Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Le sabbat qui suivait la première prédication de Paul à Antioche de Pisidie, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur.
Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient.
Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.
C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : ‘J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.’ »
En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants.
Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
Mais les Juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu, et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire.
Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium,
tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

Actes des Apôtres 13,44-52
Textes liturgiques©AELF

Je me souviens, il y a vingt ans de cela, quand je fréquentais une église évangélique – ce que je n’ai fait que six mois – que les prédications étaient souvent basées sur les écrits ou faits de Paul, et ce davantage que sur les évangiles, ce qui m’étonnait toujours de la part d’une église appelée « évangélique ». Je remarquais aussi, lors des prises de paroles des paroissiens pour donner une intention de prière, un certain antisémitisme qui me choquait profondément, moi qui étais à cette période – et qui le suis toujours –  fascinée par les origines juives de notre foi. Tout se passait comme si ces chrétiens évangéliques prenaient les écrits de Paul au pied de la lettre et transposaient sans états d’âme ce qu’ils y lisaient et méditaient à notre époque. On priait pour la conversion des Juifs d’aujourd’hui au christianisme, ce que personnellement je ne fais jamais, considérant que le salut de Dieu leur est réservé en tant que peuple élu depuis Abraham et jusqu’à la consommation des siècles. C’est même totalement indécent de prendre encore les paroles de Paul sur les Juifs – telles que celles données dans l’extrait des Actes des Apôtres ci-dessus – comme valables de nos jours dans l’opposition de nos cultes respectifs. Comment des croyants au Dieu unique peuvent-ils faire abstraction de la tragédie de la Shoah et s’enfler d’orgueil, comme si être chrétien était synonyme de supériorité spirituelle sur toute autre expression de la foi ?

Les écrits de Paul sont à replacer dans le contexte de persécution des premiers chrétiens par certains Juifs de cette époque. De là à extrapoler sur une disqualification perpétuelle des héritiers du judaïsme aux yeux mêmes du Père, il y a un pas infranchissable et gravissime. Dire encore cela au XXIe siècle, c’est rien moins que faire l’apologie de l’holocauste. Si cette tragédie majeure de l’histoire humaine n’avait pas eu lieu, les chrétiens auraient encore quelque excuse de prendre les écrits et paroles de Paul pour parole même de Dieu par ignorance de la pertinence de la foi juive – qui était celle de Jésus, ne l’oublions jamais. Si la foi juive a su, dans la plus grande difficulté, se perpétuer jusqu’à nos jours, c’est bien qu’elle est légitime et absolument agréée par l’Eternel. (suite…)


Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ;
en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi,
vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire,
car vous allez obtenir le salut des âmes
qui est l’aboutissement de votre foi.

1 Pierre 1, 8-9

Pour cette petite méditation dominicale, je préfère partir de cet extrait de la première Epître de Pierre plutôt que de l’évangile du jour – Jean 20, 19-31 – qui, année après année depuis que je suis toute petite fille, m’incommode : je n’ai jamais compris le doute de l’apôtre Thomas, sa résistance insistante à nier la résurrection du Christ, lui qui avait le privilège d’être de ses disciples et qui recevait de ses compagnons de route un témoignage direct, en plus de celui des femmes du matin de Pâques. Et ainsi, quand les prédicateurs font du doute de Thomas une norme qui nous concernerait tous, je me sens offensée. Je ne cesserai d’en témoigner : ma foi a toujours été totale en la vérité du Christ Jésus. Ce sont de très nombreux et graves contre-témoignages au sein même de l’Eglise catholique, associés à une pression massive du monde contre ma foi naturelle si sincère dès la prime enfance qui m’ont fait douter de l’existence de Dieu à l’entrée dans l’âge adulte. Avec tant de recul, je ne puis plus battre ma coulpe au sujet de ces quinze années de doute: j’ai lutté de toutes mes forces pour garder intacte ma confiance en Jésus et sa Parole tandis que tout autour de moi, de mon milieu étudiant puis professionnel à mon cercle d’amis en passant par les hommes de ma vie et ce pays impie qu’était la France de ces années-là, tout, oui, autour de moi, me harcelait pour que j’abdique ma foi chrétienne. J’ai subi, de mes 18 à mes 33 ans, un véritable lynchage de la foi pure et active qui m’avait toujours animée.

Alors aujourd’hui, en ce dimanche de la Miséricorde, j’ai du mal à accepter, même de la part du pape François que j’aime pourtant beaucoup écouter, que ces prédicateurs masculins prennent pour universelles leurs propres luttes intérieures entre le bien et le mal, leurs doutes comparables à ceux de Thomas, quand ils réclament encore et encore des preuves matérielles ou scientifiques de l’existence de Dieu, de la filiation divine de Jésus, de la résurrection du Christ au matin de Pâques… J’en veux à ces prédicateurs qui prétendent que nous sommes tous à égalité dans la lutte contre le péché qui nous serait aussi spontané aux uns qu’aux autres : je dis non, car je connais beaucoup de femmes à la foi vive et très naturelle en elles, enclines profondément au bien, naturellement miséricordieuses et charitables. Oui, je connais beaucoup de ces femmes qui ont la même foi chevillée au cœur que moi, et qui doivent lutter contre un environnement les incitant toujours davantage à pécher, souvent malgré elles. (suite…)

En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse.
Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.
Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ;
ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues
et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Matthieu 23, 1-12
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

