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« Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai horreur de votre encens. » Isaïe 1, 13

13 juillet 2020 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Écoutez la parole du Seigneur, vous qui êtes pareils aux chefs de Sodome ! Prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, vous, peuple de Gomorrhe !
Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir.
Quand vous venez vous présenter devant ma face, qui vous demande de fouler mes parvis ?
Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai horreur de votre encens. Les nouvelles lunes, les sabbats, les assemblées, je n’en peux plus de ces crimes et de ces fêtes.
Vos nouvelles lunes et vos solennités, moi, je les déteste : elles me sont un fardeau, je suis fatigué de le porter.
Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang.
Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.
Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve.

Isaïe 1,10-17
Textes liturgiques©AELF

J’imagine d’ici la fureur des gardiens de la religion juive à la proclamation du prophète Isaïe ! Ce sont en effet des paroles difficiles à recevoir pour les prêtres de la première Alliance et leurs fidèles.
Souvent, les prédicateurs chrétiens manient l’auto-satisfaction en commentant de tels versets : nous autres chrétiens serions les bons héritiers de la révélation divine déjà achevée dans l’avènement, la mort et la résurrection du Christ. Nos messes et nos cultes seraient agréables à Dieu par opposition aux antiques fêtes juives ici décriées par le prophète.

J’ai écrit il n’y a pas très longtemps que Dieu était peut-être tout aussi las de nos célébrations chrétiennes que des dévotions juives de ce temps. Je n’ai pas été comprise. On a si vite fait de donner dans l’angélisme du bon chrétien qui rend le bon sacrifice à Dieu ! Et disant cela, j’inclus toutes les branches du christianisme, qui ont d’ailleurs tôt fait de se dénigrer les unes les autres !

Eh bien, je le réaffirme aujourd’hui au nom de ma très grande intimité avec le Dieu Trinité : nos offrandes lui sont de plus en plus vaines. Nos encens finissent par lui donner la nausée.

Nous avons vécu et vivons encore, dans le monde entier, la grande épreuve de la pandémie de Covid-19. Pendant les semaines de confinement, partout, les chrétiens habituellement pratiquants ont imaginé de nouvelles façons d’échanger sur la Parole de Dieu, de partager leur foi, de poursuivre vaille que vaille leurs œuvres de charité. Pendant ce temps, un certain nombre de prêtres et de pasteurs jugeaient indispensable de se filmer célébrant la messe ou le culte sans assemblée, prêchant avec l’autorité qu’ils s’attribuent. Comme beaucoup de pratiquants catholiques ou protestants avec lesquels j’échange sur les réseaux sociaux, j’espérais qu’après cette expérience tout à fait inédite du confinement et de la proscription de tous les cultes, quelque chose changerait dans nos églises. J’osais caresser l’espoir que les fidèles seraient davantage mis à contribution dans messes et cultes pour commenter la parole de Dieu, que nos célébrations deviendraient plus participatives, que nous serions en quelque sorte sondés pour savoir comment nous avions vécu ce long carême ecclésial et pris en compte pour ce que nous souhaitions construire ensemble à sa sortie : quelque chose de neuf, de moins figé, de moins centré sur le prêtre ou le pasteur. Et j’ai espéré aussi que nous autres femmes serions appelées à sortir enfin de nos rôles de servantes silencieuses.

La reprise des messes – je m’exprime maintenant en tant que catholique – m’a davantage fait l’effet d’une douche froide que d’une exultation de retrouvailles. Etouffant sous un masque et l’odeur du gel hydroalcoolique, nous avons rejoint une place sécurisée par une gommette de distanciation sociale, nous avons pu chanter uniquement les refrains et couplets connus par cœur par carence de livrets de chants, et pour le reste, tout a repris comme avant. La parole au prêtre, l’écoute passive aux fidèles. Dans ma paroisse, je dois dire que j’ai été choquée qu’il ne soit même pas fait mention de nos amis fauchés pendant le confinement, et qui étaient nombreux, par la mémoire de leurs noms et une bougie allumée pour chacun, comme on le fait à la Toussaint. Il manquait pourtant à l’appel des paroissiens parmi les plus fidèles. Tout s’est en fait passé comme s’il fallait à tout prix reprendre tout comme avant, les mesures sanitaires contraignantes et dépersonnalisantes en plus.

Je dois dire que j’éprouve depuis un mois et demi de reprise des célébrations une sorte d’acédie, oh non pas de ma relation à Dieu qui est forte et vibrante, mais de cette liturgie immuable et presque aliénante. La joie et le partage finissent par n’être plus que des mots, notre expérience de Dieu pendant cette longue traversée épidémique qui a été si cruelle en terme d’angoisse et de deuils dans le Grand Est est niée. Nous voilà de nouveau assignés à une place dans un banc à écouter le prêtre comme un oracle.

J’ajoute sans malice, comme beaucoup d’observateurs le font, que l’Eglise a dû voir dans la pandémie une opportunité de mettre en sourdine la crise des abus sexuels et spirituels.
C’est une grande naïveté de croire qu’elle peut ainsi se refaire une virginité. Les crimes et les blessures indélébiles demeurent, rien n’est résolu, et cette sorte de fuite en avant depuis fin mai ne nous expose qu’à de plus grandes désillusions. Enfin je me dis que si la pratiquante fidèle que je suis, avec ma grande dévotion à l’eucharistie et mon amour au-delà de tout pour la personne de Jésus, entre peu à peu en acédie liturgique, combien plus les pratiquants occasionnels et en recherche vont-ils déserter les églises devant cette forme de surdité aux besoins et charismes profonds des fidèles dont elles font preuve !

Alors oui, les oracles d’Isaïe me semblent aujourd’hui d’une actualité saisissante : Dieu trouve peut-être bien vaines nos offrandes, même eucharistiques, et prend en dégoût l’odeur de l’encens à l’heure où le chrétien de base est nié dans sa grande liberté et maturité d’enfant du Père.

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9 commentaires

  • Catherine Grasswill says:

    Merci pour votre commentaire de la Parole d’Isaïe que j’apprécie…
    Nous sommes une petite communauté de 3 religieuses catholiques et ce temps de confinement a été pour nous l’occasion d’avoir un temps de célébration communautaire, particulièrement le dimanche, développé avec le déroulement de la messe, mais prenant le temps de vivre chaque moment intensément, demande de pardon, partage de la Parole, intercessions incarnées dans notre vie, dans notre monde, chants, adoration du Mystère de l’Incarnation d’un Dieu qui s’est fait homme au milieu des humains (chartisme de notre congrégation)… Déception de revenir à la paroisse dans une célébration stéréotypée avec une homélie très formelle de la part du curé qui est très gentil, mais sans odeur, ni saveur… sauf le pain de Vie… et encore, il perd son goût d’humanité lorsqu’il n’est pas « pétri au quotidien » comme le dit si bien Robert Lebel dans une de ses chansons… Merci !

    • Véronique Belen says:

      Merci beaucoup pour votre commentaire ma sœur, demeurons en communion de prière pour tenter de faire bouger certaines lignes dans notre Eglise !
      Bien à vous,



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