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« Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons » Luc 8, 2

17 septembre 2021 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là,
il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages,
proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu.
Les Douze l’accompagnaient,
ainsi que des femmes
qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais :
Marie, appelée Madeleine,
de laquelle étaient sortis sept démons,
Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode,
Suzanne, et beaucoup d’autres,
qui les servaient en prenant sur leurs ressources.

Luc 8, 1-3

Dans l’évangile de Luc, voici donc l’extrait où apparaît Marie de Magdala, grande amie de Jésus. Je n’aurai pas la prétention de rédiger un commentaire savant sur elle, j’aimerais simplement déplacer un peu notre regard habituel sur cette grande figure de l’Evangile.

Nous sommes assez prisonniers, quant à Marie Madeleine, de siècles de théologie, sermons et iconographie chrétienne, auxquels ajouter désormais des images tenaces issues du cinéma ou encore de romans à succès. Nos préjugés sur elle sont donc d’autant plus difficiles à dépasser. Dans la perception populaire, Marie Madeleine est cette prostituée criblée de vices, à la superbe chevelure et s’éprenant de Jésus qui lui fait magnanimement miséricorde, en louant son repentir exemplaire. Qui n’est pas prisonnier de cette croyance jusqu’à aujourd’hui ?

La tentation est grande d’assimiler Marie Madeleine à la pécheresse repentie de l’extrait de l’évangile de Luc venant juste avant (Luc 7, 36-50). Et pourtant, rien ne prouve que ce soit la même femme, qui n’est absolument pas nommée dans la scène célèbre chez Simon le pharisien insinuant que la femme pleurant aux pieds de Jésus est une pécheresse connue, probablement une prostituée au sens couramment admis.

Si nous nous écartons de cet amalgame courant, nous pouvons porter un regard neuf sur Marie de Magdala. Ce que dit précisément l’évangile c’est qu’elle a été libérée de sept démons, le plus vraisemblablement possible par la force d’exorciste de Jésus. Il existe toute une théologie chrétienne des « sept péchés capitaux » que l’on rattache souvent à cette représentation de Marie Madeleine censée les cumuler tous. Je rappelle ici la liste de ces péchés ou vices entraînant le péché proprement dit : la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie.

On a donc tôt fait de supputer que Marie Madeleine ait été en proie à tous ces vices avant sa conversion radicale.
Je voudrais relever un point qui me semble contestable : le vice qui vient à l’esprit en premier quand on songe à Marie Madeleine, c’est la luxure. Encore faudrait-il redéfinir celle-ci comme la « recherche déréglée des plaisirs sexuels ». Or, depuis quand une prostituée recherche-t-elle son propre plaisir ? N’est-elle pas plutôt au service du plaisir de son client, prêt à la rémunérer pour l’obtenir ? Songeons à ces adolescentes et jeunes femmes qui ont été prises entre les filets implacables de la prostitution et qui n’éprouvent que dégoût de leurs clients et d’elles-mêmes… Il faudrait demeurer lucides quand nous imaginons qu’une prostituée se réduit à « se vendre » par recherche de plaisir personnel !

Concernant la paresse supposée de Marie Madeleine, là aussi il y a lourde méprise. C’est qu’on la confond encore et toujours trop souvent avec Marie sœur de Marthe et Lazare, qui est, quant à elle, originaire de Béthanie et non de la ville de Magdala. Et ce n’est pas par paresse, quoiqu’en ait pensé Marthe, qu’elle demeure aux pieds du Seigneur pendant que sa sœur s’agite en cuisine. Si Jésus loue son écoute, c’est bien qu’elle s’est mise à ses pieds pour boire sa Parole de vie et non pour échapper aux contraintes du service. (Luc 10, 38-42). Restons-en à l’Evangile et non aux fables qui entretiennent une confusion entre ces deux Marie, amies de Jésus résolument distinctes l’une de l’autre.