L’évangile d’aujourd’hui m’incite à exprimer un petit agacement que j’ai déjà évoqué ici ou là. La Parole de Jésus pourrait bien aujourd’hui me donner raison.
Je trouve que nous sommes à une époque, en Eglise et hors de son cadre, qui survalorise les diplômes en théologie. Quand tel prêtre s’exprime ou est cité, on s’empresse de détailler son cursus universitaire. Que dire alors des laïcs et surtout des femmes qui s’expriment publiquement! Tout se passe, dans les débats contemporains – médias, réseaux sociaux… – comme si on ne pouvait donner la parole en matière de foi, d’interprétation des Ecritures et d’organisation de l’Eglise qu’à des titulaires d’un Master, DEA ou aux Docteurs en ceci ou cela. C’est devenu tellement naturel que les arguments des non universitaires ne sont plus sollicités, voire se retrouvent balayés d’un revers de la main dans tout échange. Les grandes voix féminines du catholicisme et du protestantisme sont sur-diplômées et écoutées en raison de leurs compétences intellectuelles et de leur cursus professionnel davantage que pour la pertinence de leurs prises de position.

Disant cela, je vais encore me faire des ennemi(e)s. Peu m’importe. Je voudrais simplement souligner qu’au XXIe siècle, avec cette mode du diplôme universitaire en théologie, on contredit le Christ lui-même :

Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.

Qu’a voulu nous enseigner Jésus, sinon qu’avec une confiance totale en Lui, l’Esprit Saint nous serait donné pour comprendre Ses mystères et les exigences de l’évangélisation, comme cela fut le cas pour l’Apôtre Paul à la suite de tous les disciples, pour les évangélistes, pour de nombreux Docteurs de l’Eglise qui n’avaient aucune formation universitaire comme Catherine de Sienne – illettrée – Hildegarde de Bingen ou les deux Thérèse ? (suite…)

En ce temps-là, comme les foules s’amassaient, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise : elle cherche un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération.
Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que les hommes de cette génération, et elle les condamnera. En effet, elle est venue des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. »

Luc 11, 29-32
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Depuis très longtemps, cet extrait d’évangile m’interpelle au plus haut point. Car nous sommes une génération qui ressemble trait pour trait à celle de Jésus au temps de son incarnation. Les chrétiens authentiquement croyants sont minoritaires et pour nombre de nos contemporains, il faudrait reprendre l’évangélisation à ses tout débuts. L’ignorance en matière de foi est colossale et beaucoup de non-croyants se contentent de dire que Dieu ne donnant aucune preuve de son existence – le fameux « signe » attendu déjà par la génération de Jésus – on peut bien douter de Lui et s’en passer. Et de vivre au jour le jour en glanant les plaisirs du monde autant que possible et en reléguant au fin fond de sa conscience ses préoccupations au sujet de la mort et de son au-delà. Il est d’ailleurs très caractéristique d’observer les élans de panique en ces temps d’épidémie.

Je voudrais simplement souligner que cette génération-ci a beaucoup moins d’excuses que celle de Jésus quant à son incroyance et son inculture religieuse. Dans presque toutes les contrées du monde, les enfants ont la chance d’aller à l’école et d’apprendre à lire. Et les textes fondateurs sont disponibles à tous dans les pays où ils ne sont pas censurés, en version papier ou en quelques clics sur le net. La Parole de Dieu est là, à notre portée. Cette génération a-t-elle de l’appétit pour elle ? Pourquoi réclame-t-elle encore des « preuves » alors que 2000 ans de témoignage chrétien et plus encore de témoignage de la Première Alliance sont disponibles on ne peut plus facilement ? (suite…)

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Crie à pleine gorge ! Ne te retiens pas ! Que s’élève ta voix comme le cor ! Dénonce à mon peuple sa révolte, à la maison de Jacob ses péchés.
Ils viennent me consulter jour après jour, ils veulent connaître mes chemins. Comme une nation qui pratiquerait la justice et n’abandonnerait pas le droit de son Dieu, ils me demandent des ordonnances justes, ils voudraient que Dieu soit proche :
« Quand nous jeûnons, pourquoi ne le vois-tu pas ? Quand nous faisons pénitence, pourquoi ne le sais-tu pas ? » Oui, mais le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires, et vous traitez durement ceux qui peinent pour vous.
Votre jeûne se passe en disputes et querelles, en coups de poing sauvages. Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix.
Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse ? S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ?
Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ?
N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ?
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche.
Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. »

Isaïe 58, 1-9a
Textes liturgiques©AELF

Magnifique passage d’Isaïe, le Prophète que l’on peut lire et relire sans jamais se lasser et qui parle encore tellement à notre époque !
Dieu se révèle dans ces lignes si conforme à ce que nous connaissons de Lui par son Fils Jésus Christ !
Au jeûne de circonstance, il exprime qu’il préfère la concorde, la justice, la fin de l’oppression des un(e)s par les autres, le partage, la charité… Toute le Parole du Christ Jésus est déjà là en germe.

Quant à celui ou celle à qui il fait la grâce de confier sa Parole, notre Dieu redouble pour lui, pour elle, d’encouragements à la proclamer à temps et à contretemps. Les hypocrites prétendent vouloir connaître les pensées de Dieu, désirer l’approcher. Mais quand surgit un messager que le Seigneur s’est choisi et qui leur rapporte ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre, ils le persécutent voire le mettent à mort.

Douce cohérence de notre Dieu, qui s’exprime à travers les moins en vue dans l’humanité, et qui les fortifie malgré toutes les oppositions qu’ils endurent par la promesse de sa justice éternelle.
Qu’espérer de mieux de Lui qu’un jour, sa gloire et ce magnifique « Me voici » ?

 

Image : Le Prophète Isaïe      Raphaël,   XVIe