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« Malheureux êtes-vous, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter » Luc 11, 46

17 octobre 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Jésus disait : « Malheureux êtes-vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme sur toutes les plantes du jardin, comme la menthe et la rue, et vous laissez de côté la justice et l’amour de Dieu. Voilà ce qu’il fallait pratiquer, sans abandonner le reste. Malheureux êtes-vous, pharisiens, parce que vous aimez les premiers rangs dans les synagogues, et les salutations sur les places publiques. Malheureux êtes-vous, parce que vous êtes comme ces tombeaux qu’on ne voit pas et sur lesquels on marche sans le savoir. »

Alors un docteur de la Loi prit la parole : « Maître, en parlant ainsi, c’est nous aussi que tu insultes. » Jésus reprit : « Vous aussi, les docteurs de la Loi, malheureux êtes-vous, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes, vous ne touchez même pas ces fardeaux d’un seul doigt. »

Luc 11, 42 – 46

Pour commenter cet Evangile, je ne voudrais pas prendre un raccourci facile : transposer toutes les paroles de Jésus sur les représentants d’aujourd’hui dans l’Eglise. Tel n’est pas mon propos. Je connais des prêtres admirables, j’ai un profond respect pour bien des évêques dont la tâche est lourde mais qui s’en acquittent avec coeur, et quand je me plonge dans la lecture d’une homélie ou d’un livre de Benoît XVI, je suis émerveillée par sa foi et la profondeur de sa connaissance théologique et ecclésiale.

J’aimerais simplement revenir sur la dernière phrase de cet extrait :
« Vous aussi, les docteurs de la Loi, malheureux êtes-vous, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes, vous ne touchez même pas ces fardeaux d’un seul doigt. »

Et là je pense aux femmes de tous les temps et de notre siècle, dont je suis, et qui souvent se sentent incomprises voire stigmatisées par des enseignements de l’Eglise qui les chargent de pesants fardeaux, tous décidés par des hommes, qui ne sont pas dans l’intime de leur vie, de leur corps, et manquent de bien des éléments pour comprendre ce qu’ils leur demandent.

Ainsi, je suis bien consciente que ce qui a éloigné en masse les femmes de l’Eglise depuis une quarantaine d’années, ce sont les recommandations implacables sur la contraception. J’ai rencontré des catholiques sincères qui voulaient se conformer aux enseignements de l’Eglise à la lettre, qui vantaient la méthode Billings (qui leur avait quand même donné, notons-le au passage, six enfants…), qui se sentaient meilleures chrétiennes parce qu’elles avaient de très nombreux enfants et donnaient ainsi toutes les apparences de familles bien catholiques. Nous connaissons tous de ces exemples.

Or, je suis une femme née au vingtième siècle, et comme toutes mes soeurs en humanité, je sais comme il est important pour nous de nous instruire, de faire des études, et frustrant d’avoir un métier pour ne pas l’exercer parce qu’on a une famille trop nombreuse. J’ai vécu cinq ans au foyer, en congé parental pour mes trois enfants, et je me connais assez bien pour pouvoir dire que ces années – que pour autant je ne regrette pas – ont été les plus difficiles de ma vie. Perte de vie sociale, surabondance de tâches domestiques car quand la femme est au foyer, le mari ne s’y investit plus, déliquescence de la relation de couple quand l’un revient avec ses expériences professionnelles à raconter et que l’autre, entre couches et ménage, se sent inutile socialement, et ne reçoit plus de son conjoint aucun regard valorisant.

Et encore n’ai-je eu que les trois enfants que j’ai chacun profondément désiré et aimé. Féconde comme je l’étais, j’aurais pu en avoir dix si j’avais voulu me fier à une méthode de régulation des naissances naturelle, que mon conjoint n’aurait d’ailleurs pas du tout acceptée.

L’Eglise pose des exigences, mais elle devrait aussi faire preuve de réalisme : en occident aujourd’hui, on vit très difficilement avec un seul salaire par famille. Toute la société, que ce soit de l’habitat aux voitures et aux lieux de vacances, n’est pas prévue pour les familles nombreuses. Donner un avenir à ses enfants en finançant leurs études revient excessivement cher. C’est déjà dur avec trois, alors avec six et plus ?
En outre, vivons-nous encore à une époque où, écologiquement parlant, il est souhaitable et même possible à long terme d’avoir autant d’enfants ?
Et qu’en est-il du vécu de la femme dans tout cela ? Ceux qui édictent les lois de l’Eglise ont-ils jamais vécu les neuf mois d’une grossesse qui ne se passe pas forcément bien, les semaines épuisantes pendant lesquelles il faut se lever plusieurs fois par nuit pour allaiter, toute cette attention de tous les instants jusqu’à ce que les enfants quittent le nid ?

