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« Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger. » Matthieu 25, 35

18 février 2013 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres :
il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’
Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?
tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’
Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : ‘Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges.
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’
Alors ils répondront, eux aussi : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’
Il leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.’
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Matthieu 25, 31-46

Cet évangile dérange toujours, mais il est l’un de ceux auxquels j’attache le plus d’importance. Et c’est pour cette raison que je me sens très mal à l’aise dans la théologie du « tout miséricorde » largement répandue ces dernières décennies. Il m’est même arrivé, à une fête du Christ Roi où il est lu une année sur trois, de voir le prêtre omettre de lire le dernier verset. Trop dérangeant quand on a une spiritualité nourrie dans le renouveau charismatique…

On aboutit ainsi parfois à une contradiction qui affadit totalement le sens de l’Evangile, et de la première lecture qui nous est proposée aujourd’hui ( Lévites 19, 1-2. 11-18).
Il y a 100 ans, l’Eglise parlait beaucoup trop de l’enfer, terrorisant nos grands-mères. Mais depuis, on a basculé dans l’extrême inverse. Il se développe une conception d’un Jésus doucereux nous contemplant toujours avec bienveillance quels que soient les actes que l’on pose. Et on nous rassure à longueur d’homélies : Dieu pardonne tout, absolument tout, on peut avoir la vie la plus abjecte, il suffira de jeter un petit regard attendri sur le crucifix au fond de notre prison ou à l’instant de notre mort et le tapis rouge nous sera déroulé pour entrer dans le Royaume des Cieux.

Professant cela, ne sommes-nous pas en contradiction totale avec l’Evangile lu aujourd’hui ?
Car enfin, notre société occidentale n’est-elle pas saturée de gens qui mangent toujours à leur faim, jettent leur surplus et ne daignent pas participer aux oeuvres de charité car « on ne sait pas où va l’argent » ? Certains catholiques qui s’estiment les plus observants ne se répandent-ils pas en propos racistes sur le parvis des églises ? N’avons-nous pas pris l’habitude, avec le développement des sites de revente sur internet, de revendre les vêtements que nous ne portons plus plutôt que de les donner à qui est dans le besoin ? Ne sommes-nous pas de ceux qui se frottent les mains quand une personne atteinte de maladie psychique est hospitalisée à la demande d’un tiers en service fermé, et que nous allons bien nous garder de nous souiller à lui rendre visite dans un lieu pareil ?

Que chacun s’examine…

Et quand je lis la première partie de cet évangile, je me dis que nombreux sont ceux qui le mettent en application sans même le savoir. Les mères de tous les temps n’ont-elle pas nourri, abreuvé, habillé, soigné leurs enfants sans en attendre une récompense en retour ? Ont-elles conscience, toutes les aides-soignantes, les infirmières, les puéricultrices, les aides aux personnes à domicile, les gardiennes d’enfants, les personnels de cantines scolaires, les éducatrices spécialisées, qu’elles vivent au quotidien les commandements fondamentaux des Ecritures ?

Comme elles sont en outre parmi les plus mal payées dans la société, je me dis que si leur récompense ne vient pas du monde, Dieu, lui, saura le moment venu les mettre à part des « chèvres » qui ont passé une vie entière à nuire à leur prochain…

Image : Le jugement dernier  Cathédrale de Bourges

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1 commentaire

  • OIZEL says:

    je souffre de ce » tout miséricorde » qui parfois affadit l’Evangile mais parfois aussi La contredit
    Dans l’église de Jonzac, sur une banderole suspendue durant plus d’un an: » une communauté ouverte à tous, j’y crois » contredisant st Pierre Actes 10 34,35.

    se battre contre le tout miséricorde, on se heurte au cléricalisme et on ne peut que remarquer le manque d’humilité de cette phrase qui vient comme un cheveu sur la soupe et qui n’est pas signée



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