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Bon dimanche, demain !

27 février 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Tous les mardis soirs, elle est là, à la messe de semaine. Son sourire et son bonnet sur la tête, et un pas qui se fait de plus en plus hésitant. Les paroissiennes âgées, contentes de se retrouver là, bavardent un peu avant l’apparition du curé dans le chœur, et elle, elle se met parfois à parler très fort dans ce moment où d’autres tentent de se recueillir déjà dans la prière. Oh, ce ne sont jamais, jamais des méchancetés, mais des exclamations qui étonnent. Chacun se demande si elle n’est pas en train de perdre un peu l’ouïe.

Je la rencontre dans cette église depuis que je me suis intégrée à ma paroisse, cela fait plus de vingt ans maintenant. Elle y venait alors avec son mari, et à eux deux ils formaient un couple phare du village, anciens instituteurs de notre école, aimés et respectés de tous. Plus d’une fois, dans le temps du carême, je suis allée chez eux pour des soirées de débat sur notre foi. Nous y étions toujours reçus avec chaleur et bienveillance.

Puis lui est parti, l’à-Dieu a rempli l’église jusque dans la rue, et tous, nous pleurions.

Elle a continué à venir seule, vaillante et courageuse, ne se plaignant jamais de son veuvage, mais témoignant de sa grande foi en la continuité de la vie de celui qu’elle avait tant aimé et qui lui avait donné cinq enfants. « De là-haut, il me protège encore mieux qu’avant ! » me glissait-elle parfois à l’oreille à la sortie de la messe dominicale.

Je lui dois le plus beau service que j’aie jamais accompli en Eglise : pendant quelques années, à sa suite et sur sa proposition, j’ai donné la communion à l’eucharistie dominicale. Seule femme de la paroisse avec elle à avoir bénéficié un jour de cette belle marque de confiance, j’en garde avec elle un lien particulier. Cette lettre aussi, pleine d’observations détaillées, qu’elle avait rédigée après avoir lu mon manuscrit il y a huit années déjà, et qui m’avait fait si chaud au cœur.
Autant dire que c’est une femme que j’aime particulièrement, tant au niveau de la communauté paroissiale que villageoise.

Mardi, la messe achevée, notre aimable curé vient nous serrer la main, à chacune et chacun. Comme à son habitude, elle appelle sur lui la bénédiction de Dieu, puis lance, très convaincue et rayonnante : « Et bon dimanche demain ! » Il rit et ne rectifie pas. Ce n’est pas la première fois qu’elle le dit, alors nous ne rectifions plus, cachant que cela nous meurtrit un peu intérieurement.

Voilà, elle ne sait plus qu’aujourd’hui, c’est mercredi. Peut-être qu’elle n’espère plus que des lendemains dimanches. Peut-être qu’elle croira maintenant tous les soirs que demain, nous fêtons le Christ ressuscité.

Ô Seigneur, je n’ai qu’une demande : laisse-lui sa grande dignité, et offre-lui, quand tu jugeras le moment venu, un long dimanche heureux qui n’ait pas été précédé par un Vendredi Saint.

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