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J’aime les humbles

28 novembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

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Il y a dans notre société une propension à se présenter en mettant en avant tout ce qu’on a étudié, fait, dit, écrit. Il y a en chacun de nous le risque d’apprécier autrui en fonction de sa notoriété, de son statut social et professionnel, de son niveau de vie. Rechercher d’abord le contact avec ces gens-là. Se satisfaire, voire se glorifier quand on l’a obtenu. Personne n’est à l’abri de cette tentation.

Il y a cependant une qualité cachée qui, pour ma part, m’attire plus que toutes les autres : c’est l’humilité. Et un trait de caractère, par opposition, qui me fait fuir plus que tous les autres : c’est l’orgueil.

Devenir humble. Pour certains, c’est une disposition naturelle, et heureux sont-ils ! Les humbles sont de douce compagnie. Ils ont cette qualité d’accueil qui nous fait sentir qu’on pourrait leur apporter quelque chose, tandis que l’orgueilleux veut toujours nous instruire de sa science et de son expérience.

Pour d’autres, c’est le travail sur soi de toute une vie, et quel exemple pour leur entourage ! A l’image de Jean-Baptiste qui disait « Il faut qu’il croisse, et que moi je diminue », le chrétien qui veut mettre le Christ au centre de sa vie se dépouille peu à peu de son autosuffisance pour tout recevoir de lui, « doux et humble de cœur » par essence même.

L’humilité est la première de toutes les vertus. Celle qui peut entraîner toutes les autres. La seule à même de nous faire entrevoir la vérité de l’Evangile.

Les jours d’après

18 novembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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Poser, sur le rebord de la fenêtre, deux bougies.
Voir défiler les hommages qui se multiplient.
Me réjouir que soient en vie tous les amis dont le visage se fond dans un drapeau bleu-blanc-rouge.
Mesurer la chance de n’être pas touchée dans ma chair et mes affections par toute cette horreur.
Ramasser, avec ma fille, douze grands sacs de feuilles mortes.
Réfléchir, chercher et trouver les mots pour en parler à mes jeunes élèves, accueillir surtout leur parole et leurs questions.
Se réconforter mutuellement et se réjouir de se sentir en sécurité dans notre havre de paix niché au creux de la montagne.
Recevoir dans l’émotion, la main sur le cœur, une Marseillaise entonnée dans un stade de foot aux couleurs de notre patrie.
Faire le ménage en écoutant le requiem de Mozart. Se réjouir même de pouvoir faire le ménage.
Ressentir le besoin d’aller voir les miens, de les serrer dans mes bras, promettre de faire une longue route pour prendre la main de ma petite marraine sans famille qui me réclame tandis que la maladie la ronge.
Ne pas nier la mort, ne pas aimer la mort, ne pas se désolidariser de ceux qui meurent.
Prier.
Apprendre une naissance.
Continuer à vivre…

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Hier soir, j’ai ouvert les réseaux sociaux. J’ai lu les journaux en ligne. J’ai allumé la télé.
Hier soir, je me suis pris la réalité en pleine gueule.
Hier soir, pendant trois heures, bien au chaud dans mon lit, j’ai assisté, impuissante, à cette tragédie, tandis que des gens mouraient. Des gens que j’aurais pu connaître, des gens dont j’aurais pu faire partie.
Hier soir, pendant trois heures, dans les larmes et la peur, j’ai regardé le sang et l’horreur, et j’ai compris que l’enfer existait bel et bien, et qu’il était là, juste sous nos pieds.

Hier soir, j’ai repensé à ce concert au Bataclan auquel je suis allée il y a un an, à ces deux jours que j’ai passés seule dans ce quartier de Paris. J’ai pensé que ça aurait pu être moi, que ça aurait pu être ce soir-là. J’ai pensé à tous ces gens qui profitaient d’un vendredi soir dans la bonne ambiance d’une salle de concert, d’un stade ou d’un restaurant, à ces gens qui marchaient dans la rue pour retrouver leurs amis ou pour rentrer chez eux. À tous ceux qui n’avaient rien demandé, et à qui la vie a été arrachée.

J’ai pensé à tous ces gens cachés derrière un nombre. Le nombre de morts, de blessés, de survivants traumatisés, de familles frappées. J’ai pensé à leur histoire, à leurs projets d’avenir, à ces vies détruites à tout jamais par la folie du monde.
J’ai pensé au nombre d’évènements de cette ampleur qui se produisaient dans le monde chaque jour depuis des années, et j’ai réalisé que la guerre n’appartenait ni au passé ni à un ailleurs dont nous sommes loin, en sécurité.
La guerre est là, et elle a commencé il y a bien longtemps déjà. Elle ne s’est simplement jamais arrêtée.

Hier soir, j’ai vu mes angoisses irrationnelles de petite fille devenir réalité, et j’ai compris que l’Histoire est un cercle vicieux, inexorablement destinée à se répéter.
Hier soir, je suis tombée de fatigue, les yeux rouges et le coeur en miettes, et je me suis endormie en pensant à tous ceux qui ne se réveilleraient pas.

