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Homélie du 17 août 2014 sur Kérit

17 août 2014 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Isaïe 56, 1.6-7
Psaume 66
Romains 11, 13-15. 29-32
Matthieu 15, 21-28

Avons-nous bien entendu ? Jésus, surpris en flagrant délit d’intolérance et de mépris ? Cela est d’autant plus surprenant que le troisième Isaïe dans la première lecture parle de « Maison de prière pour tous les peuples. » Il allait même jusqu’à dire aux versets 3 à 5 de ce même chapitre 56 : « Si un eunuque respecte mes sabbats, s’il choisit de faire ce qui m’est agréable, s’il s’en tient à l’engagement que j’attends de mon peuple, alors je lui réserverai un emplacement pour son nom. » Saint Paul, de son côté, dans la deuxième lecture se définit comme « apôtre des païens. » Jésus, paradoxalement, apparaît comme bien moins ouvert.

Cette attitude a embarrassé la plupart des commentateurs. Ils tentent de surmonter la difficulté en imaginant une feinte pédagogique : Jésus ferait semblant de refuser pour affiner la foi de la suppliante. Ce serait lui prêter alors un jeu bien cruel et sadique !

Non, mieux vaut prendre le récit comme il est. A toutes ces tentatives plus ou moins habiles, je préfère la remarque de la théologienne protestante France Quéré quand elle écrivait : « Jésus s’est fait homme jusqu’aux préjugés. Dans son pays, on n’aime pas les Cananéens. » Les meilleurs exégètes actuels nous démontrent que le Jésus historique n’a que très épisodiquement rencontré des païens, qu’il a fort peu quitté son pays, qu’il n’a prêché qu’à ses compatriotes juifs, ce dont témoigne cette parole rapportée par Matthieu : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (10,5). Jésus a du bel et bien penser qu’il n’était envoyé si ce n’est que, au moins d’abord pour les brebis perdues d’Israël. C’est au sein de son peuple, dans des conditions historiques bien définies, qu’il vit sa mission. C’est bien pourquoi les premiers chrétiens ont eu tant de mal à passer aux païens, comme en témoignent le Livre des Actes des Apôtres et les lettres de saint Paul.

Pourquoi, la rencontre au hasard du chemin, de cette maman païenne, n’aurait-elle pas été pour le Christ un événement inattendu et embarrassant ? Sa réponse à la demande de la Cananéenne est presque méprisante : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » Mais la femme ne se laisse pas démonter. Avec humour et audace, et aussi peut-être parce qu’elle sent la bonté du maître, elle transforme l’image offensante en une évocation familière et domestique : « mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Et nous voyons Jésus craquer. Il s’incline devant cette volonté féminine, il revient, – et c’est la seule fois ! -, sur son refus.

Il fait voler en éclat les idées toutes faites dont il était encore habité. La pureté rituelle qui sépare du monde païen pour être en contact avec Dieu, il la fait sauter. La véritable impureté, c’est le rejet de l’autre. Et Jésus ici commence à enlever la barrière inutile qui sépare Juifs et païens.

Sommes-nous artisans de solidarité et d’unité dans le milieu où nous vivons ? L’audace têtue de la Cananéenne bouscule-t-elle notre vie de foi ? Quand tout est désespéré, une mère espère encore. Quelle merveille surprenante : la foi d’une maman étrangère ouvre le cœur de Jésus aux païens ! Entrons dans une semblable confiance : « … ta foi est grande, que tout s’accomplisse comme tu le veux ! »

Père Charles-André Sohier

Source : http://www.kerit.be/homelie.php

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