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« Toi, Seigneur, qui connais le coeur de tous les hommes… » Ac 1,24

14 mai 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ces jours-là, les frères étaient réunis au nombre d’environ cent vingt. Pierre se leva au milieu de l’assemblée et dit :
« Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse : par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus, ce Judas qui pourtant était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère.
Il est écrit au livre des Psaumes :
« Que sa charge passe à un autre. »
Voici ce qu’il faut faire : il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême par Jean jusqu’au jour où il nous a été enlevé. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. »
On en présenta deux : Joseph Barsabbas, surnommé Justus, et Matthias.
Puis l’assemblée fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais le cœur de tous les hommes, montre-nous lequel des deux tu as choisi pour prendre place dans le ministère des Apôtres, que Judas a déserté en partant vers son destin. »
On tira au sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut dès lors associé aux onze Apôtres.

Actes des Apôtres, 1,  15 -17 , 20a – 26

Je m’attarde aujourd’hui sur cette phrase magnifique de Pierre : « Toi, Seigneur, qui connais le coeur de tous les hommes, montre-nous lequel des deux tu as choisi pour prendre place dans la ministère des Apôtres. »

Les non-croyants, en dehors de leur incrédulité, ont souvent une sorte de répulsion vis-à-vis de ce Dieu qui « connaîtrait le coeur de tous les hommes. » C’est déjà rationnellement presque impossible à comprendre à échelle d’intelligence humaine. J’ai parfois entendu cette question dubitative : « Comment Dieu pourrait-il entendre toutes les prières en même temps ? » Il y a aussi une sorte de mouvement d’humeur à l’idée que Dieu puisse « connaître le coeur de tous les hommes. » De quel droit ? Qu’est-ce que cette intrusion dans ma conscience au mépris de ma volonté ? Ne suis-je pas seul maître de ma connaissance de moi-même, qu’est-ce que ce regard inquisiteur sur moi de la part de quelqu’un à qui je n’ai rien demandé ?

Des personnes qui ont une certaine croyance peuvent aussi être effrayées par ce regard. On a souvent fait peur aux enfants, par le passé, avec cette menace du Dieu qui voit tout. Me voilà donc totalement privé de liberté ? Quoique je fasse, Dieu le voit ? Cette pensée amène certains à l’angoisse, voire à la terreur de Dieu.

Je peux comprendre tout cela. Hors de la perception d’un Dieu d’amour, c’est en effet insupportable.

Et pourtant, si nous continuons à lire la phrase de Pierre, nous pouvons aller plus loin : « Montre-nous lequel des deux tu as choisi. »

Dieu ferait donc des choix entre les coeurs ? Comment pourrait-il poser ses choix, s’il ne connaissait justement tous les coeurs ?

Non pas qu’Il élise les coeurs parfaits, saints, irréprochables. Telle n’est pas la pédagogie de Dieu. Il suffit de méditer l’exemple de Paul qui persécutait les chrétiens avant sa conversion.

Mais Dieu a une Volonté. De cela nous pouvons être certains. Et pauvres humains que nous sommes, sa Volonté est infiniment supérieure à la nôtre.

Alors on peut se débattre comme on veut dans la rébellion, on peut le défier, on peut le rayer de notre paysage, en vain… quand Il a une petite idée sur ce qu’Il veut faire de nous, rien ne l’arrêtera. Et Il saura, le moment venu, nous retourner comme un gant. Pour que nous essayions, autant que possible, de faire Sa volonté et non plus la nôtre.

A l’adolescence, ma meilleure amie achoppait dans sa foi sur l’idée de la liberté. Pourquoi Dieu nous aurait-il laissés libres de croire, ou non, en lui ? S’il existait, il aurait pu faire que nous ayons tous la foi. Elle l’a perdue.

Je l’ai perdue moi aussi quelque temps après, pour d’autres raisons. Souffrance et incompréhension. Si Dieu existait, comment pouvait-il me retirer d’un coup ce qui avait été la meilleure part de moi-même pendant 18 ans ?