Aujourd’hui, j’ai ouvert les yeux en espérant que tout cela n’ait été que le plus réaliste de tous les cauchemars. Mais aujourd’hui, j’ai dû me rendre à l’évidence.
Aujourd’hui, je n’arrive même plus à penser. Aujourd’hui, j’ai la gorge serrée, le regard vide et des cernes aussi profonds que ma haine et ma tristesse.
Aujourd’hui, tout paraît dérisoire. Aujourd’hui, le quotidien me semble plus futile que jamais. Aujourd’hui, l’avenir ressemble à un trou noir, à un champ de bataille, à un paysage chaotique.

Aujourd’hui, l’espoir aussi fait partie des blessés, et sa survie est entre nos mains.

Hier soir, j’avais peur d’aujourd’hui, et aujourd’hui, j’ai peur de demain.
Mais aujourd’hui, il faut continuer à vivre, et demain, il faudra se battre, pour qu’hier ne redevienne jamais « aujourd’hui »…

J. 14 novembre 2015

Une ambiance de secte

4 novembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

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Hier soir, je suis allée au bout du paradoxe. Je me suis immergée dans ce qui m’horripile le plus à l’heure actuelle dans l’Eglise. Pour voir ça de près. Pour juger si je ne vais pas trop loin dans ce que je pense, dis et écris depuis des années.
Hier soir, c’était un moment que près de deux cents personnes attendaient. Le « direct du 3  » sur le site « Les enfants de Medjugorje ».
J’explique de quoi il en retourne pour ceux qui ne s’intéressent pas au phénomène Medjugorje. L’une des soit-disant voyantes, en l’occurrence Mirjana, dit recevoir tous les 2 du mois une apparition de la « Gospa » – censée être la Vierge Marie. Cela depuis 34 ans, avec une régularité d’horloge. La foule se presse autour d’elle. Elle tombe en extase – c’est consultable sur des vidéos sur le net – et voit l’entité qui lui parle. Suite à quoi elle délivre le fameux « message » qui sera traduit dans une quantité de langues, diffusé sur internet par le biais de nombreux sites, et rassasiera pour quelques semaines les adeptes de ces apparitions.
Le lendemain, le site francophone patronné par sœur Emmanuel, une religieuse d’un ordre charismatique, installée là-bas, propose en direct un chat d’environ deux heures avec la religieuse en question. Elle commente d’abord le « message », puis lit les questions des internautes et répond à quelques-unes (soigneusement choisies…), et enfin pleuvent des intentions de prière de la part de ceux qui sont connectés, sur une musique méditative suggérant que nous sommes déjà presque au Ciel.
Donc hier soir, stage d’immersion pour moi. Je me connecte, je m’inscris même. (suite…)

Intraduisible différence

28 octobre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Hildegarde de Bingen écrivant

Ces derniers jours, je me suis beaucoup penchée sur les commentaires consécutifs au Synode sur la famille, et j’ai lu ici ou là des articles de féministes engagées par exemple dans le « Comité de la jupe ». J’ai du respect pour ces femmes qui tentent de faire entendre leur voix, au nom des autres femmes, dans l’Eglise, mais comment dire… je n’adhère pas au ton et aux arguments, même bibliques. Et je me dis que si l’opinion et les clercs font des amalgames entre ce type de féminisme et la petite voix que j’essaie de faire entendre, j’ai encore bien du chemin à faire pour être comprise et prise au sérieux.
Tout d’abord, je constate qu’elles sont toutes fort diplômées professionnellement et en théologie. Ce n’est pas mon cas. Je n’en conçois aucun complexe d’infériorité, me former en théologie est même une sorte de refus profond, je n’ai aucune envie d’accéder à la sphère des « sages et des intelligents », et encore moins de risquer d’être formatée dans ma foi. Je regrette d’ailleurs que pour avoir la parole sur la scène religieuse, il faille pouvoir exhiber des diplômes de théologie. Les mystères de Dieu ne sont -ils pas révélés aux « tout-petits » ?
Là n’est pas ma seule différence. Je suis profondément blessée du peu de cas qui est fait dans le Magistère de la pensée des femmes, oui, mais je ne revendique certainement pas pour autant de revêtir des vêtements sacerdotaux. Je suis de celles qui ne militent pas pour l’accession des femmes à la prêtrise. Je m’en suis déjà expliquée et j’ai été fort mal comprise. Je le referai peut-être dans un autre billet.
Je peux me permettre une parole relativement libre parce que je n’appartiens  à aucun ordre religieux. Pour autant, je crois beaucoup aux vertus de l’obéissance ecclésiale, et je pense que l’on peut obtenir plus de crédit par la voie de cette obéissance que par l’affrontement direct et la dénonciation publique des insuffisances, voire des incohérences des clercs qui ont pouvoir de décision. (suite…)