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« Dieu, personne ne l’a jamais vu » Jean 1, 18

25 décembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Dieu, personne ne l’a jamais vu ;
le Fils unique, lui qui est Dieu,
lui qui est dans le sein du Père,
c’est lui qui l’a fait connaître.

Jean 1, 18
Textes liturgiques©AELF

Un prêtre m’a dit un jour que le Prologue de l’Evangile de Jean donnait lieu à un an de cours de théologie au séminaire. Moi qui n’ai jamais mis les pieds dans une fac de théologie – et qui en conçois une certaine fierté – je ne vais certes pas me lancer dans une analyse exégétique. Néanmoins, en ce jour de Noël, j’ai envie de parler de mon propre ressenti des mystères divins. Car après tout, l’Esprit saint ne nous est-il pas donné à chacun, librement de la part du Seigneur, quand nous avons franchi la porte d’entrée des sacrements et de la foi ?
« Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ;
je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur » nous dit Osée au chapitre 2, 21-22.
C’est dans l’esprit de ces épousailles spirituelles que je voudrais partager ma connaissance du Christ Jésus dont nous fêtons la naissance parmi les hommes aujourd’hui. Je n’ai pas de cursus de théologie à mettre en avant, mais plus d’un demi-siècle de proximité de cœur avec le Seigneur, et je crois pouvoir dire que, oui, je le connais. Je le connais vraiment. Mieux que les scribes de son temps qui l’ont vu mais ne l’ont pas reconnu.
Les scribes d’aujourd’hui ont souvent, dans le temps de Noël, de grandes envolées lyriques sur l’Incarnation. En ayant lu une l’autre jour sur le blog d’un jeune prêtre, je lui ai envoyé un commentaire qu’il n’a pas daigné publier. J’en reprendrai donc quelques éléments ici.

Nous chrétiens avons l’habitude de dire, en Eglise, que Dieu s’est fait homme en Jésus Christ. Eh bien, au risque de paraître hérétique, je voudrais quelque peu nuancer ce propos.

Ceux qui me lisent le savent, pendant une quinzaine d’années, à l’entrée dans l’âge adulte, j’avais perdu le sens du mot, du Nom « Dieu ». J’aimais toujours Jésus, je l’ai aimé depuis ma plus tendre enfance, pendant toutes mes années agnostiques, et je l’aime plus que tout au monde depuis une vingtaine d’années que j’ai retrouvé le chemin de l’Eglise. J’aimais bien un refrain de cantique dans l’église de mon enfance :
« Tu es Seigneur, le lot de mon cœur
Tu es mon héritage
En toi, Seigneur, j’ai mis mon bonheur
Toi mon seul partage. »
Voilà ma vie. J’ai trois enfants que j’aime infiniment, et qui me le rendent bien. Mais ils le savent , je ne préfère rien à l’amour du Christ, pour citer saint Benoît dans sa Règle.

Or, je n’ai plus compris le mot « Dieu » pendant quinze ans. Et la maturité de ma foi m’étant venue entre temps, je me demande si ce n’est pas justement à cause de toute cette théologie catholique, cet édifice intouchable du dogme et du Magistère.

Car aujourd’hui, je comprends profondément et le mot « Dieu », et le nom de Jésus, et le souffle de l’Esprit saint. La sainte Trinité est comme toute réconciliée en moi.

Dieu m’évoque le Dieu des Juifs. Celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’Eternel du peuple d’Israël. Celui qui toujours a été au-dessus de nous, qui demeure « l’Au-delà de tout » qu’évoquait saint Grégoire de Nazianze. Le Dieu de miséricorde et de justice dont l’amour et la puissance traversent toute la Torah juive. Ce Dieu qui a aussi, et c’est tout à fait important, des entrailles maternelles dans les Prophètes. Ce Dieu qui a donné de sa substance, très mystérieusement, pour féconder le sein vierge de Marie de Nazareth. Je peux concevoir que le Verbe était « dans le sein du Père » depuis les origines. Qu’il a ainsi participé à la Création. Je peux concevoir que le Verbe est la parole même du Père, que tout l’enseignement de Jésus est la plus profonde parole du Père. Oui. Je le crois et j’en vis.

