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« Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres » Luc 5, 37

3 septembre 2021 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

« Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf
pour le coudre sur un vieux vêtement.
Autrement, on aura déchiré le neuf,
et le morceau qui vient du neuf
ne s’accordera pas avec le vieux.
Et personne ne met du vin nouveau
dans de vieilles outres ;
autrement, le vin nouveau fera éclater les outres,
il se répandra
et les outres seront perdues.
Mais on doit mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
Jamais celui qui a bu du vin vieux ne désire du nouveau.
Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” »

Luc 5, 36-39

Je voudrais aujourd’hui soulever un paradoxe : les chrétiens fondent leur foi depuis vingt siècles sur les évangiles canoniques et la suite du nouveau Testament, et cela est juste. Rien ne peut en effet surpasser la parole et les faits et gestes de Jésus pour comprendre qui est Dieu le Père. Tout du moins devrait-on être un peu plus prudents avec les écrits de Paul et des rédacteurs d’Epîtres qui sont des hommes pécheurs et susceptibles de commettre quelques erreurs d’appréciation, et non des fils de Dieu en ligne directe comme l’est le Christ. Je pense en particulier à quelques passages teintés de misogynie qui sont le fait de l’époque et de la personnalité des rédacteurs, et non du Dieu Père, Fils et Saint Esprit. On aura beau chercher dans les paroles et actes de Jésus une seule trace de désir de cantonner les femmes à des rôles subalternes ou muets et à la soumission aux hommes mâles, on n’en trouvera pas. Les « Pères de l’Eglise » se sont empressés d’en parsemer ici et là, en y ajoutant l’audace de les faire passer pour « Parole du Seigneur ». Ce qui est faux.

Et de même, comme la nature a horreur du vide, les hommes influents de l’Eglise se sont-ils employés depuis 2000 ans à ajouter aux Ecritures des infinités de prescriptions morales, familiales et sociales qu’ils prétendent inspirées de l’Esprit Saint, ce qui reste à prouver, d’autant plus qu’au long des siècles, beaucoup deviennent obsolètes voire se contredisent. Cela devient d’ailleurs la quadrature du cercle pour les papes obligés de composer en fidélité avec tout ce que leurs prédécesseurs ont pu dire et écrire comme autant de pseudo vérités. Je crois véritablement le Pape François plus empêtré dans cette obligation-là que dans les caprices de la curie aux soutanes empesées. Quoiqu’il veuille réformer par intelligence personnelle et recherche de sainteté, il est prisonnier des déclarations de ses prédécesseurs.

Je ferme là cette parenthèse vaticane pour revenir, comme je le fais souvent, sur le carcan que représente pour les catholiques le catéchisme de leur Eglise. Voilà un ouvrage rédigé exclusivement par des hommes, s’appuyant sur des écrits ecclésiaux masculins à au moins 90% – à peine cite-t-il quelques rares saintes docteures de l’Eglise ou mystiques éminemment reconnues comme authentiques – et on nous l’assène comme vérité révélée et référence absolue du comportement chrétien. Je m’érige depuis longtemps contre cette dictature interne du catéchisme, et pas seulement sur le plan de la morale, mais encore bien plus sur celui de la foi. On ne m’obligera plus jamais par exemple à proclamer Marie vierge pendant et après son premier accouchement.

Cathéchisme 510 : Marie « est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours  » (S. Augustin, serm. 186, 1 : PL 38, 999) : de tout son être elle est « la servante du Seigneur  » (Lc 1, 38).