J’ai raconté dans mon témoignage ma longue quête pour retrouver cette foi perdue. J’y ai été aidée par d’innombrables signes, compréhensibles de moi seule, car c’est ainsi que Dieu agit : il connaît parfaitement notre coeur et Il sait, Lui, ce qui va lui parler. Le prophète Osée nous le disait magnifiquement. Sa manière de nous retourner pour que nous revenions à Lui est absolument personnelle et individuelle.

Vient ensuite une autre épreuve : celle de rechercher sa Volonté, ce qu’Il attend de nous. Cela peut prendre un temps très long. Ce temps, on ne peut le vivre seul. C’est là que l’Eglise prend tout son sens. Car souvent, Dieu nous montre sa Volonté par le prochain ou par l’accompagnateur spirituel quand on a la chance – très rare de nos jours – d’en avoir un. Ce temps est aussi celui de toutes les tentations, de toutes les manoeuvres de l’adversaire pour nous détourner de la Volonté de Dieu sur nous.

Et puis il y a le temps de l’abandon, que sainte Thérèse de Lisieux décrivait si bien. Savoir que notre coeur est connu en toutes choses de Dieu et se couler dans le sien. Et plus on s’abandonne à la Volonté divine, plus le projet de Dieu sur nous nous paraîtra clair, et la manière d’y arriver facilitée.

A cette étape-là, il faut savoir vivre avec la jalousie spirituelle que cela entraîne autour de soi, avec le dénigrement…

Mais c’est si peu de choses, au regard de l’ineffable bonheur de se savoir connu et aimé de Dieu, et de poser sa pierre pour contribuer à Le faire connaître…

 

Image : Christ et saint Jean  Giotto

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14 commentaires

  • André BONDU says:

    A Jeuge,
    A la messe de ce matin, dimanche 20 mai, j’ ai été, moi aussi, très étonné, comme chaque fois que je lis ce passage des Actes des Apôtres, que ceux-ci aient procédé à un tirage au sort pour élire Mathias…
    Je sais bien qu’ils avaient prié avanr, mais quand même. !
    Enfin, cela ne trouble nullement ma Foi;

  • André BONDU says:

    Olivier, je viens de relire vos messages des 16 et 17 mai.

     » Lire le présent à la lumière du passé . Raisonnement et logique difficilement acceptable aujourd’hui où on parle de liens de causes à effets .Un effet est produit par une cause mais n’est pas la reproduction d’un passé .ni son accomplissement .
    Normal ,dans la logique du Nouveau Testament puisqu’il n’est qu’un accomplissement de l’Ancien .
    Autrement dit : relisez l’histoire et vous connaîtrez le présent et l’avenir . Trop facile ….et trop incertain !  »

    Puis-je vous demander si vous croyez que le Christ est à la fois Fils de Dieu et homme ? Croyez-vous à sa Résurrection ?

    Sinon, nous ne nous comprendrons jamais, car, dans ce cas, il n’ y a pas de Foi possible; La Foi et la Science ne se situent pas sur le même terrain….

    Quant au principe de causalité, il est parfait dans un monde créé, fait de temps, d’ espace et de matière.
    Il ne s’applique pas au monde de Dieu.
    C’ est pourquoi la science n’ expliquera jamais Dieu…
    Bien à vous.
    André BONDU

  • André BONDU says:

    Voilà une grande discussion pour rien…
    Sachons d’abord que Dieu est éternel, Il est l’ Eternité.
    Pour lui  » mille ans, c’est comme un jour »;
    Nous ne comprendrons jamais le rapport entre le temps et l’ éternité, puisque nous vivons dans le temps
    et que nous n’avons jamais fait l’ expérience de l’éternité.
    Saint Augustin y a consacré tout le chapitre XI de ses Confessions et une partie de la Cité de Dieu et n’ a jamais compris.
    Je ne vois pas pourquoi Dieu, vivant dans un éternel présent, n’ aurait pas jeté des jalons, tout au long de l’Ancien testament, pour une humanité vivant dans le temps, annonçant la venue de son Fils sur la terre, se faisant homme,mourant et ressuscitant pour leur salut, pour la réalisation totale de l’ Alliance.
    Il est certain que les Prophètes n’ ont pas compris toute la portée de ce qu’ils écrivaient, et que les Juifs n’ ont voulu voir dans leur attente que la venue d’ un Messie Glorieux, gommant le Messie souffrant d’ Isaïe.
    Il est donc normal que ce n’ est qu’ après la Pentecôte que toutes les « prédictions » des Prophètes ont pris tout
    leur sens.
    Quant aux Esséniens, il a été écrit suffisamment d’ ouvrages savants à leur sujet, pour ne pas faire de Jésus un Essénien, ni confondre leur doctrine avec l’ annonce du Royaume par le Christ….
    Debbie, savez-vous qu’un de nos amis,à Véronique et à moi, Bernard MEURANT, est juif, lui aussi, et qu’il est passionnant d’ échanger avec lui,, en toute confiance et sans passion….
    Quant à vous, Olivier, après Israël FINKELSTEIN, avez-vous lu :  » La PROMESSE » du Cardinal LUSTIGER. Sinon, je ne puis que vous conseiller de le faire.
    Quant à toi, Véronique, le temps n’ est plus au doute, il est au témoignage.
    Bien à vous trois;
    André..

    • Véronique says:

      Debbie, si tu me le permets, je dissipe un malentendu pour Olivier et André : Debbie est d’origine protestante, peut-être se sent-elle juive dans sa manière de vouloir discuter les Ecritures, Debbie, je ne te trahis pas en disant cela ?
      Je tiens à ton amitié, mais aussi à l’équilibre des partages sur ce site.

  • Olivier says:

    Véronique ,ma foi a la même histoire que vous mais, de dizaines d’années en dizaines d’années, je la revisite .
    On peut croire autrement : le doute, la remise en question doit accompagner la foi ,me semble-t-il.

    Debbie écrit : …..Décidément.. je suis, et je resterai trop juive pour ta foi…

    J’apprends que vous seriez juive . Ma préoccupation actuelle est de me remettre dans le contexte juif de l’époque de Jésus . Me mettre à la place des disciples de Jésus ,de Jésus lui-même , de ses parents et famille avant que les « théologiens  » des deux ou trois premiers siècles ( ils n’étaient plus juifs ) ne s’emparent de son message .

    Mes deux dernières lectures sont d’auteurs israéliens : « Jésus rendu aux siens  » de Salomon Malka ( Albin Michel avril 2012) et « La Bible dévoilée » d’Israël Finkelstein ( Gallimard folio histoire n° 127) . Dans le premier livre ,cette réflexion d’un intervenant me fait sourire . Parlant de Jésus ,il écrit :  » Je le ressens comme un frère aîné ,comme un maître à l’instar d’autres maîtres juifs .Il a une profondeur juive . Il a ressenti la tension spirituelle de l’ époque . Je regrette seulement qu’il soit tombé entre les mains des non-Juifs « .

    Aurais-tu l’élégance des fois de venir lire et commenter ce que j’écris dans l’endroit où j’écris?
    Est-ce indiscret de savoir où vous écrivez . Je vous y retrouverais volontiers.

    • Véronique says:

      Olivier, quand on a été laminée pendant 15 ans par le doute comme je l’ai été, on a envie de faire profiter autrui du chemin – personnel, bien sûr – qui a permis d’en sortir.

  • Debbie says:

    Bon, j’ai compris…
    Je m’en vais.
    Bonne chance.
    Aurais-tu l’élégance des fois de venir lire et commenter ce que j’écris dans l’endroit où j’écris?
    Ce serait… chic de ta part..
    Mais non, je vois que le monde est parti dans le « chacun dans son coin ». Toi aussi.
    C’est dingue qu’à l’heure actuelle, la plupart des gens ne sont JAMAIS contents.
    Ils ont des lecteurs qui commentent, et ils veulent… les lecteurs qui sont installés dans la béatitude avec eux.
    Tous… d’accord jusqu’au dernier jugement.
    Je comprends pourquoi j’ai déserté l’Eglise. ET L’EVANGILE AUSSI maintenant.
    Décidément.. je suis, et je resterai trop juive pour ta foi…



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