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« La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre » Genèse 3, 13

7 décembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

P.P. Rubens, Adam und Eva - P. P. Rubens / Adam and Eve - P.P. Rubens, Adam et Eve

Quand Adam eut mangé du fruit de l’arbre,
le Seigneur Dieu l’appela et lui dit :
« Où es-tu donc ? »
L’homme répondit :
« J’ai entendu ta voix dans le jardin,
j’ai pris peur parce que je suis nu,
et je me suis caché. »
Le Seigneur reprit :
« Qui donc t’a dit que tu étais nu ?
Aurais-tu mangé de l’arbre
dont je t’avais interdit de manger ? »
L’homme répondit :
« La femme que tu m’as donnée,
c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre,
et j’en ai mangé. »
Le Seigneur Dieu dit à la femme :
« Qu’as-tu fait là ? »
La femme répondit :
« Le serpent m’a trompée,
et j’ai mangé. »
Alors le Seigneur Dieu dit au serpent :
« Parce que tu as fait cela,
tu seras maudit parmi tous les animaux
et toutes les bêtes des champs.
Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière
tous les jours de ta vie.
Je mettrai une hostilité entre toi et la femme,
entre ta descendance et sa descendance :
celle-ci te meurtrira la tête,
et toi, tu lui meurtriras le talon. »
L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante),
parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.

Genèse 3, 9-15.20
Textes liturgiques©AELF

J’aime Marie, la femme qui nous a donné Jésus, que j’aime plus que tout au monde.
Je crois en la conception virginale de Jésus, je crois aussi en l’Immaculée Conception de Marie. Oui, elle trouva grâce aux yeux de Dieu. Je peux l’imaginer sans péché.
Ce qui me blesse à chaque fête de l’Immaculée Conception, c’est le choix des textes liturgiques. Et cette manière que les prédicateurs ont alors d’opposer Marie à Eve et Eve à Marie.
Pourquoi tant insister sur leur différence ?
Eve « fut la mère de tous les vivants. »
Marie fut la mère du Vivant.
Point de convergence.
Il faudrait comparer ce qui est comparable. Les deux textes (la première lecture d’aujourd’hui et l’évangile en Luc 1, 26-38 ), sont éloquents.
Eve a un « mari », un homme à côté d’elle. Marie, non, pas à ce moment-là. Elle est seulement promise en fiançailles.
Eve a entendu la parole de Dieu, l’a reçue, l’évoque, montre un désir premier – naturel chez elle – d’y obéir.

Survient le serpent, le Tentateur. Il la trompe par des propos fallacieux. Eve n’a pas reçu la grâce de l’Immaculée Conception – pure grâce, pour laquelle Marie n’a absolument aucun mérite. Eve se laisse déstabiliser par un orateur habile. Elle perd son désir d’obéissance premier.
Adam est à côté d’Eve. Il ne fait strictement rien pour la protéger du Tentateur. Passif et complice. Lâche devant Dieu quand celui-ci l’interpelle, il rejette toute la faute sur la femme qu’il était pourtant heureux, quelques minutes auparavant, d’avoir à ses côtés. « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre. »
Excuse de l’homme qui se défausse de tout, vieille comme le monde. On entend cela dans tous les tribunaux quand un homme a agressé une femme. On assiste depuis la nuit des temps à un déni de l’homme pour sa propre faute. Ils sont bien rares, ceux qui passent aux aveux tout de suite, comme le fait Eve spontanément devant Dieu « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Encore une fois, elle dit la vérité.

J’en reviens à Marie. Pourquoi toujours l’opposer à Eve ? Elle, c’est un ange qui la visite, et il ne lui veut que du bien. Devenir la mère du propre Fils de Dieu ! Honnêtement, étant femme moi-même, je ne vois pas comment j’aurais pu refuser pareille demande. Marie a en outre cette chance qu’Eve n’avait pas : elle n’a pas d’homme à ses côtés pour lui souffler qu’elle ferait mieux de dire non. Elle peut prendre sa décision toute seule, et elle dit oui. Je crois que l’immense majorité des jeunes filles de tous les temps en auraient fait autant. Et que tous les hommes du monde entier auraient fait ensuite comme son fiancé Joseph : ne pas la croire et envisager de la répudier. Le plus grand risque qu’encourait Marie était bien celui-là : être répudiée par son fiancé qui ne croirait pas en cette conception divine et virginale.

Alors je ne comprends vraiment pas pourquoi l’on oppose systématiquement Marie à Eve. Elles vivent deux contextes totalement différents. Et en outre, si Marie bénéficie de la grâce de l’Immaculée Conception, un don de Dieu déjà préalable à la demande de l’ange, je ne vois pas comment elle aurait pu répondre non.

Et pourtant, il y a cette malice profonde, dans la théologie et les prédications, de laisser entendre que la condition commune à toutes les femmes, c’est le péché d’Eve, et l’exception, le oui de Marie.

Que l’on se penche un peu, enfin, sur la condition commune à tous les hommes : le déni et la lâcheté d’Adam, l’incrédulité première de saint Joseph.

Le Christ, lui, est radicalement différent de tous ces hommes. Et d’ailleurs, une simple grâce d’immaculée conception n’a pas suffi pour le rendre sans péché : il a fallu, pour qu’il le soit, qu’il n’ait aucun géniteur masculin. Là est sa vraie différence avec tous les hommes. Le Christ est bien plus différent de ses frères en humanité que Marie ne l’est d’Eve et de toutes ses sœurs en humanité.

 

Image : Adam et Eve   Rubens

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4 commentaires

  • Hugues says:

    Eve n’a pas reçu la grâce de l’Immaculée Conception… ah oui? Pouvez vous nous l’expiiquer svp?

    • Véronique Belen says:

      Bonjour Hugues,

      Si vous voulez connaître le fond de ma pensée à ce sujet, vous n’avez qu’à télécharger en haut à droite « Adam et Eve, une allégorie prophétique ». Neuf pages, pas plus.

  • Claire says:

    Merci pour votre belle analyse, Véronique.. Probablement que Marie a connu comme Jésus, non pas l’ hésitation devant l’ ange, mais la tentation…tentation non d’un fruit, mais de retenir son enfant si différent, de l’ empêcher de partir vers son heure…La perplexité de Marie lorsque son enfant à été retrouvé, les paroles comme  » tes frères et ta mère souhaitent te voir »…font sentir cette tension du renoncement à capter son fils qui peut se mêler à l’ inquiétude bien légitime d’ une mère…J’ espère ne pas trahir Marie que j’ aime tant par ces propos, mais j’ai cette intuition..et je pense que c’est là qu’est son mérite, et non dans l’ immaculée conception qui est une pure grâce, comme vous le soulignez..bonne journée

    • Véronique Belen says:

      Merci Claire ! Je pense en effet que les années les plus difficiles de Marie ont dû être celles de la prédication de Jésus. Avant, cela devait être bien doux de l’avoir dans son foyer ! Elle a dû être protégée du Mauvais plus qu’une autre femme, grâce à lui, puis à Jean…



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