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Demain

10 mars 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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Demain.
J’ai préparé ma journée de classe. Plein de choses à faire, de questions auxquelles répondre, de consignes à donner, de façons de procéder à expliquer, de « chut » à répéter, de conflits à arbitrer sans doute, de chagrins à consoler peut-être, de cahiers à corriger ensuite… Demain. Une journée ordinaire.
Et pourtant, je sais que quand j’écrirai la date au tableau, non, ce ne sera pas une date ordinaire, et que j’aurai un gros pincement au cœur.
Demain, il y aura cinq ans.
Je ne serai pas avec les miens, hélas, comme ce jour-là.
Mais nous serons tous unis dans la même pensée et la même nostalgie.
Demain, je me sentirai encore plus proche, sur le banc de récré, de ma collègue dans le deuil.
Je ferai mémoire de toi.
J’allumerai une bougie.
Je mesurerai le manque.
Je rendrai grâce pour la vie que tu m’as donnée, pour la foi en héritage, pour ton existence toute consacrée à ta famille.
Je croirai très fort que tu veilles sur nous.
Je me réconforterai en sachant que tu es bien, que tu es mieux , que tu es pour toujours…
Maman.

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J’avais glissé des livres dans ma valise. Des livres spirituels très sérieux, pour lesquels il faut du temps et beaucoup de silence. Plusieurs, parce que je ne savais pas d’avance lequel j’aurais envie de lire là-bas. A vrai dire, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de m’y plonger. Pour aucun.
Et puis une nouveauté dans les couloirs de l’hôtellerie cette année, une table, avec de la lecture. Un peu de tout, des revues, des essais, des prières, des livres d’art. Celui sur Arcabas, je l’ai feuilleté avec joie en attendant un rendez-vous. Un autre m’a souri : le beau et limpide visage de frère Roger de Taizé. « Choisir d’aimer ». Celui-là, je l’ai pris et gardé quelques jours avec moi. Un livre compilé après sa mort, retraçant sa biographie à partir de différentes sources, avec en marge à chaque page des hommages de condoléances et de nombreuses photos, quelques passages écrits de sa main aussi. Frère Roger m’a bien rendu service, j’ai échappé à mes livres très sérieux et je me suis fait plaisir à l’âme et au cœur. Vraiment, plus je le découvre, plus je m’attache à sa personne, lui qui, selon la conclusion d’un des frères de sa communauté, est mort parce qu’il était trop innocent, que la lumière qui émanait de lui avait quelque chose d’insupportable pour qui est en proie aux ténèbres. Et je suis émerveillée de l’œuvre de frère Roger, partie de rien sinon de son très grand désir de parvenir un jour à l’unité des chrétiens.
L’année dernière, dans la même chambre, presque, je lisais « L’esprit de Tibhirine » de frère Jean-Pierre, le dernier rescapé, et Nicolas Ballet.
Et cette idée me plaît.
Avoir lu ces deux livres-là, là-bas, pendant ma retraite spirituelle. Y avoir perçu ce souffle qui m’habite en permanence : Dieu est au-delà des cadres étriqués, des religions trop normatives, des catéchismes et des lois canoniques. Le Père contemple avec amour tous ses enfants. Le Christ ouvre ses grands bras pour les attirer tous à lui. L’Esprit gémit de ne parvenir à les rassembler plus vite dans l’unité, mais par petites touches humbles comme une flamme de bougie à Taizé, comme une vocation cistercienne à Midelt au Maroc, il tisse des liens, ténus d’abord, mais qui finiront par l’emporter sur la blessure des divisions. C’est ce que j’espère, de tout mon être.

Eclats de lumière

8 mars 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

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Il y a d’abord le trajet, entre déluge et soleil, et une belle église aux vitraux lumineux visitée.
Une halte familiale, sourire dans les yeux et le cœur. La basilique de la Visitation sous un grand ciel bleu.
Puis le vallon enneigé, le froid qui pique, l’accueil plus que chaleureux.
La chambre, simple et agréable, le petit bouquet sur le bureau ; au mur, deux icônes. La petite fenêtre de toit qui donne sur la Sambuy, étincelante les jours de soleil.
Et puis cette église sobre et belle, dans laquelle je me ressource profondément année après année. Attendre qu’ils arrivent dans leurs longues coules blanches, qu’ils se glissent dans leurs stalles, que leurs voix si belles montent dans le chœur et transfigurent les lieux. Prier avec eux, loin du monde, pour le monde.
Croiser son regard, goûter son petit signe de la main.
Prendre le temps enfin, pour lire et méditer, se reposer et prier, marcher dans ce décor pur, sanctifié depuis presque un millénaire par la prière et le labeur des humbles serviteurs du Christ. N’écouter que le bruit des cascades et le silence de la neige. Intercéder.
Goûter la musique pendant les repas en silence, la simplicité des échanges pendant la vaisselle.
Et puis ces instants de pure grâce et de bonheur. Un petit parloir, la porte qui se referme sur notre complicité et notre respect mutuel. Ses riants yeux bleus disent la joie, la compréhension et la compassion, la sollicitude, l’espérance éclatante, l’écoute bienveillante qui se fait un peu plus laborieuse, le grand âge venant… Dans un parloir, un petit coin de ciel. La gravité qui n’exclut pas les rires. La certitude que tout l’échange restera porté dans la prière.

