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« Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné » Luc 12, 10

20 octobre 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Jésus disait à ses disciples :

« Je vous le déclare : Celui qui se sera prononcé pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme se prononcera aussi pour lui devant les anges de Dieu.
Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié en face des anges de Dieu.
Et celui qui dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné.
Quand on vous traduira devant les synagogues, les puissances et les autorités, ne vous tourmentez pas pour savoir comment vous défendre ou comment parler.
Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure même ce qu’il faudra dire. »

Luc 12, 8-12

Voilà un passage d’Evangile qui m’interpelle au plus haut point. Et dont l’interprétation contemporaine me laisse toujours perplexe.

En effet, je lis depuis des années en réponse aux questions récurrentes sur ce blasphème contre l’Esprit Saint qui ne sera pas pardonné, que la seule faute qui ne puisse pas être pardonnée par le Christ, c’est de ne pas croire en son désir de tout pardonner.

De là découle une théologie de la permissivité et de la mansuétude jusqu’au scandale.

Ainsi, moi qui ne comprends pas cette parole du Christ de la même façon, ai-je souvent été taxée d’être mauvaise chrétienne, n’ayant pas l’amour des ennemis, ne croyant pas au pardon inconditionnel des péchés, me permettant de juger, et j’en passe…

Et pourtant il me semble que Jésus est clair dans ce passage. Il pardonne une parole contre lui, et il y a lieu de dire « Ouf », dans ce monde où il est insulté en permanence.

mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné.

Or l’Esprit Saint n’est-il pas l’Esprit de vérité ? Le Christ chemin, vérité et vie n’est-il pas celui qui donne l’Esprit de vérité à ceux qui le lui demandent ? Et Jésus ne nous a-t-il pas enseigné que la Vérité était dans ses paroles, consignées fidèlement dans les Evangiles ?

Alors pourquoi tronquer en permanence les Evangiles ? Hier encore, nous lisions : Je vais vous montrer qui vous devez craindre : « craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis, c’est celui-là que vous devez craindre. » (Luc 12, 1-5)

Les interprétations contemporaines de l’Evangile conduisent souvent à affirmer que toute âme est sauvée par le Christ, presque sans égard pour les victimes des grands pécheurs, à condition quand même de se repentir – mais on ne parle pas de s’amender. Ajoutons à cela la mode des récits d’expériences de mort imminente. Un tunnel, une éblouissante lumière… Nous avons tous entendu ces récits. A aucun moment on n’évoque une prise de conscience de ce qu’a été notre vie dans nos manquements à Dieu et à notre prochain. Et ainsi, on endort les consciences. Une fois de plus, on nous chante « On ira tous au paradis. »

J’ose affirmer que je n’adhère pas à ces visions idylliques. Le blasphème contre l’Esprit Saint, ce peut être le refus d’entendre la vérité que le Christ conduit certaines âmes à comprendre plus profondément. Le blasphème contre l’Esprit Saint, ce peut être de laisser les consciences endormies dans l’espérance d’un coup d’éponge instantané au moment de la mort, même sur les crimes les plus odieux. Le blasphème contre l’Esprit Saint, ce peut être de faire dire au Christ le contraire de ce qu’il n’a pas cessé de nous enseigner, jusqu’à en être crucifié pour nos surdités.

Image : Esprit de Pentecôte   Eglise Saint Aloysius, Londres

 

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10 commentaires

  • el padre says:

    Content de pouvoir rendre service 😉

  • Véronique says:

    Oui, merci pour ce bel échange. J’aime beaucoup ce que vous dites du sens de la vie monacale, padre, de la grâce de la communion des saints…

  • Claire says:

    Merci de cet éclairage, père..

  • el padre says:

    Oui, la question se pose bien entendu de la possibilité de réparer les conséquences de nos péchés, car ce n’est que rarement possible.

    C’est tout le sens de la pénitence chrétienne. Toute la vie monacale en est une expression : là, on offre sa vie afin de réparer, par une façon de vivre enfin conforme aux commandements du Christ, ses propres péchés et ceux du monde. C’est ce qu’on appelle la communion des saints : par un bien que l’on fait, on s’efforce de réparer le mal qu’on a fait soi-même ou que d’autres ont fait. Il y a une solidarité dans la sainteté comme il y en a une dans le péché, et le fait de passer de l’une à l’autre a des conséquences qui dépassent ce qu’on en perçoit à vision humaine.

    Bien entendu, s’il m’est possible de me faire pardonner par ceux à qui j’ai fait du mal, ou de réparer les conséquences de ce mal, c’est par là qu’il faut commencer, en toute logique, et à eux qu’il faut offrir réparation.

    Mais si je ne peux pas réparer directement, envers ceux contre qui j’ai péché (donc, en dernière analyse, envers qui j’ai manqué d’amour, puisque c’est ça, le péché), je peux en revanche m’efforcer de m’amender, par ma conversion personnelle, et par le bien que je m’efforce de faire en faveur de tous. Ça ne profitera pas directement aux gens à qui j’ai pu faire du mal, mais ça leur profitera au moins indirectement, par la communion des saints. Je ne dis pas que ça soit pleinement satisfaisant, parce qu’il est bien évident que ce n’est pas parfait, mais nous ne sommes pas Dieu, et il y a des limites aux réparations que nous pouvons faire, parce que le mal qui se fait par le péché nous dépasse, et donc ce que l’on fait pour y remédier est, bien souvent, au-delà de nos capacités…



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