Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

J’aime beaucoup ce verset de Luc. Jésus a voulu annoncer la parole de Dieu dans la synagogue de Nazareth, son propre village, et là, tous ont été furieux contre lui, tentant de le précipiter en bas d’un escarpement pour se débarrasser de cet « empêcheur de tourner en rond ». Mais Jésus lui ne veut pas tourner en rond, justement. Il passe au milieu d’eux et il va son chemin. Quiétude de Jésus. Certitude que le Père est avec lui, que comme tous les prophètes, il ne va pas être accueilli chez lui, mais ailleurs, oui, le Père le lui a promis. Il quitte ce village où il a grandi, où il a commencé sa vie d’homme, où pour tous il n’est que le fils du charpentier – ce n’est pas Marie, dans sa parfaite humilité, qui aurait colporté partout qu’elle avait enfanté le Fils de la promesse. Jésus est aux yeux des Nazaréens un Juif observant, et rien de plus. Ce n’est pas ici qu’on lui accordera ne serait-ce que le titre de Rabbi. Qu’il reste à sa place de charpentier ! Chacun bien à sa place, et que celui-là ne vienne pas nous faire la leçon !

Il passe son chemin. Il a mieux à faire que de se quereller avec les hommes au milieu desquels il a grandi. Il sait qu’Isaïe parle de lui quand il prophétise ( Isaïe 61,1):

« L’esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part de Yahvé. »

Jésus doit entrer dans sa mission d’annonce de la parole du Père, lui qui est le Verbe de Dieu. Et comme le Père connaît la dureté de coeur et d’oreille de ses enfants, il donnera des signes, des guérisons en grand nombre, pour soulager les malades mais aussi pour justifier Jésus.

Il va son chemin. Il sait que d’autres chemins croiseront le sien, et qu’à ces carrefours, il trouvera des disciples, qui discerneront en lui ce que les Nazaréens n’ont pas su comprendre.
Les scribes, les pharisiens, les docteurs de la Loi seront toujours là, en travers de son chemin. Mais rien ne l’arrêtera, car sa vie, c’est faire la Volonté du Père.

 

Nous lisons aujourd’hui en Eglise la parabole si belle du fils prodigue. (Luc 15, 1-3. 11-32)

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’ Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »


Est-il un texte qui nous parle mieux de l’amour du Père que celui-là ?

Il y a quelques années,  je l’ai vécu d’une manière très forte. Pour des raisons que j’ai développées dans mon livre, je m’étais coupée de ma paroisse catholique pendant plus d’une année. Non pas par caprice ou par indifférence, loin de là, c’était plutôt une souffrance intense que j’ai vécue dans les larmes, dans la douleur de la solitude spirituelle. Cela pourra paraître présomptueux et n’a d’ailleurs pas été compris par mes amis paroissiens, mais au fond de moi,  je savais que c’était un sacrifice que le Père Lui-même me demandait. Je pensais souvent à Ezéchiel qui faisait des pénitences ridicules aux yeux de ses contemporains, et pourtant elles lui étaient demandées par Dieu et elles avaient un sens profond quant à ce qu’Il voulait dire à Son peuple. (suite…)

On n’en a pas toujours conscience, parce que l’Eglise elle-même a occulté cet aspect de l’Evangile au cours des siècles, mais on a beau chercher, on ne trouvera pas trace d’une aigreur contre une femme de la part de Jésus tout au long des quatre livres qui nous font connaître sa vie. Tout au plus provoque-t-il la Syro-phénicienne à approfondir la foi de sa demande avant de l’exaucer (Mt 15, 21-28,  Mc 7,24-30). En fait, les mouvements d’humeur de Jésus sont réservés soit à ses disciples auxquels il reproche la faiblesse de leur foi, soit aux scribes et aux pharisiens qui cherchent sans arrêt à le piéger et à le faire mourir.