Enfin, je voudrais souligner un dernier point : on considère généralement que la contraception, c’est l’affaire des femmes. Or, l’expérience de toute ma vie, tous mes dialogues avec des femmes me conduisent à comprendre que ce sont très souvent leurs compagnons qui leur refusent un enfant, quand bien même elles en désireraient un. Certains même les quittent à cause d’un enfant. Et alors, de quoi vivrions-nous si nous n’avions pas un métier ?

Je constate avec tristesse que dans notre société déchristianisée, quand on évoque la foi catholique, on pense aussitôt morale sexuelle et familiale, perte de liberté sur ces questions, retour des femmes au foyer (c’est un discours récurrent chez les traditionalistes).

Et moi j’ai envie de dire : non, l’Evangile, c’est bien autre chose que seulement ça, et il y a bien pire péché dans la vie que d’avaler une pilule anticonceptionnelle.

Image :  Jésus parmi les docteurs de la Loi   Albrecht Dürer

 

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2 commentaires

  • André BONDU says:

    Je te reconnais, Véronique, toujours présente pour défendre avec mesure et beaucoup d’ intelligence la cause des femmes, et Dieu sait si, dans le cas, présent, tu as raison, la question de la contraception étant autant une affaire d’ hommes que de femmes ! Ainsi, en ce qui nous concerne, ma femme et moi, je ne vois pas comment nous aurions pu faire autrement que de décider ensemble de notre comportement et du nombre de nos enfants !
    Mais voilà, les hommes disent à leur femme : Je te fais confiance, je compte sur toi; Tu sais que je ne veux pas d’ autres enfants, ou seulement plus tard …
    Combien d’ hommes, aussi, qui couchent avec plusieurs femmes ( c’ est un euphémisme !), ne ne préoccupent jamais des conséquences de leur comportement;;;
    Combien en ai-je entendu dire, entre hommes : je ne sais si j’ ai laissé des enfants ici ou là, mais, de toute façon, je ne veux pas le savoir.
    Et il en résulte que, même dans les milieux cléricaux, la question de la contraception est, souvent, considérée comme une affaire de femme !
    Je suis sidéré de constater l’ hypocrisie qui existe dans l’ Eglise à ce sujet; car combien de femmes catholiques prennent la pilule ou utilisent des moyens contraceptifs, souvent avec l’ accord de leur confesseur. Et d’ autres, comme tu l’ écris, se sont éloignées de l’ Eglise ou des Sacrements !
    Et, malgré cela, tout le monde fait comme si on ne le savait pas, comme si cela n’ existait- pas, comme s’ il n’ y avait pas problème en la matière !

    Tout le monde sait que, avant de publier l’ encyclique Humanae Vitae, Paul VI avait réuni une commission de théologiens et de spécialistes qui a travaillé longtemps et a fini par conclure avec une voix de majorité à la licéité de la contraception dans certaines conditions. Or qwuelle ne fut pas a surprise générale, à la sortie de l’ Encyclique, de constater que le pape avait pris la position inverse sans en prévenir personne; Je fréquentais à l’ époque des milieux de théologiens et je vis leur étonnement incrédule.!

    Un théologien essaya, un jour, de m’ expliquer que deux situations se présentait selon les types de pilules : celles qui empêchaient le spermatozoïde ( gamète mâle) de féconder à l’ ovule
    ( gamète femelle) et- celles qui détruisaient après la fécondation, ce qui expliquait que les premières pouvaient être permises et les secondes non. C’ est, peut-être très concevable intellectuellement, mais un peu spécieux; De toute façon, je n’ entends plus du tout parler de cette distinction, sinon au moment où a été lancée la pilule du lendemain !