J’ai quitté le vallon baigné de lumière. Mais elle m’emplit encore tout entière.

Passer le Rhin

28 février 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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Née à proximité de trois frontières, je me suis toujours dit que c’était une chance. L’ailleurs était tout près. On passait une douane – et il fallait s’y arrêter à l’époque – et quelque chose changeait. La langue, la façon de se nourrir, les panneaux routiers, l’architecture… Mes grands-parents et mes parents avaient beau raconter souvent d’amers souvenirs des deux guerres, il n’y avait pas chez nous de haine de l’Allemand. Bien au contraire. Très tôt, ce fut pour moi une terre amie, une terre d’amis. J’aimais aller là-bas, dans cette famille que j’avais un peu faite mienne, où j’apprenais à me débrouiller dans cette langue apprise consciencieusement dès le collège, j’aimais m’asseoir à côté de ma correspondante et l’écouter jouer du piano, c’était une virtuose. Que de bons moments passés ensemble, jusqu’à l’âge adulte qui nous unit toujours dans l’amitié !

Je me suis éloignée de cette portion-là de la frontière, mais rapprochée du Rhin. Le Rhin calme et majestueux, qu’il suffit de passer pour être un peu dépaysée déjà, l’urbanisation plus poussée, les espaces verts soignés, les vélos, le Kaffee-Kuchen de l’après-midi, la langue jamais oubliée qu’il faut réutiliser.

Nous avons trouvé un prétexte à passer le Rhin régulièrement : tous les produits d’hygiène sont là-bas considérablement moins chers. Alors on fait le plein pour quelques mois, et on profite de la sortie pour se balader au bord du fleuve impressionnant, dans son roulis tranquille qui semble nous dire que les conflits sont définitivement passés et que des nations jadis ennemies peuvent donner l’exemple d’une réconciliation toujours possible, d’un pont jeté entre deux cultures qui ne demandaient qu’à se rencontrer.

Minna

26 février 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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Quand j’avais 16 ans, elle a été ma revanche sur mon enfance sans musique. Toujours ces rêves de jouer du piano, et pas de marge pour ça dans le budget très serré de mes parents.
Un jour, ma sœur, déjà salariée, est rentrée à la maison avec une guitare. Elle savait jouer quelques accords. J’étais éblouie : « Apprends-moi ! »
Je l’attendais tous les week-ends pour pouvoir m’entraîner sur le précieux instrument.

Il y avait là une très vieille Renault 4 sur laquelle mes trois sœurs avaient fait leurs premières armes après leur permis.
« Elle ne tiendra pas jusqu’à ce que tu aies le tien », avait opiné mon père.
Elle fut vendue. Toujours par souci d’équité, mon père décréta : « Il y a deux personnes à laquelle elle n’a pas servi : ta mère et toi. Je vous partage le prix de la vente. »
Avec les quelques centaines de francs, je me suis acheté ma guitare. Emerveillement ! Une guitare classique à sonorité espagnole, qui devint ma compagne privilégiée pendant des années. Je lui donnai un prénom : Minna. J’empruntais les cahiers de chants de colo de mes sœurs et je recopiais patiemment à la main les paroles et les accords. De ma chambre résonnaient chaque jour les chansons de Moustaki, Brassens, Le Forestier, Hugues Aufrey… Je prenais aussi quelques conseils auprès de mes amies qui apprenaient la guitare classique et je m’entraînais à grand peine, seule, sur les méthodes pour débutants. J’avais mes morceaux favoris sur lesquels je revenais encore et encore, avec opiniâtreté.
Après-midis à chanter entre copines, veillées de colo, accompagnement des séances de chant de mes premiers élèves, quelques messes… Minna m’accompagnait dans mes sorties.
Et puis il y a eu les enfants. La guitare sortie de sa housse, toute désaccordée, de plus en plus rarement. L’habitude perdue. Le sentiment de ne plus savoir. (suite…)