Et il y a plus. Toutes les grandes révélations concernant le Christ ont été premièrement données par Dieu à des femmes, et non à des hommes :
–  Elisabeth a enfanté Jean- Baptiste qui est le précurseur, promesse qui avait laissé son mari Zacharie sans voix par manque de foi.
–  Marie a été visitée par l’ange Gabriel pour donner son « oui », qui n’a pas été demandé premièrement à Joseph.
–  Elisabeth reconnaît le Seigneur dans le sein de Marie, elle est la première à le faire.
–  Marie encouragera Jésus à réaliser son premier miracle aux noces de Cana.
–  Dans l’évangile de Luc, juste après avoir été méprisé dans la synagogue de Nazareth, Jésus accomplit pour première guérison celle de la belle-mère de Pierre.
–  Jésus se révèle comme Messie d’Israël à la Samaritaine.
–  Marie de Béthanie est la seule personne que l’on voie résolument assise aux pieds du Seigneur à écouter sa parole, c’est elle aussi qui aura l’intuition de son ensevelissement par l’onction de Béthanie.
–  Marthe, sa soeur,  est la première à offrir une très belle profession de foi en la résurrection lors de la mort de son frère Lazare.

Et la première à voir Jésus ressuscité est Marie de Magdala.

D’où vient donc cette idée tenace que les femmes tiendraient une moindre place dans le dessein de Dieu ?

 

Image : VIème station du chemin de croix du Mont Sainte Odile    Léon Elchinger

Au moment de monter à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze et, pendant la route, il leur dit :
« Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et, le troisième jour, il ressuscitera. »

A chaque fois que nous lisons ces versets, nous nous indignons. Comment ont-ils pu ? Comment est-il possible que ceux-là même qui auraient dû reconnaître Jésus comme messie d’Israël, qui auraient dû se mettre à son écoute et se réjouir de sa parole, qui auraient dû rendre grâce à Dieu qu’Il ait fait naître dans le peuple élu son propre Fils, qui auraient dû le reconnaître comme leur Roi, aient comploté contre lui jusqu’à le mener au supplice de la crucifixion ? Comment une telle méprise est-elle possible ? Comment ceux-là même qui connaissaient le mieux tous les préceptes de l’Ecriture ont-ils pu ne pas reconnaître le Verbe incarné ?

Ne nous donnons pas trop vite bonne conscience parce que nous aimons Jésus et que nous désirons sincèrement être ses disciples. Ne nous croyons pas trop facilement à l’abri de la même erreur.
L’Evangile est beau lorsqu’on le lit dans un livre vieux de 2000 ans. La figure du Christ est attachante, tout habitués que nous sommes à la voir dans toutes les églises, dans les musées du monde entier en de beaux tableaux devant lesquels on s’émerveille. Oh oui, nous, nous aurions aimé Jésus. Nous ne l’aurions pas hué sur le chemin du Golgotha.

Et pourtant…
Un peu de modestie ne fait pas de mal.

Qui donc a condamné Jeanne d’Arc en un procès inique qui l’a menée au bûcher ?
Qui donc a mis saint Jean de la Croix au cachot ?
Qui donc a nourri le projet de faire brûler toutes les oeuvres écrites de sainte Thérèse d’Avila ?
Qui donc a refusé d’entendre les demandes répétées que Marie adressait à Catherine Labouré?
Qui donc a dépossédé Jeanne Jugan de l’oeuvre qu’elle avait fondée, les Petites Soeurs des Pauvres ?

Il existe d’autres exemples assez nombreux qui devraient nous faire entrer en méditation…

Image : VIIème station du chemin de croix du Mont Sainte Odile

Voilà bien un enseignement fondamental de Jésus. Avant lui, dans l’Ancien Testament, on a souvent exalté les justes, mais la marque de Dieu sur eux était en général accompagnée d’une bénédiction dès cette vie soit en longévité, soit en richesse, soit en royauté. Les plus aimés du Seigneur, tels David ou Salomon, avaient même tout à la fois.

Et puis arrive Jésus, et il bouleverse toute cette échelle de valeurs. Il naît d’une humble jeune fille de Nazareth (« De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? » Jean 1, 46) qui manque d’être répudiée par son fiancé quand elle lui annonce sa grossesse divine. Il naît dans une étable « parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Luc 2,7). Ce sont les bergers, humbles parmi les humbles, qui le voient les premiers.
Il grandit dans l’effacement jusqu’à l’âge de quitter Nazareth pour se lancer dans son oeuvre de prédication et de guérison des malades. Il marquera toujours une préférence pour les petits, pour les parias de la société, ceux que même les Juifs observants ne voulaient pas approcher, malgré la constance de la parole de Dieu, à travers les Prophètes et la Loi, à les prendre en considération eux les premiers. (suite…)