Quand l’homme eut désobéi à Dieu, le Seigneur Dieu l’appela et lui dit : « Où es-tu donc ? » L’homme répondit : « Je t’ai entendu dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Je t’avais interdit de manger du fruit de l’arbre ; en aurais-tu mangé ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. »
Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »
L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.
Genèse 3, 9-15.20
Cet extrait de la Genèse, ce qui le précède et ce qui le suit, est pour moi l’histoire d’une souffrance. Un des obstacles majeurs à mon retour à la foi à l’âge adulte. Une des raisons pour lesquelles j’ai eu longtemps beaucoup de mal à intégrer dans ma foi le dogme de l’Immaculée Conception que nous fêtons aujourd’hui.
Je vais m’en expliquer très simplement, sans faire de théologie, puisque je ne suis pas théologienne (ce que d’ailleurs je revendique comme un avantage).
Je suis la dernière de quatre filles. Mal accueillie comme enfant, encore plus mal accueillie comme fille. Ce fut lourd à porter, même si de toute ma vie, je n’ai jamais eu l’ombre d’un regret d’être fille, au contraire, j’ai toujours été très féminine. Mais observatrice.
Dès l’école maternelle, les garçons nous tourmentaient en classe et en récréation. Il y avait dans ma promotion un noyau de garçons bagarreurs et rebelles aux apprentissages, qui alourdissaient l’ambiance de classe et nous freinaient dans nos progrès.
J’observais aussi avec une grande souffrance ce qui se jouait dans ma famille : ma mère était une femme très humble, simple et complexée. Sa scolarité avait été brisée par l’occupation, puisqu’en classe de CP, les enseignements se firent chez elle en allemand, et ce, jusqu’à la fin de sa scolarité primaire à la Libération, de sorte qu’elle ne maîtrisa jamais correctement à l’écrit ni le français, ni l’allemand. Elle voulut être coiffeuse, mais sa mère le lui interdit car à l’époque, il lui aurait fallu travailler le dimanche, et dans cette famille très catholique, on allait à la messe. Elle fut donc envoyée à l’école ménagère pour devenir une bonne mère de famille. Nous ses filles en avons certainement été davantage bénéficiaires qu’elle-même.
Elle avait un seul frère, plus jeune qu’elle, de mauvais caractère mais intelligent. On l’envoya au petit séminaire à 11 ans parce qu’il aimait jouer à dire la messe, et il devint prêtre. Et toute la très longue vie de ma grand-mère (qui mourut à 95 ans), elle a porté aux nues ce fils et méprisé ma mère. Dès leur enfance. On pourrait penser que devenu prêtre, il comprenne que ce n’était pas une attitude juste de la part de leur mère. Il n’en fut rien. Il en a joué tant qu’elle vivait, la prenant d’ailleurs chez lui, avec son père, dès sa première paroisse. Il a été complice de tous les conflits entre ma grand-mère et ma mère, il a attisé toutes les situations de crises majeures dans lesquelles elle a souffert un martyre psychologique. C’est allé si loin que je n’ose même pas le dire ici.
J’observais et je souffrais en silence. Chez mon oncle et ses parents, il y avait maints portraits de la Vierge Marie, qui y était vénérée. Mais ma mère, qui jamais n’a nui à personne, sinon par son incapacité à nous donner de la tendresse physique et verbale, était méprisée. Je ne comprenais pas cette distorsion entre le culte à la mère du Christ et l’absence de mise en pratique des valeurs de base de l’Evangile. Ma mère, de son côté, pardonnait toujours tout en disant : “C’est quand même mon frère, c’est ma mère, je ne peux pas les laisser tomber.”
Ajoutons à cela que mon oncle a toujours eu un humour très grinçant, voire offensant. Toutes petites déjà, il nous appelait, mes soeurs et moi, “Eve pécheresse”. Je ne comprenais pas ce qui nous valait un tel qualificatif, mais je recevais l’humiliation en plein coeur. Plus tard, à l’âge de nos amours, il nous appelait : “Diane chasseresse.” Il se permettait de juger nos relations : tel couple durerait, tel couple ne durerait pas. Il s’est toujours permis de juger les couples d’ailleurs, jetant l’anathème sur ceux qui vivaient en union libre, marquant sa nette préférence pour les bonnes situations financières.
