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Homélie du 24 août 2014 à l’abbaye de Tamié

24 août 2014 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Isaïe 22, 19-23
Psaume 137
Romains 11, 33-36
Matthieu 16, 3-20

« Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? » Depuis deux mille ans la question est posée. Des réponses on été données, nombreuses, variées… mais ces réponses, même les meilleures, restent toujours incomplètes. Le mystère de Jésus nous dépasse tellement !

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, pour toi, qui suis-je ? » Voilà la question essentielle. Jésus continue de nous l’adresser, à chacun. Et il convient de la laisser résonner longuement dans notre coeur et dans notre intelligence.

Quelle est la place de Jésus dans ma vie ? Est-ce que je le laisse dans un coin, à l’écart, pour me souvenir de lui seulement quand j’ai besoin de son secours, quand une tuile me tombe sur la tête ? Ou bien, au contraire, est-il l’ami à qui j’aime parler, me confier, mon Maître qui éclaire mon chemin par sa Parole, mon Seigneur et mon Dieu que je prie et qui me révèle le visage du Père ?

Nous avons entendu la réponse de Pierre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » A ces mots, Jésus exulte en action de grâces et en prière : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Ce n’est pas la chair et le sang, mais mon Père. La chair et le sang, le savoir des hommes ne pourront jamais dire la dernière parole au sujet de Jésus, car toute parole qui n’est que parole d’homme ne pourra que défigurer Jésus, en donner une interprétation réductrice.

Aussitôt, Jésus change le nom de son apôtre : Simon devient Pierre, le roc sur lequel sera bâtie l’Église du Christ. Il est intéressant de remarquer que dans le Nouveau Testament la pierre de fondation est un symbole qui est appliqué uniquement au Christ et à Pierre. Mais c’est le Christ qui est la pierre originelle, la pierre angulaire qui soutient toute la construction de l’Église, comme nous l’avons chanté au début de la Messe : « Pierre choisie pour porter l’édifice / où Dieu rassemble ses enfants, / Simon, affermis cette Église / sur le roc où toi-même, reposes Jésus, le Fils du Dieu vivant, est l’unique Rocher qui nous sauve. » Oui, Pierre et les papes ses successeurs ne sont que les vicaires du Christ. Pourtant, leur médiation est nécessaire. Car le Christ a voulu avoir besoin des hommes pour réaliser son oeuvre de salut. Avec sa perspicacité et sa profondeur habituelle, le prince des théologiens, saint Thomas d’Aquin, nous en donne la raison : Dieu estima que permettre à l’homme de collaborer à son propre salut c’était honorer l’homme davantage. Car il est bien plus digne de Dieu de créer des collaborateurs actifs de sa grâce que des assistés. «C’est là la manière la plus noble d’imiter Dieu, écrit saint Thomas. Le plus divin de tout est de devenir coopérateur de Dieu. » (De veritate, qu 9, art 2)

Pierre ! Un symbole qui évoque la solidité, la stabilité, la consistance : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » Mais la pierre, le roc, peut aussi évoquer la dureté, la raideur, l’insensibilité. C’est pourquoi, il faut encore que Pierre expérimente la faiblesse « de la chair et du sang », qui n’a pas disparu chez lui. Il faut que Pierre éprouve dans sa chair sa propre fragilité pour parvenir à comprendre de l’intérieur la miséricorde. Oui, le chef des Apôtres, le premier pape, doit être à l’image de son Maître ; il doit devenir homme de miséricorde comme le Christ est miséricorde. Aussi la trahison de Pierre était-elle nécessaire : pour le guérir de sa présomption, de sa confiance naïve en ses forces humaines, et pour l’amener à mettre désormais sa confiance dans la seule miséricorde de Dieu. Vous devinez assurément quel a été le moment où Pierre a découvert la miséricorde : ce fut lorsque le regard du Christ se posa sur lui après son reniement. « Le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre… Et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur… et, sortant dehors, il pleura amèrement. » (Luc 22,61-62) Pierre comprend que Jésus, loin de le condamner, lui offre son amour et sa miséricorde en réponse à sa faute. Alors son coeur se liquéfie dans une tendresse inconnue, qui s’exprime par les larmes. Le rocher se fend, sa dureté se brise, et des torrents de larmes ruissellent de lui : c’est l’eau de la miséricorde qui jaillit et qui doit toujours irriguer et vivifier la sainte Église, afin que son visage soit celui d’une mère, et non d’une marâtre. Désormais, Pierre est prêt pour devenir le chef de l’Église : comme le Christ, il peut lui aussi poser sur ses frères un regard de miséricorde.

Cela nous permet de comprendre correctement le symbole des clefs et le pouvoir des clefs que le Christ a remis à Pierre. Gardons-nous de penser l’Église en termes de pouvoirs, de suprématie, de domination. Car il s’agit d’abord de servir, de veiller au bien de tous. Et surtout, il s’agit d’annoncer la foi : c’est sur sa profession de foi que Pierre a été choisi pour conduire l’Église du Christ et annoncer le salut en Jésus. C’est pourquoi, « par lui, avec lui et en lui », nous rendons grâce, en Église, à chaque eucharistie où le Seigneur renouvelle pour nous les dons de son amour et la force de notre foi. Amen.

Frère Raffaele

Source : http://www.abbaye-tamie.com/la_communaute/la_liturgie/homelies_tamie/homelies-2014/homelie-to-21/vue

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