En ce qui concerne les autres péchés capitaux – l’orgueil, la gourmandise, l’avarice, la colère et l’envie – absolument rien dans l’Evangile ne nous permet de penser que Marie de Magdala en ait été affublée. Nous la connaissons « libérée de sept démons », ce qui n’est certes plus une expression à la mode dans la théologie contemporaine. Possessions diaboliques et exorcismes ont été relégués au domaine de l’imaginaire et du cinéma de nos jours, ou encore aux sectes pentecôtistes. Erreur peut-être lourde ! On a en effet trop tendance à psychiatriser, ces dernières décennies, tous les désordres mentaux voire moraux. Or le vrai combat spirituel existe, et les grands mystiques en ont tous témoigné. Sainte Thérèse d’Avila ou le saint curé d’Ars ont mené des combats acharnés contre des démons, et ce n’est pas faute de culture psychiatrique qu’ils les ont identifiés comme tels.

Ce qui est certain, c’est que les personnes éloignées de la foi chrétienne et de la sainteté ne les discernent guère. Quand on est mondain, on peut avoir des accointances marquées avec les sept péchés capitaux dans la plus grande insouciance. Le « Prince de ce monde » ce n’est pas Dieu mais son Adversaire de toujours, appelons-le Satan ou le diable, peu importe. Et les mondains sont en paix par rapport à lui, car les ayant déjà tacitement gagnés au vice, le diable n’a plus besoin de les harceler. La théologie contemporaine évacue aussi le diable du paysage et du débat, erreur qui risque de lui être fatale à plus ou moins long terme. Et qui peut être fatale aussi à de grands croyants en quête d’authenticité spirituelle qui vont quant à eux être durement attaqués par l’Adversaire, tandis que le prêtre de base, niant l’action de celui-ci, va les envoyer vers les psychiatres. Parlez de Dieu et du diable à un psychiatre, il vous gardera en hospitalisation forcée moyennant un traitement de choc. Voilà où nous en sommes réduits de nos jours en matière de combat spirituel.

Pour en revenir à Marie de Magdala « libérée de sept démons », elle a très bien pu, étant contemporaine du Christ Jésus et amenée à croiser sa route un jour, avoir été la proie de cet Adversaire insidieux qui colonise les âmes en quête de purification. Qui nous dit qu’elle était criblée de péchés ? Peut-être était-elle une femme ordinaire mais déjà en quête de renouveau intérieur, ce que le démon discerne à coup sûr pour s’immiscer dans une vie intime. Là où il y a des aspirations à la sainteté, il y a forcément la résistance du Prince de ce monde qui veut à tout prix faire échouer le plan de Dieu. N’oublions pas que Marie de Magdala a été par la suite l’éminent témoin de la résurrection du Christ, événement craint et honni s’il en est du Satan. Dieu et son Adversaire de toujours ont une petite longueur d’avance sur les humains quant au cours de l’histoire. Pressentant que cette femme deviendrait « l’Apôtre des apôtres », le diable devait à n’en pas douter l’avoir dans le collimateur et la tourmenter intérieurement au plus haut point, comme il a pu le faire en leur temps avec sainte Thérèse d’Avila ou le saint curé d’Ars. La chance de Marie Madeleine, c’est que dans son désordre psychique, elle ait croisé Jésus plutôt qu’un psychiatre contemporain. Lui a été en mesure de la délivrer de son combat intérieur, de la renouveler totalement dans une vraie recherche de sainteté, et de la gagner comme disciple fidèle à sa suite, pour notre plus grand bien à tous, nous ses héritiers chrétiens. Et Jésus de la gratifier pour ce chemin intérieur exemplaire de sa première apparition de Ressuscité.

Alors on pourra bien rire de moi et me prétendre moyenâgeuse, cela ne m’empêchera pas de défendre une autre vision de Marie de Magdala, éminente combattante de l’esprit et certainement pas prostituée repentie.

 

Image : Statue de Marie Madeleine au musée des Augustins, Toulouse

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