Personne libre : elle ne peut être mise dans aucune cage – pour reprendre une expression du Pape François – pas même celle des sacrements catholiques.
Elle n’est pas forcément donnée à chacun, une Personne, même divine, ayant le droit et même la prérogative d’avoir des prédilections : des âmes dans lesquelles elle se complaît plus que dans d’autres.
Elle entend, elle parle, elle fait connaître le Père et le Fils qu’elle fréquente comme personne d’autre et qu’elle connaît donc de manière toute privilégiée. Approchant leur mystère au plus près, elle demeure comme nul autre dans la vérité, cette vérité tout entière dont Jésus savait qu’elle ne pouvait être portée par ses disciples, et par extension, par tous ceux qui se considèrent ses disciples jusqu’à aujourd’hui, en particulier les hommes mâles, même ordonnés, dont beaucoup demeurent, comme au temps de Jésus, hermétiques à tout ce qu’il n’a pas pu leur dire au temps de son incarnation parce qu’ils ne pouvaient pas le porter. Cet état de fait n’a toujours pas évolué, et des ordonnés, dans leur orgueil mâle, ont construit eux-mêmes le dogme de l’infaillibilité pontificale pour verrouiller la doctrine à leur profit.

En toute logique, Dieu ayant créé l’homme « homme et femme » à Son image, il y a forcément une Personne féminine dans la Trinité. Elle procède du Père et du Fils, oui, dans la mesure où elle se manifeste après eux deux, ce qu’elle dit ne venant même pas d’elle-même : la Vérité ultime qu’elle goûte auprès du Père et du Fils, véritable Sagesse, elle la délivre pour que l’humanité accède enfin à la vérité sur son origine, son être et son devenir. Car ce qui va venir, elle, elle l’entend, elle le reçoit du Père et du Fils pour le faire connaître.

Du moins, elle tente de le faire connaître, car l’opposition du monde et des structures religieuses à cette Personne est telle que tout est mis en œuvre pour la faire taire ou la tourner en ridicule, surtout en ces temps où nous sommes.

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