Il faudrait m’expliquer pourquoi la parole d’un homme, Augustin, connu au demeurant pour avoir été un très grand pécheur, est considérée désormais comme une vérité révélée et incontournable. Et tout le catéchisme fonctionne ainsi. Tel « Père de l’Eglise » a dit, et donc c’est vrai. Essayez d’en discuter avec des consacrés même les plus saints, même les plus fidèles aux Ecritures, ils vous répondront, gênés par vos objections : « C’est la foi de l’Eglise ». Et on est donc anathème si on persévère. Je n’ai cité là qu’un exemple, mais tout le catéchisme est truffé de ces contre-vérités que le catholique est prié de s’approprier comme dépôt de sa foi. Moi je crie au scandale, et je demeurerai comme Galilée sûr de sa découverte véridique :
« Et pourtant, elle tourne ! »

Le catéchisme est ainsi rédigé que l’homme d’Eglise peut prétendre, au sujet de la foi, avoir toujours raison s’il s’approprie cette nouvelle Loi (et que dire du Droit canon !). Une clause spécifique réfute même toute inspiration la plus sainte et la plus puisée dans l’Esprit qui soit du moment que l’homme d’Eglise ne la valide pas comme étant en adéquation avec ce fameux dépôt de foi du catéchisme.

Catéchisme 66 : « L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ » (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée ; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.

67  : Au fil des siècles il y a eu des révélations dites « privées », dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’ « améliorer  » ou de « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.

Par ces deux articles, le catéchisme ne fait rien moins que museler l’Esprit Saint. L’article 65 le stipule encore mieux :

65 « Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils » (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d’autres, l’exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2 :

Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire ; car ce qu’Il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).  [Fin de citation ]

N’est-ce pas une manière pour les hommes d’Eglise de se protéger dans leurs prérogatives de posséder la vérité définitive sur les intentions de Dieu ? Je pose la question : pourquoi le Père aurait-il absolument TOUT dit de Lui, de la Création, de la Rédemption et de notre devenir commun à travers son Fils il y a 2000 ans, à une époque où les femmes étaient illettrées, cantonnées aux tâches domestiques, interdites de parole et de pensée théologique ? Pourquoi fermer ainsi la porte aux inspirations que l’Esprit Saint qui peut très bien, 2000 ans après l’incarnation du Fils, avoir encore des choses à dire et à révéler, comme Jésus lui-même l’a annoncé en Jean 16, 5-15 ? Et si, à l’aube de ce troisième millénaire, Dieu avait décidé de poursuivre sa révélation de vérité, par l’Esprit, à travers une femme enfin lettrée, enfin libre, enfin affranchie de la tutelle des hommes même d’Eglise, que ferait l’Eglise de cette parole ?

Eh bien, au mieux elle l’ignorerait avec condescendance ou indifférence, au pire elle la persécuterait exactement comme les gardiens de la religion juive de Jésus l’ont persécuté en son temps.
Oh, point n’est besoin de mettre cette femme libre et subversive en croix : cela ne se fait plus de nos jours, et ce n’est pas très propret. Non, mieux vaut insinuer que cette femme est folle, la discréditer ainsi, au besoin encourager son entourage à la faire interner pour tenter d’éteindre à coups d’injections ses inspirations délirantes… Tout cela est bien admis socialement et se pratique avec des mains propres. Et ainsi en a été fait.

Alors aujourd’hui, dans ma liberté de femme résiliente et soumise désormais à absolument personne sur cette terre, je déclare, comme Jésus le fit dans la parabole ci-dessus  – l’évangile du jour –  que personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres.

Et je continuerai à déclamer par écrit ce que je reçois de l’Esprit Saint, dans l’oraison et par toute ma vie, en m’affranchissant de la vieille outre du catéchisme de l’Eglise catholique. Exactement comme le Christ Jésus, maître du sabbat, prenait ses distances avec l’empilement inextricable des prescriptions juives de son temps. Pour faire enfin connaître la Vérité.

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1 commentaire

  • j’ai aimé le lire(ayant avent lu celui de l’église de france) ,prier, rechercher les passages renvoyant a la bible, j’ai été lire les encycliques et empreinte les livres des pères de l’église a la bibliothéque diocésaine, cela a été un enrichissement et un approfondissement en revenant toujours aux nouveaux testament, j’y est passé deux ans le soir quand c’est sorti et je le conseille



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