Bref. C’est une longue histoire de souffrance que je ne suis pas la seule à porter, et ma mère est décédée avant d’avoir obtenu la moindre parole de réconfort et de demande de pardon de la part de son frère. Rien non plus pour elle sur le lit de mort de sa mère, d’ailleurs.
Alors on comprendra que ces histoires d’Eve ayant entraîné l’homme mâle au péché dès les origines me restent en travers de la gorge. D’autant plus que je ne suis pas une oie blanche et que j’ai subi bien des trahisons, des maltraitances et des lâchetés de la part des hommes tout au long de ma vie. Je n’ai jamais été aussi heureuse que depuis que je vis en plénitude mes voeux de consécration au Seigneur et à Lui seul.
Je vois dans les textes sur Adam et Eve bien plus une allégorie de ce qu’a été toute la vie des femmes depuis la nuit des temps – accusation d’être sources de péché, victimes de la lâcheté et de la mauvaise foi de leurs compagnons – qu’une origine déterminante sur le cours futur de la vie de l’humanité.
Et d’ailleurs, quand même, je souligne au passage que lorsque Marie a annoncé à Joseph sa grossesse divine, il ne l’a pas crue et a envisagé de la répudier…
Image : Adam et Eve Rubens

6 commentaires
Ta méditation, Véronique, ,n’ a rien de subversif. C’ est la réaction normale
à une suite d’ humiliations et de brimades, à l’ égard de ta maman d’ abord, puis de toi-même. Je réussis, petit à petit, par bribes, à reconstituer le puzzle de ta vie, et je découvre le calvaire de souffrances que vous avez enduré, d ‘ abord ta maman,j puis ensuite toi. C’ est dur de voir sa maman humiliée, rabaissée aussi bien par sa propre maman que par son frère, qui plus est, prêtre, au point de trouver cette situation presque normale<. Après tout,j c 'est ma mère, c' est mon frère.. c' est tout juste si on ne l' entend pas dire : après tout, ils ont peut-être raison… Moi, c' est le genre de situation qui me révolte;, je n' accepte pas qu 'on humilie les faibles, ceux qui sont sans défense..
Ma femme n' a pas connu une vie bien rose, elle non plus, jusqu' à notre mariage, quand elle avait trente ans. Sa maman a travaillé toute sa vie pour faire vivre sa famille, et, pendant la guerre, la nuit, elle allait le long des lignes de chemin de fer de la grande gare de triage de Noisy-le-Sec, plaque tournante entre la France et l ' Allemagne, d' où sont partis tous les déportés, et où sont arrivés tous les allemands et leur ravitaillement..
Elle allait la nuit ramasser les morceaux de charbon tombés des locomotives, pour pouvoir faire du feu à la maison. Son mari avait été gazé à la guerre 14-18, il n' a jamais voulu se dire malade, ni se soigner, ni se déclarer victime de guerre. Il n' a jamais travaillé pendant trente ans et n' a jamais touché un centime de pension de guerre, il vivait au crochet de sa femme; Et j' ai su, bien après notre mariage, pas par ma femme,j qu 'il la battait… En 1947, quand il est mort, c' est la soeur aînée de ma femme qui a pris le relais, sa maman, percluse de rhumatismes, de douleurs, d' asthme,
cardiaque, ne pouvant plus rien faire, elle est devenue son esclave, tellement ma pauvre belle-soeur s' est crue investie de la mission de maîtresse de maison. ET ma femme a dû quitter la maison familiale pour venir à Paris ( ils étaient à Bobigny) et se libérer du joug de sa soeur.. Ma belle-mère est morte en janvier 1956, subitement, une nuit où ma femme était allée près d' elle, comme si elle avait un pressentiment. Dominique avait 2 ans, Françoise 4 mois. Elle est morte au moment où nous pouvions espérer pouvoir la faire venir chez nous..