    Avant même la parution d’ Humanae Vitae, j’ ai deux cas personnels qui m’ ont beaucoup interpelé après coup. Il s’ agit de ma;mère et de ma femme, qui, à 25 ans de distance, ont eu une hémorragie en cours de grossesse. L’ une comme l’ autre furent prises en charge par un bon médecin très catholique qui, dans l’ un et l’ autre cas, laissa mon père et ma mère, et ma femme et moi dans l’ expectative pendant environ une semaine, comme s’ il ne voyait- pas comment stopper cette hémorragie qui devenait dangereuse pour la santé des patientes, jusqu moment ou les deux médecins ont dit, toujours, à 25 ans de distance, qu ‘ils ne pouvaient plus rien et qu ‘il fallait les hospitaliser. Et ce n’ est qu’ à l’ höpital que j’ ai su que, dans les deux cas, il s’ agissait tout simplement d’ une fausse couche et qu ‘il suffisait de pratiquer un curetage. Et j’ ai compris que les deux médecins ne voulaient pas prendre la responsabilité de supprimer le foetus, alors qu ‘ils savaient pertinemment qu’ il était, de toute façon, perdu et qu’ en attendant ainsi, ils prenait la responsabilité de laisser, aussi, mourir les mamans !
    A l’ hôpital de Cholet on a dit à ma mère, après coup, qu ‘on avait vu un cas plus grave que le sien, et, quand elle demanda ce qu ‘il était advenu de la femme, l’ infirmière répondit qu’ elle était morte. Et à la clinique privée de Paris, on nous a soupçonnés, ma femme et moi, d’ avoir voulu pratiquer un avortement clandestin et d’ avoir attendu trop longtemps avant de faire hospitaliser ma femme !

    Dernier point très important qui m’ interpelle : Comment l’ Eglise peut- elle affirmer avec tant de sûreté d’ elle-même qu’ il y a un être humain dès l’ instant même de la conception, alors qu’ elle ne s’ intérêt en aucun cas aux foetus qui partent dans les déchets des hôpitaux après des fausses couches. Ils ne sont pas, pour Elle, des êtres humains, dans ce cas ?
    L’ une de mes filles a perdu son enfant après quatre mois de grossesse. C’ est la gynécologue qui lui a annoncé qu ‘il était mort dans son ventre. et( qu ‘il partirait naturellement sans qu’ elle ait à s’ en préoccuper. J’ ai demandé à un prêtre ce que l’ Eglise envisageait quand un foetus de quatre mois mourrait, Il m’ a répondu que l’ Eglise ne s’ en préoccupait que, loirsque l’ enfant sortait naturellement du ventre de sa mère, vivant ou mort.. Et il était tout étonné de ma question et de mon propre étonnement !
    Si le foetus est un être humain dès l’ instant de sa conception, il doit être considéré et respecté comme tel, même s’ il meurt dans le ventre de sa mère !

    Merci, Véronique, par ton questionnement, de m’ avoir donné l’ occasion de dire tout ce que j’ avais, depuis très longtemps sur le coeur, sur un sujet aussi grave !
    Bien à toi.

    André
    .

    • Véronique says:

      Je te lis avec intérêt et émotion, André, et d’autant plus de respect que tu as 85 ans et que tu nous prouves par là qu’une certaine déconnexion des exigences de l’Eglise avec la réalité ne date pas d’hier.

      La pilule contraceptive – à part la « pilule du lendemain » – empêche l’ovulation, et de ce fait il n’y a jamais d’expulsion d’un embryon humain à quelque stade de formation qu’il soit. Je ne vois donc pas en quoi la prendre est une atteinte à la vie. Certaines femmes espèrent pendant longtemps une grossesse, ont de faibles chances de tomber enceintes. D’autres sont tellement fécondes qu’elles pourraient avoir un enfant par an. C’était mon cas. Sans la pilule contraceptive, je me serais exposée à chaque cycle à l’éventualité d’avoir un enfant. J’ai trop entendu ma mère toute ma vie se plaindre de ses grossesses rapprochées pour avoir envie de vivre la même chose… et risquer de tenir un tel discours à mes enfants.

      Quant aux méthodes naturelles de régulation des naissances, elles sont très aléatoires, notamment pour les femmes qui ont des cycles irréguliers, et elles sont nombreuses.

      Pour toutes ces raisons, ils eût été bon d’écouter les femmes avant de mettre des notions culpabilisantes de péché là où il n’y avait peut-être pas lieu d’en mettre…

      Je précise que j’ai acheté un jour un petit guide récent de la préparation à la confession édité par l’Emmanuel, et qu’il y était spécifié qu’on devait confesser avoir eu recours à la contraception.



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