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Homélie du 7 octobre 2012 à Tamié

7 octobre 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Jeudi prochain 11 octobre, l’Église catholique fêtera le 50° anniversaire du Concile Vatican II. Ce sera aussi l’ouverture d’une « année de la foi » sur le thème d’une «  nouvelle évangélisation ». Un synode d’évêques se réunit également sur ce thème. Quand nous venons à la messe, nous avons la chance d’entendre ensemble un passage de l’Évangile, bonne nouvelle adressée à toute l’humanité par Notre Seigneur Jésus-Christ. De quoi nous parle l’évangile d’aujourd’hui ? Du mariage, du couple homme et femme, et aussi des séparations , des divorces. Sujet tout à fait d’actualité ! A noter aussi que le texte parle non seulement du couple mais aussi des enfants, ce n’est pas sans importance !

Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ? Comme souvent, Jésus répond à une question par une autre question : « Que vous a prescrit Moïse ? ». En renvoyant à la Loi, Jésus donne une référence objective, extérieure à une opposition de personnes. La réponse n’est pas une question d’opinion personnelle. On s’attendrait à ce que les pharisiens répondent : « Non, ce n’est pas permis  » (« Tu ne commettras pas d’adultère »). En fait, ils répondent par une exception. Interrogé sur le divorce, Jésus répond en parlant du mariage. Les pharisiens parlent du droit de l’homme, Jésus parle de l’homme et de la femme, les deux sont engagés. De plus le « Est-il permis ? » risque d’entraîner dans des considérations juridiques sans fin. Ce n’est pas parce qu’une chose est permise par la Loi qu’elle est bonne. Jésus ne raisonne pas en juriste, il rappelle que l’ordre juridique ne peut annuler l’ordre originaire voulu par Dieu. En interrogeant à son tour, Jésus passe de Moïse à la Création, puis à Dieu. Il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir,  cependant il rappelle que le sabbat est fait pour l’homme et non l’inverse. Il s’adresse à des croyants, ce qui n’est plus toujours le cas aujourd’hui. Ce qui est important pour nous, aujourd’hui, auditeurs ou lecteurs de l’évangile, c’est de ne pas perdre de vue que le texte passe du « légal » à « l’humain » à l’endurcissement du cœur ( la « sclérocardie »). On passe de la parole qui règle la vie sociale des hommes et des femmes (la Loi) à quelque chose de plus fondamental et individuel : le cœur de  l’homme  (sa conscience ). Jésus rappelle que l’homme n’est pas seulement appelé à vivre au sens d’exister mais à vivre en aimant et en donnant sa vie par amour, ce qui est source de vie. Pour comprendre le rôle de la Loi dans notre vie de foi, on peut penser au code de la route qui, en France, oblige de rouler à droite mais parfois il y a des sens uniques qui obligent de rouler à gauche. La Loi ne peut prévoir tous les cas. Elle ne dit pas non plus où nous devons aller ni avec qui et c’est pourtant important quand on conduit ! Quand Jésus voit la samaritaine qui a eu cinq maris ou la femme adultère, il ne les condamne pas, c’est même lui qui leur adresse la parole pour leur redonner courage. La bonne nouvelle est adressée aux pauvres : aux femmes ou aux hommes renvoyés et aux enfants traumatisés. Le divorce est un drame mais aussi, parfois, la moins mauvaise solution. Comme le mariage, le divorce est symbolique de nos relations à Dieu dans l’infidélité ou dans l’alliance fidèle ( la bague qu’en français nous appelons « alliance » se dit « fede » en italien, le même mot que la foi, la confiance qui lie un homme et une femme).

Aujourd’hui ? Aurélie, 18-19 ans, étudiante, confie à son aumônier qu’elle est amoureuse. En fait, elle s’interroge : «  Je veux m’engager de façon sérieuse. J’aimerais bien que ça dure mais mon copain me dit que ce n’est pas son truc. Je vais arrêter de le fréquenter. Mais je ne sais pas si j’ai raison…. Mes parents sont divorcés, mes oncles et tantes sont tous divorcés, au moins une fois ! » Qu’aurions-nous répondu à Aurélie ?

Réponse de l’aumônier : «  Si tu t’embarques dans une vie de couple en te disant : pas de problème, si ça ne marche pas, on se sépare, tu risques fort de caler à la première difficulté. Mais si tu t’embarques avec la volonté que cela dure, tu chercheras les moyens pour que ça tienne ! ». Je pense aussi à des jeunes qui assistent au jubilé de mariage de leurs grands-parents. Réflexion : « Je ne trouverai jamais quelqu’un qui reste cinquante ans avec moi ». Réponse du grand-père : « Ça ne se trouve pas, ça se fabrique ! » Ou encore à un couple en difficulté qui décide de participer à une session  et témoigne plus tard : «  Lorsque nous avons consenti à être pauvres l’un en face de l’autre avec le Christ au centre, ça nous a sauvés ». Et leurs enfants  répondent : « Vous nous avez rendus heureux ! »

Comment vivrons-nous, chacun à notre place, l’année de la foi qui va s’ouvrir ?  Comment évangéliser sans se laisser d’abord évangéliser ? Et comment être évangélisés sans connaître et vivre l’évangile ? Mais lire l’évangile, ce n’est pas étudier des cas d’école. Les moines ne semblent pas directement impliqués dans ce texte qui parle de mariage et de divorce .Mais par la fidélité, oui. De plus, ce que Jésus  nous apprend à travers ce texte, c’est qu’il y a dans la Bible, ici dans le récit de la Création, quelque chose à entendre et qui n’a pas été entendu par les pharisiens et que nous pouvons ne pas entendre. Lorsque manque la qualité d’écoute, à cause de la sclérocardie, il faut faire des compromis pour sauver ce qui peut l’être. Cela vaut pour tout le monde, moines inclus ! Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur. Bonne année de la foi à chacun.

Frère Antoine

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2 commentaires

  • André BONDU says:

    Que j’ aime cette réponse du grand père : la fidélité dans la mariage, çà ne se trouve pas, çà se fabrique !
    Oui, au fil des jours…
    avec l’ aide de Jésus…

  • Monique Durand Wood says:

    Très beau commentaire sur cet évangile de dimanche, si souvent approché avec moralisme et… dureté de coeur !
    La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres et aux blessés de la vie, non pas pour appuyer sur leurs blessures
    mais pour leur redonner confiance en leurs capacités d’aimer – même si le chemin n’a pas été rectiligne !
    Merci, Véronique, de nous avoir transmis cette homélie.
    Monique D.W.



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