Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.
Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? »
Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant chemin du retour ne sera jamais plus le même. par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l’un à l’autre : «Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » 
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre.» À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

Luc 24, 13 – 35

Voilà certainement la page d’Evangile qui a suscité le plus de vocations religieuses à travers vingt siècles de christianisme. Oui, à qui il a été donné de croiser le Christ sur la route d’Emmaüs ou d’ailleurs, et de sentir son coeur devenir tout brûlant en le reconnaissant, Lui, vivant et annoncé par toutes les Ecritures, le chemin du retour ne sera jamais plus le même. Mais avant le chemin du retour, il y a cette demande pressante au Seigneur :

« Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. »

Quand un coeur a brûlé de sa présence, il ne veut plus se séparer de Lui. On ressent confusément que la nuit va tomber, que pareille illumination de l’âme ne va pas durer sans épreuves. Le jour va baisser. L’âme le supplie de rester avec elle ! Le Seigneur est généreux, il se laisse aimer et donne en retour, et même par avance, sans mesure.

Et puis vient le moment où « Il disparaît à notre regard ». (suite…)

Quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des hommes chargés de garder le tombeau allèrent en ville annoncer aux chefs des prêtres tout ce qui s’était passé.
Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en leur disant : « Voilà ce que vous raconterez : ‘Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.’ Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. »
Les soldats prirent l’argent et suivirent la leçon. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à ce jour. »

Matthieu 28, 8 – 15

Quel contraste dans cette page d’évangile entre la foi des femmes qui croient dans les paroles de l’ange et se prosternent aux pieds de Jésus ressuscité dès qu’elles le voient, et les chefs des prêtres qui échafaudent aussitôt un mensonge, argent à la clé, pour nier la résurrection du Christ !

Et un peu plus loin (Matthieu 28, 16-17), nous lisons : « Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes. »

Ceux-là même qui ont partagé la vie de Jésus pendant trois ans ne le reconnaissent pas, ne parviennent toujours pas à croire en sa résurrection, alors qu’à maintes reprises il y avait fait allusion et que toutes les Ecritures l’annonçaient !

Je crois que nous ne sommes toujours pas sortis de cette situation où nombre d’hommes ont bien plus de mal à croire que les femmes. (suite…)

Détail du Retable d’Issenheim,  Matthias Grünewald

 

En ce Vendredi Saint, je vous propose la belle méditation d’un ami qui m’a autorisée à la publier sur ce site.

 

Stabat Mater

 

Les soldats ont crucifié Jésus sur le Golgotha, entre deux autres. Le disciple bien-aimé, témoin direct, l’affirme en quelques mots très sobres :

 

Ils le crucifièrent, et avec lui deux autres : un de chaque côté et, au milieu, Jésus.

Jn 19, 18.

 

Il ne précise pas qui sont – ni ce que sont – les deux autres : des condamnés, rien de plus, rien de moins. Jésus est pendu au bois d’infamie comme eux, condamné parmi d’autres. Sa croix n’est ni plus haute, ni plus basse que les autres, elle ne se distingue en rien des autres, Pilate n’a pas pris de disposition spéciale pour l’agencement du supplice, pour distinguer Jésus des deux autres, il s’est seulement appliqué à rédiger lui-même, en araméen, en grec et en latin  l’inscription apposée sur la croix, qui normalement informe les spectateurs et les passants de la nature du crime des condamnés. Quel est le crime reproché à Jésus ? Simplement d’être (et non de s’être proclamé) roi des Juifs : Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. Et tous peuvent lire cette affirmation – par Pilate – de la royauté de Jésus.

 

Jésus est sur la croix, et Marie se tient près de la croix, avec trois compagnes : sa sœur, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Toutes ont assisté, impuissantes, à l’enclouage de Jésus sur le bois, au partage de ses vêtements par les soldats, au tirage au sort de la tunique sans couture. Toutes se sont rapprochées du gibet, indifférentes au fait que pénétrer ainsi dans l’aire du supplice, dans la proximité de la mort, les expose à l’impureté légale, qui les rendrait inaptes à manger la pâque. Mais qui d’entre elles pense à cela ?