Oui, Véronique, tu comprends pourquoi j'associe tant ta maman et ma femme dans mes pensées et mes prières, et pourquoi je les vois, toutes les deux, ensemble, au "Paradis" du bon Dieu, se racontant leurs misères, devenues des actes de bravoure sur le mal…
et je ne parle même pas de ma propre mère, qui a vécu toute sa vie dans l' ombre et l' humilité, écrasée, effaceé par la soeur de mon père, célibataire endurcie, qui se glorifiat d' être vierge, enfant de Marie,, qui se faisait toujours appeler mademoiselle, qui vivait avec nous à la maison et qui a toujours exercé son emprise sur mon père, ne laissant aucune intimité a mes parents, à tel point que je me suis souvent demandé si j' avais vraiment eu une vraie maman.
C' est d' ailleurs pourquoi, j' ai toujours été féministe et ai toujours été du côté des femmes, non des femmes comme ta grand' mère, ma tante et ma belle-soeur, mais comme ta maman, ma belle-mère, ma femme et, maintenant, toi qui avez connu l' humiliation et l' effacement…
Et, avec çà, ma belle-fille, la femme de Dominique qui a été, toute sa vie, infirmière et assistante sociale et s' est toujours occupée de femmes cabossées par la vie, battues, mise à la porte par leurs hommes, violées,,humiliées, et, elle-même, rejetée par son premier mari et ses beaux parents parce que jugée responsable de la mort de son enfant de 3 ans, alors qu' elle était en voiture avec ses trois enfants et qu' elle a été emboutie par un chauffeur de camion ivre qui a écrasé l' arrière de sa voiture et tué son enfant sous ses yeux , laissant une fille dans le coma et
l' autre à peu près en bon état ! alors qu' elle a vu venir l' accident sans pouvoir l ' éviter…
Quant à toi, la vie et les hommes t 'ont apportée un tel lot de souffrances, d'humiliations, de désillusions..
Inutile d' en dire plus..
Alors quand elle dit qu' Adam a rejeté la faute sur sa femme, la Bible n' a fait que constater une vérité très simple, les hommes sont des couards, des lâches, qui se défaussent toujours sur leur femme..
Je ne suis, peut-être, pas un homme normal, mais je n' ai jamais regretté
d' être ce que je suis…
Aussi, je te comprends tellement, Véronique, sans que tu aies le besoin de dire un mot. Et, si je souris, parfois, en t' entendant partir en guerre, c' est par tendresse… Et je t' aime comme mes deux autres filles, et tes trois enfants comme mes trois petits enfants, qui ont, 25, 20 et 15 ans, pratiquement l' âge de tes enfants !
Restons bien unis dans le Seigneur, dans une profonde amitié, comme François et Claire, Jean de La Croix et Thérèse…
Bien à toi.
J’en ai les larmes aux yeux, André… Oui, unis dans le Seigneur, même si je ne connais pas ton visage ni toi le mien…
Véronique, ta mère fut un agneau sacrifié ! Son histoire est poignante !
Je suis d’accord avec toi sur le mépris de la société en général des femmes humbles et soumises.
La lettre aux Ephésiens de St-Paul me fut toujours une horreur ! J’en ai parlé à tous les prêtres rencontrés. Leur réponse fut toujours : “Oui mais St-Paul a bien dit que l’homme doit aimer sa femme !”
….Bref ! Je me suis toujours fâchée avec ces bons prêtres !
Pour moi, ta maman est une sainte femme ! Sa mère aussi ! …A l’époque les hommes décidaient de tout.
Maintenant les femmes sont enfin reconnues comme “personnes à part entières” !
….Sauf qu’à partir de leur mariage elles portent le nom et prénom de leur mari ! ça aussi ça m’énerve !
Aucune de mes trois filles n’est mariée. Pacsées, oui ! Les enfants portent le nom du père “trait d’union” le nom de la mère !
Demande à ta mère de te protéger et de te consoler comme elle aurait pu le faire de son vivant si elle n’avait été autant maltraitée !
Elle le fait déjà largement, je sais que je peux compter sur sa prière depuis là-haut pour mon père et tous leurs descendants…
Zut ! Tout ce que je viens d’ écrire vient de disparaître pour laisser place aux nouvelles notifications du Forum !
Je recommencerai un peu plus tard…
Ta méditation n’ a rien de subversif, Véronique.
C’ est la réa