Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus se retira avec ses disciples près de la mer, et une grande multitude de gens, venus de la Galilée, le suivirent.
De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait.
Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l’écrase pas.
Car il avait fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher.
Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! »
Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.

Marc 3, 7-12
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Dans cet extrait d’évangile, ce qui me frappe à chaque fois, c’est que les « esprits impurs » reconnaissent Jésus comme Fils de Dieu. Certes, le Mauvais hait tout ce qui est Dieu, tout ce qui vient de Dieu, et il a tôt fait d’identifier son ennemi juré. Ceux qui sont ici seulement tourmentés par lui se jettent aux pieds de Jésus de peur d’être tourmentés davantage encore. Et en effet, le Christ va les délivrer ; les anciens possédés changeront de « maître » et la plupart en seront reconnaissants au Seigneur.
Le souci de Jésus, ici, c’est de demeurer « anonyme », « incognito », pour pouvoir aller et venir librement, car ce qu’il désire avant toute chose, c’est d’annoncer paisiblement la Parole de son Père, sans être entravé en permanence par une foule avide de signes et de guérisons. Cela peut se comprendre aisément.

Ce qui me laisse plus perplexe, c’est la cohérence, si je puis m’exprimer ainsi, du Mauvais avec le Fils de Dieu : il l’identifie, il le craint, il le « dénonce ».
Si les choses se passaient ainsi de nos jours, comme tout serait simple !
Hélas, il n’en va pas ainsi. Le Mauvais, qui a plus d’un tour dans son sac, brouille infiniment plus les cartes à notre époque.
Certains le voient en priorité dans les œuvres ouvertement sataniques : messes noires, spiritisme, profanations de sépultures… Oui, l’Adversaire a sans doute un rôle à jouer dans ces pratiques. Mais il serait bien trop simple de ne le voir que là. (suite…)

« Les invités de la noce pourraient-ils jeûner,
pendant que l’Époux est avec eux ?
Tant qu’ils ont l’Époux avec eux,
ils ne peuvent pas jeûner.
Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ;
alors, ce jour-là, ils jeûneront. »

Marc 2, 19-20
Textes liturgiques©AELF

On le sait, les Prophètes du Premier Testament délivraient une parole qui avait une portée immédiate dans le temps de leur prophétie, mais aussi à beaucoup plus long terme, ce qui rend cette parole encore vivante pour nous, deux à trois millénaires plus tard. Et d’ailleurs, certaines prophéties, notamment celles d’Isaïe, ne sont pas encore accomplies à ce jour. Elles ont une portée eschatologique.
A plus forte raison la Parole du Christ Jésus, lui qui est le Verbe de Dieu, sa Parole d’éternité !

Sur l’évangile d’aujourd’hui dont je n’ai retenu ici qu’un extrait, je suis donc toujours étonnée que dans nos homélies soit souvent éludée la portée eschatologique de cette puissante prophétie du Seigneur lui-même. Tout est présenté comme si les Noces de l’Agneau étaient déjà accomplies pour nous catholiques dans l’Eucharistie. Nos cantiques aussi le disent. On parle de la messe comme du « festin des noces de l’Agneau. » Soit. Ce n’est certainement pas moi qui vais nier la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie alors que j’en vibre à chaque fois que je la reçois, dans une très grande gratitude.

Ce que je veux exprimer, c’est que nous oublions trop souvent que Jésus a un corps qui n’est pas que mystique. « Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme «  (Credo de Nicée-Constantinople). Ce corps n’a pas été aboli par sa résurrection. Jésus n’est pas un « Grand Tout » dans lequel chacun pourra se noyer à sa manifestation glorieuse. Et d’ailleurs, je récuse aussi l’expression « le Christ Epoux de l’Eglise ». C’est curieux tout de même, qu’est l’Eglise dans cette expression ? L’ensemble des baptisés ? Oui, c’est là la signification la plus acceptable. Mais ôtons-nous de l’idée que Jésus sera, à son retour glorieux, l’Epoux de chaque baptisé(e). Je le répète, il est circonscrit dans un corps masculin, de chair et de sang, et ce qui manque à son bras de Roi, c’est une Epouse de chair et de sang elle aussi, qui ne sera ni le pape, ni un évêque, ni un prêtre, mais la Bien-Aimée qu’il s’est lui-même choisie et qu’il élèvera à la dignité de reine de tous ceux-là – qu’ils en aient envie ou pas. Les chemins de Dieu ne sont pas leurs chemins. (suite…)

En ce temps-là, Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre.
Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Marc 2, 13-17
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Je voudrais saisir l’occasion de la méditation en Eglise de ces versets de Marc pour éclaircir un peu la question de Jésus par rapport aux pécheurs. Entendons bien, ceux qui pèchent, « en pensée, en parole, par action et par omission » (Confiteor), c’est-à-dire, bien sûr, un peu nous tous. Il faudrait être parvenu à un très haut degré de sainteté pour ne plus pécher, à la suite du Christ, d’aucune de ces quatre manières.

