Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Paroles de la bien-aimée.
Sur mon lit, la nuit, j’ai cherché
celui que mon âme désire ;
je l’ai cherché ;
je ne l’ai pas trouvé.
Oui, je me lèverai, je tournerai dans la ville,
par les rues et les places :
je chercherai
celui que mon âme désire ;
je l’ai cherché ;
je ne l’ai pas trouvé.
Ils m’ont trouvée, les gardes,
eux qui tournent dans la ville :
« Celui que mon âme désire,
l’auriez-vous vu ? »
À peine les avais-je dépassés,
j’ai trouvé celui que mon âme désire :
je l’ai saisi
et ne le lâcherai pas.

Cantique des cantiques 3, 1-4a
Textes liturgiques©AELF

Ce n’est pas si souvent que l’on peut lire et méditer un extrait du Cantique des cantiques en Eglise catholique. Vieux reste de pudibonderie certainement, et puis cette fâcheuse tendance à omettre de méditer les textes bibliques qui évoquent des figures féminines autres que celle de la mère de Jésus. Toujours, nos clercs nous ont entravé la voie vers des textes qui auraient pu inspirer aux femmes des élans mystiques amoureux vers leur seul Seigneur. Se seraient-elles enflammées d’amour pour le Christ Jésus, le véritable Salomon, on leur aurait répété encore et encore que la fiancée du Cantique symbolisait en fait l’Eglise et non une femme quelle qu’elle soit.

En ce XXIe siècle qui a mis sous nos yeux de manière crue et impitoyable la débauche active ou la complicité coupable de l’institution ecclésiale catholique envers le crime, tout parallèle entre la fiancée du Cantique et celle-ci est une injure à ce texte si beau et pas seulement élevé spirituellement. On y lit des mots d’amour magnifiques entre une femme et un homme éperdument épris l’un de l’autre, qui se désirent, se recherchent, se perdent, se retrouvent… Alors certes, c’est là une allégorie de toute vie spirituelle et mystique intense, mais c’est aussi et surtout l’histoire d’un amour incommensurable entre deux êtres de désir. (suite…)

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.
Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère :
on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.
Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ;
celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.
Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.
Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.
Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.
Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Lorsque Jésus eut terminé les instructions qu’il donnait à ses douze disciples, il partit de là pour enseigner et proclamer la Parole dans les villes du pays.

Matthieu 10,34-42.11,1
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

On ne méditera jamais assez ces avertissements de Jésus à ses disciples. Certes, ce sont des paroles qu’il n’a pas données aux foules de son temps, mais elles n’en sont pas moins porteuses de sens pour tout chrétien tant qu’il vit dans le monde.
Je suis toujours étonnée que des chrétiens, et parmi eux les plus hauts en responsabilités ecclésiales, puissent s’imaginer que la paix promise au Royaume de Dieu advienne un jour sur terre. Non, Jésus a bien averti ses disciples : il n’est « pas venu apporter la paix, mais le glaive ». Non pas que Jésus nous arme la main pour combattre nos ennemis et les siens : bien au contraire, il désarme ses amis face à la persécution : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » Matthieu 26, 52-54

Les Ecritures, c’est désormais aussi la Parole de Jésus. Et il faut qu’elle s’accomplisse, jusqu’à ce qu’il revienne glorieux. Et ainsi, c’est au glaive que les chrétiens sont confrontés jusqu’à ce jour béni du retour de leur seul Maître. Le glaive dressé contre eux, et non l’inverse, selon la volonté du Seigneur. Accepter ce martyre dans la foi, c’est prendre sa croix, perdre sa vie, au sens propre ou au sens figuré, à cause du témoignage de Jésus. Demeurer chrétien envers et contre tout : ne pas renier le Christ et son Evangile, ne pas se compromettre en concessions avec les ennemis de sa Parole.

