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Homélie du 21 octobre 2012 à Albi

21 octobre 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Dominer ou servir ?

La tentation du pouvoir nous guette tous. L’orgueil, l’ambition, la jalousie, ça nous connaît ! Même les apôtres qui ont partagé l’intimité du Christ, étaient au départ comme nous. Ainsi le montre l’Évangile que nous venons d’entendre. Étonnamment, ce désir des premières places de la part des disciples se révèle lors de la montée de Jésus vers Jérusalem. Dans l’Évangile de saint Marc, cette montée est ponctuée de trois annonces de la Passion : le Fils de l’homme, dit clairement Jésus, sera condamné à mort, livré aux païens, humilié, flagellé et tué. L’évangéliste souligne que les disciples ne comprennent pas ces paroles. C’est peu de le dire : alors que Jésus parle de sa mort, les disciples, eux, rêvent de pouvoir…

Ces paroles de Jésus, ils ne les comprendront pas davantage lorsqu’elles s’accompliront. Pour eux, il est inimaginable que le Messie puisse connaître la souffrance et la mort. En répétant par trois fois l’annonce de sa Passion, Jésus veut éclairer leur esprit. Tout comme saint Marc : en rapportant cette triple annonce dans son Évangile, il veut ouvrir notre cœur, nous aider à aller au-delà de ce scandale d’un Messie crucifié, pierre d’achoppement de notre foi. Les disciples ne veulent entendre que ce qui conforte leurs attentes : un Messie triomphant qui viendrait restaurer le trône de David à Jérusalem et dont ils pourraient partager le pouvoir. C’est tout le sens de la requête de Jacques et de Jean qui réclament de siéger à la droite et à la gauche de Jésus. Ils veulent les premières places. Jésus ne les tance pas. Il voit le meilleur en eux : leur zèle d’apôtre et les fruits qu’il produira. À cause de l’Évangile, Jacques mourra martyr et Jean vivra l’exil. La coupe du Christ, ils y boiront ; son baptême, ils le recevront.

L’attitude de Jacques et de Jean rejoint notre désir de suivre au plus près le Christ. Qui de nous n’a pas envie de servir l’absolu de Dieu ? Ce récit réveille en nous une générosité, un élan prêt à s’offrir. Mais il met aussi le doigt sur une ambiguïté tapie en nous : nous voulons suivre le Christ, mais en ignorant sa volonté. Souvent, nous confondons notre volonté avec la sienne. Nous croyons servir le Christ, mais n’est-ce pas plutôt le Christ que nous voulons au service de nos projets ? « Vous ne savez pas ce que vous demandez » : nous ne le savons pas non plus. Suivre le Christ, c’est servir, donner notre vie pour les autres, pas courir après le pouvoir. En sommes-nous conscients ? Est-ce bien ainsi que nous voulons suivre Jésus ?

« Nous le pouvons ! », disent les deux frères. Ils le pourront, mais à mesure qu’ils se libèreront d’une fausse image du Messie et qu’ils découvriront le vrai visage de Dieu en son Fils. Ils le pourront, lorsque leurs rêves de gloire au futur consentiront à s’incarner dans la réalité du présent où le Christ les attend. Ils le pourront, lorsqu’ils découvriront dans la Pâque du Christ le « oui » qui s’y cache et qui veut les associer à son « oui ». « Voici que nous montons vers Jérusalem », dit Jésus à ses disciples. Il parle à la première personne du pluriel. Les disciples pourront suivre le Christ en découvrant, à travers l’appel d’un amour qui les invite à l’imiter et à le suivre, la vraie mesure de leurs capacités et de leurs forces. « Sans moi, nous dit Jésus, vous ne pouvez rien faire ». Avec lui, tout est possible. En lui, le service est chemin de vie.

Chers frères et sœurs, au début de l’Année de la foi, nous voici invités à réajuster notre regard sur le Christ, à faire l’expérience d’une rencontre avec lui pour découvrir toujours davantage son visage d’humble Serviteur. Témoigner de lui là où nous sommes, suppose une manière d’être qui soit en rupture avec les modèles du monde, un art de vivre qui questionne nos contemporains et les conduise à découvrir ce Christ que nous confessons. Il dépend vraiment de nous que l’Église soit, pour le monde, signe de ce Royaume où le premier n’est pas celui qui veut conquérir les premières places, mais celui qui se fait le serviteur de tous. Amen.

Prédicateur : Père Paul de Cassagnac

Références bibliques :
Is 53, 10-11 ; Ps. 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45
Cathédrale Sainte-Cécile, Albi (Tarn)
Source : http://www.lejourduseigneur.com/Web-TV/Homelies/Temps-Ordinaire/29eme-dimanche/B/Homelie-de-la-messe-a-Albi

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