Ne pas encore y être parvenus ne signifie cependant pas que nous soyons, en tant que chrétiens, dispensés de chercher à atteindre cet idéal de la vie chrétienne. L’Apôtre Paul par exemple nous le répète souvent dans ses écrits, ici en 1 Thessaloniciens 4, 3-7 :

La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté, en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Dans ce domaine, il ne faut pas agir au détriment de son frère ni lui causer du tort, car de tout cela le Seigneur fait justice, comme nous vous l’avons déjà dit et attesté. En effet, Dieu nous a appelés, non pas pour que nous restions dans l’impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté.
[Fin de citation]

Evidemment, il ne s’agit pas seulement de viser la sainteté par un corps qui ne nuise pas à son prochain, mais aussi par tout un comportement personnel qui traduise jour après jour notre volonté de mettre en œuvre la Parole du Christ. Et là, je trouve que le discours chrétien est parfois bien mou. On met facilement en exergue la parole de Jésus : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Or, je voudrais relever deux éléments de cette parole : (suite…)

En ces jours-là, Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu. Le prêtre Éli était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur.
Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment.
Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »
Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Éli observait sa bouche.
Anne parlait dans son cœur : seules ses lèvres remuaient, et l’on n’entendait pas sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre
et lui dit : « Combien de temps vas-tu rester ivre ? Cuve donc ton vin ! »
Anne répondit : « Non, mon seigneur, je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur.
Ne prends pas ta servante pour une vaurienne : c’est l’excès de mon chagrin et de mon dépit qui m’a fait prier aussi longtemps. »
Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »
Anne dit alors : « Que ta servante trouve grâce devant toi ! » Elle s’en alla, elle se mit à manger, et son visage n’était plus le même.
Le lendemain, Elcana et les siens se levèrent de bon matin. Après s’être prosternés devant le Seigneur, ils s’en retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle.
Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l’ai demandé au Seigneur. »

1 Samuel 1, 9-20
Textes liturgiques®AELF

De ce très beau récit d’Anne, épouse d’Elcana, qui obtient un fils après des années de souffrance due à sa stérilité et une ardente prière pour en sortir, je ne retiendrai aujourd’hui que la réaction du prêtre Eli la voyant prier intérieurement avec abondance de larmes. Eli manque complètement sa cible en la prenant pour une ivrogne inopportune, elle qui vient au sanctuaire pour prier le Dieu d’Israël de la plus pure des façons, avec sincérité de cœur et espérance malgré sa détresse. Eli la rabroue, loin de penser de quelle sainte disposition d’esprit cette femme fait preuve, elle qui est prête à donner son fils tant espéré au Seigneur dès qu’il sera sevré – ce que, exaucée, elle fera effectivement (1 Samuel 1, 24-28).

Face à cette scène, j’ai envie de dire : vingt-six siècles – voire plus – et rien de nouveau sous le soleil. Nous voici face à un prêtre de l’Ancienne Alliance qui méprise a priori, sans du tout la connaître, une femme entrée au sanctuaire pour prier pourtant de la plus pure des façons. Misogynie et méfiance vis-à-vis d’une femme plus que courante de la part d’un « serviteur de Dieu » qui, lui, se pense légitime dans ce lieu et fondé à juger de la sincérité, ou non, d’une démarche de piété, d’une relation à Dieu.

Vingt-six siècles, et rien de nouveau sous le soleil… (suite…)

Quant à vous,
l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous,
et vous n’avez pas besoin d’enseignement.
Cette onction vous enseigne toutes choses,
elle qui est vérité et non pas mensonge ;
et, selon ce qu’elle vous a enseigné,
vous demeurez en lui.

1 Jean 2, 27

Jean nous fait comprendre ici qu’il n’en va pas de la foi chrétienne comme d’un enseignement catéchétique ou universitaire. D’où vient que l’Eglise catholique elle-même se mette souvent en porte-à-faux avec cette affirmation du disciple évangéliste, en outre ami le plus proche de Jésus ?

Depuis plus de vingt ans que je suis revenue à la foi et qu’elle est le moteur essentiel de ma vie, j’ai entendu de la part des clercs toutes sortes de recommandations :
– Il ne faut pas lire la Bible seul, on doit la lire en Eglise, partager à son sujet en groupes de fidèles.
– Ne pas se fier à ses intuitions spirituelles, les vérifier à la lumière du magistère catholique.
– Une intuition spirituelle qui contredit la doctrine catholique ne vient pas de Dieu.
– Une personne qui une vie mystique doit obligatoirement avoir un directeur spirituel, seul capable de discerner ses inspirations.
– Si on a des inspirations spirituelles qui contredisent la doctrine, on doit les taire pour ne pas choquer la foi des fidèles.
– Il est bon de se former en théologie : accompagnement catéchétique, cycles de formation en université catholique…

Je pourrais encore allonger la liste.
Je me rends compte, à l’établir ainsi, que j’ai su résister bon an mal an à toutes ces pressions que j’ai subies depuis vingt ans. Souvent, les clercs n’étaient pas capables de répondre à mes questions quand je leur en posais encore. « Tu poses des questions bien difficiles », m’avait écrit un ami alors moine. De l’éviction à la non-réponse, j’ai connu toute la palette des attitudes d’évitement. (suite…)