Alors bien sûr, il y a des justes qui s’ignorent acteurs de l’Evangile mais qui, sans le savoir, le mettent jour après jour en œuvre par la charité et le respect d’autrui, dans l’humilité. Nous pouvons avoir confiance pour eux en la promesse du Verbe : ceux-là ne perdront pas leur récompense. De même que tous ceux qui ne donnent pas à boire du vinaigre à celui ou celle qui souffre au nom du Christ, mais un verre d’eau fraîche.

Quant aux chrétiens qui s’imaginent que la paix et la concorde surviendront encore sur cette terre à force de relativisme quant au témoignage de Jésus et de compromission avec toute autre doctrine, qu’ils méditent les dernières pages de l’Apocalypse : la terre nouvelle sous les cieux nouveaux n’apparaît qu’après une âpre lutte au cours de laquelle il s’agit de ne jamais renier sa foi.

 

Image : L’arrestation du Christ    FRA ANGELICO    XVe     Fresque    Museo di San Marco, Florence

« La moisson est abondante,
mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson
d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Matthieu 9, 37-38
Textes liturgiques©AELF

Ces versets ont toujours été la base, en Eglise, de la prière pour les vocations sacerdotales. Et aujourd’hui encore, tandis que l’Eglise catholique se porte si mal et que les vocations de prêtres se raréfient, certains s’épuisent encore en chapelets pour leurs vocations…

J’aimerais aujourd’hui placer ces versets d’Evangile dans une lumière différente. La moisson, ce n’est pas seulement générer des catholiques « munis des sacrements de l’Eglise ». Etre ouvrier pour la moisson, ce n’est pas forcément porter soutane ou col romain, baptiser, donner les sacrements de réconciliation et d’eucharistie, célébrer des sacrements de mariage ou enterrer religieusement. La moisson ne se limite pas à espérer le Ciel pour les baptisés qui nous quittent. Malheureusement, je crois bien qu’en Eglise catholique, le sens des paroles de Jésus a ainsi glissé vers quelque chose de très factuel : être prêtre « au service de l’Eglise », donner sa vie davantage pour perpétuer les sacrements au sein de cette Eglise que pour réellement annoncer l’avènement du Royaume de Dieu.

Je me sens légitime à oser ces mots parce que je suis héritière de deux sacerdoces : celui de mon oncle, qui m’a baptisée, et de mon grand-oncle qui a toujours veillé sur la vocation de son neveu. Par malchance pour eux, je suis née fille, et donc inintéressante à leurs yeux pour la perpétuation de cette lignée sacerdotale. La question de ma foi brûlante ne les interrogeait pas outre mesure. J’étais fille, donc inapte au service d’ouvrière de la moisson. Disqualifiée d’office. (suite…)

En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! »
Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. »
Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour l’holocauste, et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué.
Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin.
Abraham dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l’âne. Moi et le garçon nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. »
Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble.
Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? »
Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allaient tous les deux ensemble.
Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois.
Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! »
L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ». On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu. »
Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham.
Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,
je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis.
Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »
Alors Abraham retourna auprès de ses serviteurs et ensemble ils se mirent en route pour Bershéba ; et Abraham y habita.

Genèse 22,1-19
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Ce texte si fort suscite souvent l’incompréhension voire la révolte de ceux qui le lisent.
« Comment Dieu peut-il être tellement cruel qu’il demande à Abraham d’immoler son fils tant désiré et chéri, et que ce père soit prêt à le faire ? » murmurons-nous.
Notre révulsion pour cet épisode biblique est légitime. Mais n’oublions pas la fin de l’histoire : l’ange du Seigneur retient le bras d’Abraham, et Isaac, finalement, n’est pas immolé.

Je ne vais pas entrer dans un commentaire savant sur ce récit biblique qui vise avant toute chose à nous montrer la grande foi d’Abraham et sa parfaite obéissance à Dieu, jusque dans cette épreuve qui fut la plus cruelle de sa vie d’homme. « Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. » (Genèse 15, 6). Notre clé de compréhension est là.

