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« Je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés » Jean 17, 13

13 mai 2018 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

Jean 17,11b-19
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Paradoxal. Nous méditons aujourd’hui ce magnifique extrait de l’Evangile de Jean, et je ne suis pas sortie de la messe comblée de joie, mais énervée. Et pourtant, les lectures données ce jour étaient magnifiques, et je me sentais comblée, comme à chaque messe, par le don de l’Eucharistie. Oui mais… Il se trouve que je suis une fidèle qui écoute intensément les homélies. Depuis un an que nous sommes sans curé, de multiples prêtres se sont succédé dans nos paroisses, nous avons entendu toutes sortes de discours, fait l’effort de nous adapter à tous les types d’élocution et d’accents, discerné sans mot dire toutes les personnalités sous-jacentes, nous avons apprécié de belles homélies, avons été heurtés, nous sommes ennuyés lors de sermons plats, sans jamais protester. Il y avait un prêtre pour célébrer la messe, cela nous réjouissait déjà.

Et voilà que notre curé nous fait savoir officiellement qu’il ne poursuivra pas dans sa mission auprès de nous. Et qu’un prêtre déjà venu de temps en temps est nommé administrateur, jusqu’à la prochaine nomination d’un curé. N’avions-nous pas droit à un petit mot de consolation pour ce « deuil » d’un jeune curé auquel nous nous étions attachés ? Rien de tout cela, mais depuis ce jour, des homélies à teneur culpabilisante. Oh, la forme est parfaite, remarquable même ! Enfin un prêtre que l’on comprend très clairement ! Mais quant au fond… Ai-je le malheur d’écouter, et d’écouter de toutes mes oreilles ?
Il m’en faut beaucoup pour sortir d’une messe énervée, mais là, la coupe se remplit un peu vite… Quelques insinuations qui distillent la culpabilité quant à la dépression de notre curé. Une opposition systématique entre les prêtres, diacres et « laïcs engagés » et tous les autres, dont nous sommes la plupart – chacun, actif et parent, a-t-il le temps de prendre un mandat pastoral ? Une confiance démesurée dans la parole officielle de l’Eglise, confondue un peu vite avec la Vérité du Père et du Fils : en vrac sont montrés du doigt le préservatif, l’avortement, l’union libre des jeunes couples, les enfants et jeunes qui désertent l’église, le saut à l’élastique (sic) et à peu près tous les loisirs…
A ce rythme-là, les quelques fidèles très fidèles se sentent forcément coupables de quelque chose. Sommes-nous donc d’affreux paroissiens pour que notre curé bien-aimé ait subi sa crise de la quarantaine chez nous ? Est-ce de notre faute à nous, le dernier noyau de pratiquants, si les jeunes parents n’envoient plus leurs enfants à la messe malgré quelques sacrements sollicités ? Sommes-nous de piètres témoins de l’amour conjugal pour que nos enfants ne prennent plus d’engagement dans le mariage ?

Sortie de cette messe, j’étais mal, et je me suis vraiment interrogée : venais-je d’entendre une parole inspirée tout droit de l’Esprit Saint, ou un discours ecclésial bien ficelé et déconnecté de ce qu’est une vie évangélique au milieu du monde, j’allais presque dire « malgré le monde » ? Je peux haïr l’esprit du monde. Ce n’est pas la raison pour laquelle je vais me mettre à faire la morale à mes propres enfants, mes neveux et nièces que je chéris tous, parce qu’ils ne sont pas « dans les clous » du point de vue de la morale sexuelle de l’Eglise catholique romaine. Je ne vais pas culpabiliser mon fils de rechercher des sensations fortes dans les parcs d’attraction alors qu’il est le plus aimant des fils et le plus fiable des compagnons et des copains. Je ne vais pas jeter l’opprobre sur ma nièce chérie qui va me faire la joie d’être encore une fois grand-tante dans un mois, même si le papa et elle n’ont pas la bague au doigt. Pour moi, témoigner de l’Evangile, ce n’est pas cela. C’est vivre dans un cœur à cœur permanent avec le Père et le Fils, en être comblée de joie, et rayonner cette joie de l’évangile dans mes faits et gestes quotidiens.

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1 commentaire

  • « Pour moi, témoigner de l’Evangile… C’est vivre dans un cœur à cœur permanent avec le Père et le Fils, en être comblée de joie, et rayonner cette joie de l’évangile dans mes faits et gestes quotidiens. »

    Tout a fait.
    Merci
    Doris +



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