(suite…)

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

1Co 11, 23-26

Aujourd’hui, Jeudi Saint, c’est la grande fête de l’institution de l’Eucharistie. Je voudrais dire toute l’importance que ce sacrement a pour moi.

Enfant, j’ai reçu la première communion avec une très grande foi. Et comme je suis allée à la messe presque tous les dimanches jusqu’à mes 18 ans, j’ai continué à communier toutes les semaines, sans toujours mesurer ce que cet acte  m’apportait, mais en tout cas j’y ai toujours discerné la présence réelle du Seigneur et je grandissais dans une foi sereine.

Sont venues les années du doute et je n’ai plus pratiqué,  quand je me trouvais à une messe pour des raisons familiales, je ne communiais plus, ne voulant pas galvauder un sacrement qui n’emportait plus l’adhésion de ma foi. Et ma foi s’est étiolée de plus en plus. (suite…)

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus.
La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.
Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
Il est proche, celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble. Quelqu’un a-t-il une accusation à porter contre moi ? Qu’il s’avance ! Voici le Seigneur Dieu qui vient prendre ma défense : qui donc me condamnera ?

Isaïe 50, 4-9a

Comme je l’ai raconté dans mon témoignage, à partir de 2000 et pendant quelques années, j’ai eu une correspondance avec un moine bénédictin de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire, que j’avais connu comme étant le rédacteur de méditations bibliques que publiait le magazine Panorama. Ces méditations nourrissaient profondément ma foi, me parlaient d’une façon tout à fait saisissante, et pour cette raison j’avais voulu entrer en contact avec leur rédacteur. Quand j’ai reçu une première lettre de lui, j’ai été émerveillée : non seulement il  me comprenait en tous points à une période très difficile de ma vie, mais encore je découvrais une calligraphie magnifique, la plus belle écriture qu’il m’ait jamais été donné de voir ; j’ai gardé toutes ses lettres comme des parchemins précieux de moine copiste. Ce bon et humble moine est entré dans la paix du Seigneur en 2007 sans que nous ne nous soyons jamais rencontrés. Mais son souvenir et l’ardeur de sa prière sont plus vivants en moi que n’auraient pu l’être ceux d’une personne rencontrée « des yeux de la chair ».

En ce Mercredi Saint, je voudrais lui rendre hommage en publiant ici sa méditation du 19 avril 2000, qui était aussi un Mercredi Saint de l’année B, comme cette année.

« Je n’ai pas protégé mon visage »

Nous cherchons le vrai visage de Dieu, son visage de gloire. Et voici, d’une scandaleuse hardiesse, la réponse de la Parole divine : le serviteur n’est pas la réponse de Dieu à la question du philosophe ; il est la réponse personnelle que Dieu adresse au coeur de tout homme. Invraisemblable paradoxe : c’est à travers un visage d’homme défiguré, ridiculisé, livré aux outrages et aux crachats, – un visage sans visage -, que se révèle à nous la face du Dieu vivant. Mais s’il est ainsi abandonné à la trahison et à la malice des hommes, s’il est ainsi totalement dépossédé de lui-même, dans la souffrance et dans la mort, c’est parce qu’il était pure écoute de la Parole de Dieu, disponibilité absolue à la Volonté de Dieu, pure relation filiale à son Père. En se livrant ainsi, il nous révèle à cet ultime niveau de profondeur le mystère de l’Amour gratuit, et la Gloire de Celui qu’on ne peut voir sans mourir. Il nous révèle ainsi à quelle expropriation de nous-même nous devons nous offrir pour nous ouvrir à la plénitude du mystère de Dieu. Il nous apprend surtout qu’il est infiniment proche, et que nous pouvons l’atteindre et faire l’expérience de sa Présence, partout où il y a une souffrance, une humiliation… Nous pourrions aujourd’hui, à la lumière du visage du Christ défiguré, apprendre à regarder et à aimer tout homme.

 

Image : La sainte Face    Fra Angelico