Contrairement à une idée répandue dans la théologie chrétienne contemporaine, Dieu n’est pas que celui qui nous fait danser de joie et exulter dans la louange. Dieu est pour la femme ou l’homme dont il veut profondément éprouver le foi d’une exigence extrême, et s’est-il choisi une âme, il ne la laissera pas en paix tant qu’il n’aura pas obtenu d’elle l’extrême de la foi et de la confiance en Sa volonté. Et bien sûr, Dieu ne nous demande pas d’immoler notre propre enfant – cruelle et injuste demande, en vérité – mais de nous immoler nous-mêmes dans notre volonté propre et notre ego.

Et j’ajouterai : ce que Dieu n’a pas exigé d’Abraham en retenant son bras, il l’a exigé pour Lui-même en laissant son propre Fils livré aux hommes, ces gardiens de la religion dans laquelle a grandi Jésus et qui, par jalousie spirituelle et méconnaissance profonde du Père, ont fait choix de livrer le Christ à la mort la plus infamante qui soit. Oui, Jésus est cet Isaac qui, lui, a été sacrifié pour l’holocauste sans que son Père ne le fasse descendre de la croix. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34). Il fallait que Jésus soit la victime parfaite offerte pour nos propres péchés, pour que personne, jamais plus, n’ose jeter les yeux vers le crucifié sans ressentir regret et compassion pour lui, et implorer de lui le pardon de ses propres fautes, qui, par solidarité dans l’humaine condition, l’ont conduit jusqu’à cette croix du supplice.

Je sais que beaucoup de chrétiens aujourd’hui ne comprennent plus cette théologie-là, sans laquelle pourtant la Croix du Christ perd tout son sens. (suite…)

« Frères, je tiens à ce que vous le sachiez,
l’Évangile que j’ai proclamé
n’est pas une invention humaine.
Ce n’est pas non plus d’un homme
que je l’ai reçu ou appris,
mais par révélation de Jésus Christ. […]

En vous écrivant cela,
– je le déclare devant Dieu –
je ne mens pas. »

Galates 1, 11-12. 20
Textes liturgiques ©AELF

Nous fêtons aujourd’hui saint Pierre et saint Paul. Que serait notre foi sans eux deux ? Jamais l’Evangile ne serait parvenu jusqu’à nous, vingt siècles après l’incarnation du Christ Jésus, sans les Ecritures et le zèle de l’Eglise. Je rends grâce aujourd’hui pour tous ces prêtres qui m’ont donné le goût de la foi, de la célébration en Eglise, de l’Eucharistie et des Ecritures. Je rends grâce au Seigneur pour mes parents qui m’ont présentée au baptême, pour mon oncle qui m’a lui-même baptisée, pour ma marraine et mon parrain qui se sont engagés à accompagner ma croissance spirituelle. Je rends grâce à Dieu et au père de mes enfants pour m’avoir donné un fils qui porte le prénom de Pierre et sans qui ce site internet n’aurait jamais vu le jour.

Pierre et Paul sont des compagnons quotidiens de ma foi, l’un est garant de ma fidélité à l’Eglise de mon baptême quelles que soient les tempêtes qu’elle traverse, l’autre me donne à méditer encore et encore sur ce qu’il a lui-même reçu du Seigneur. Deux piliers de ma foi, oui, ils le sont.

Parfois, cependant, j’aimerais que Pierre se serve de son trousseau de clés pour déverrouiller un peu la gangue de la doctrine catholique. J’aimerais que l’on se souvienne de Paul comme de quelqu’un qui n’a pas côtoyé le Seigneur Jésus, mais qui a reçu de lui force et légitimité pour annoncer l’Evangile par révélation mystique et communion à ses souffrances. Pierre et Paul ont porté chacun le poids de la croix des premiers chrétiens, et c’est ce qui les a rendus crédibles aux yeux des hommes et femmes de leur temps. Vraiment, ces deux-là étaient envoyés par le Seigneur, puisqu’ils communiaient, dans les persécutions, aux souffrances de sa Passion.

Pierre aurait pu rejeter Paul comme illégitime, et Paul aurait pu ne pas aller vers Pierre qui avait été désigné lui-même par Jésus pour paître son troupeau. Mais les deux témoins se sont rencontrés, pour notre chance et notre bien spirituel. (suite…)