Ce que je ne parviens pas à dire, c’est « Dieu s’est incarné tout entier en Jésus ». Quand Jésus était dans le monde, il avait encore son Père aux cieux. Il le priait, il lui rendait un culte dans le Temple de Jérusalem, en juif pieux et fidèle. Jésus, en venant dans la chair, n’a rien enlevé à Dieu. Dieu était, il est et il sera. Dieu n’a pas de sexe, dire que Dieu s’est incarné en Jésus, c’est nous porter à croire en un Dieu Père masculin, ce qui induit beaucoup de conceptions faussées. De même, dire que Dieu est venu parmi les hommes, c’est laisser entendre que Dieu tout entier était en Jésus. Et là, je comprends les réticences des Juifs. Ce scandale aussi de les avoir accusés d’être un peuple « déicide ». Personne n’a jamais tué Dieu, même si notre époque prétend que « Dieu est mort. » Les hommes du temps de Jésus ont crucifié le Fils de Dieu. Oui. Son Fils, qui n’avait pas de géniteur masculin, qui était fils de Marie mais pas de Joseph. Jésus est mort sur la croix en parlant à son Père qui demeurait aux Cieux. Le Verbe est né à Bethléem et a été crucifié à Jérusalem. Oui. c’est ma foi et je la confesse. Et je suis chrétienne parce que je crois de toutes les fibres de mon être que le Christ est ressuscité pour la vie éternelle au matin de Pâques, dans un corps glorieux que cependant Marie de Magdala puis les disciples ont pu voir et toucher. Je crois au Verbe de Dieu né dans la chair et ressuscité dans la chair. C’est ma foi.

Quant à Dieu le Père, il préexiste à tout, demeure invisible à nos yeux terrestres, et si le perçois très paternel, je goûte aussi dans les délices de l’oraison sa tendresse maternelle. Et j’aimerais tant qu’on l’aime, et que l’on cesse de soupçonner les croyants de s’attacher à une chimère ! Le monde a pour moi moins de réalité que Dieu. Le monde passe et change, Dieu demeure. Je ne crois pas seulement en Lui, je le connais. Oui, Dieu est une connaissance plus douce à l’âme que n’importe quel amour humain. Le Christ Jésus en est le reflet. Jésus est nimbé de la lumière, de la gloire du Père, son cœur de chair est aussi capable d’amour que l’est celui du Père. C’est ainsi que je comprends le Prologue de Jean.

Ma foi est aussi trinitaire. Je crois profondément en l’existence du Père, du Fils et du Saint Esprit. Et quant à ce dernier, autant Jésus est masculin, autant je perçois cette troisième Personne comme féminine. La Ruah. La Sagesse du Père. La Sophia. Il y a depuis les origines, dans les entrailles maternelles du Père, le Verbe destiné à s’incarner dans une chair masculine, et la Ruah, souffle de Sagesse, âme féminine, dont aucune théologie n’est encore venue à bout…

Voilà. J’ai dit ma foi. On peut maintenant me lapider comme hérétique.

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3 commentaires

  • Toure says:

    Bonjour,
    Je crois que Dieu est la puissancepar consequent il peut faire tout ce qu,il veut
    il a conçule Christ par la vertu de son espri, je crois qu,il peut aussi s,incarner en Christ s,il le veut parce que discuter de cela serait comme s,il a des limites a son pouvoir, il a le pouvoir, la puissance,la capacité, il n,est pas limité, il peut etre dans le Christ et en meme temps assis sur le trône de gloire
    soyez benie

  • Claire says:

    Chère Véronique, je ne lis pas un seul mot dans votre profession de foi qui me semble hérétique..Saint Noël à vous et à vos proche..Merci pour toutes ces méditations partagées, pour vos cheminements qui m’ aident sur mon propre pélerinage… Avec mon affection en Christ, Claire

    • Véronique Belen says:

      Merci beaucoup chère Claire, cela me rassure, car on me reproche parfois que ma foi ne soit pas très « orthodoxe ».
      A mon tour de vous remercier pour votre fidélité ici, belle fin d’année et beaucoup de joie en famille et en Eglise !



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