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Homélie pour le 3ème dimanche de Carême 2014 par Raphaël Devillers, dominicain

23 mars 2014 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Exode17, 3-7
Psaume 94
Romains 5, 1-2.5-8
Jean 4, 5-42

LA RENCONTRE, LIEU D’EVANGELISATION

La rencontre au puits : Une scène toute simple mais d’une profondeur inépuisable. Un chef-d’œuvre. Tout commence par la rencontre de deux pauvres. Jésus fuit la police qui a arrêté son maître, Jean-Baptiste ; après des heures de marche, il est épuisé ; ses disciples sont partis au village et il est seul ; le soleil est au zénith et il meurt de soif. La femme aussi est une pauvre assoiffée ; elle n’est pas heureuse en amour ; elle évite le mépris des autres femmes qui viennent toujours au puits le matin.
Jésus arrive donc à une ville de Samarie où se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.- – Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Leurs routes se croisent au puits, là où il y l’eau donc la vie. Intriguée par ce voyageur inconnu, sans un mot, la femme accroche sa cruche à la corde et la remonte ruisselante. Tout à coup, contre tous les usages du temps, il l’interpelle : « Donne-moi à boire ». Le Fils de Dieu implore une pécheresse !
Première étape du chemin de foi : écouter l’appel du pauvre étranger qui est en manque, ne pas être une Eglise sûre d’elle-même, qui a tout, qui sait tout, enfermée dans ses certitudes ; partager ce que l’on a, dépasser les frontières, les conditions ethniques, sociales ou religieuses.

2ème étape.
Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. – Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? – Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle.
Certes comme les animaux, les humains ont besoin d’eau et leur soif est toujours renaissante mais au-delà des besoins matériels, ils sont habités par un immense désir, celui de la vraie Vie, et ils ne peuvent l’étancher par eux-mêmes. Cette Vie est comme une eau extraordinaire : on ne peut l’avoir par ses propres moyens, il faut la demander, prier pour la recevoir, et dans le cœur qui s’ouvre au « Don de Dieu », c.à.d. l’Esprit, elle devient comme une source intérieure qui jaillit en joie et bonheur.

3ème étape.
Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. – Va, appelle ton mari, et reviens. – Je n’ai pas de mari. – Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. – ??…Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
La femme demande, et c’est bien, mais elle comprend ce don de Jésus comme un remède magique, une façon miraculeuse d’échapper aux labeurs. Or on ne met pas Dieu à son service pour se faciliter la vie, s’épargner les corvées, soulager ses peines. L’Esprit de Dieu, c’est l’amour : donc en l’interpelant sur son époux, Jésus veut hisser la femme au niveau supérieur : de l’eau matérielle à la soif d’amour.
Atteinte dans sa faiblesse, la Samaritaine pourrait couper court à la conversation, arrêter les échanges avec cet inconnu qui s’introduit dans sa vie privée. Mais avec sincérité, elle passe aux aveux : oui, je cherche l’amour sans le trouver, sans être capable de le vivre en fidélité. Et Jésus, au lieu de l’accabler de reproches, la félicite de sa franchise. En effet, le don de Dieu n’est accordé qu’aux pauvres, à ceux qui reconnaissent leurs échecs. « Tu dis vrai » : la confession est indispensable.
Dévoilée, la femme est de plus en plus intriguée par cet homme qui perce ses secrets : serait-ce un prophète, un envoyé de Dieu ? En ce cas il peut sans doute répondre à un gros problème qui séparait Juifs et Samaritains : où trouver Dieu : au temple de Jérusalem ou à celui du mont Garizim ? Ainsi la catéchèse de Jésus peut passer à l’étape supérieure.

4ème étape.
– ??…Seigneur, je vois que tu es un prophète !…Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.
– Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
– Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. – – Je le suis, moi qui te parle. »
Jésus signe la fin de la rivalité des lieux saints : il n’y a plus d’endroits sacrés, de pèlerinages, de «terre sainte». Dieu est là quand le pauvre, assoiffé d’amour, reconnaît sa misère et demande à Jésus le don de l’Esprit pour être en communion avec le Père. Il est pardonné par Jésus, l’eau de l’Esprit coule en son cœur telle une source inépuisable et elle le porte en communion de vie avec un Dieu proche. « En Esprit et en Vérité » – l’Esprit-Saint et Jésus le Christ – il devient enfant du Père. Dieu est là où il est.
Découverte stupéfiante ! La source devient fleuve de joie qui déborde en désir de partage : éblouie, la femme est prise par la soif de partager. La rencontre devient mission.

5ème étape.
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » . Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui…. Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Il leur dit : « Pour moi ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre… Levez les yeux et regardez les champs dorés pour la moisson……. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Les disciples affamés, de retour avec les provisions, se mettent à manger. Mais Jésus leur apprend à passer d’un pain à l’autre. « Levez les yeux » ; voyez ces villageois, alertés par la femme et en train de descendre la pente du mont. C’est le temps de la « moisson » : la femme nous a envoyé ces gens, accueillons-les, annoncez-leur le Royaume, faites avec ces gens ce que Jésus a vécu avec la femme et ainsi ils seront désaltérés, « nourris » en accomplissant la volonté du Père.
Admirons le comportement de la femme, modèle missionnaire. Elle laisse là sa cruche : on ne peut s’encombrer lorsqu’on se découvre la tâche la plus capitale à remplir. Elle va à la rencontre des gens, elle les invite à faire la même découverte qu’elle : un homme qui serait plus qu’un prophète, peut-être le Messie, et qui sans colère, offre l’eau de la Vie aux cœurs les plus souillés. Elle n’impose pas une certitude mais glisse une question : « Ne serait-ce pas …..??? », et elle invite : « Venez voir… ».
Enfin le missionnaire s’efface : il n’est pas un intermédiaire qui s’interpose. Aux autres de faire la même rencontre, d’entrer dans le même dialogue, de demander l’Eau de l’Esprit, de croire.

Quelle page éblouissante ! Quelle invitation à nous interroger : envie des biens, faim de possessions ou soif de Vie ? A méditer sur les chemins marqués des échecs de l’amour. A faire une nouvelle rencontre avec cet « homme » qui a besoin de nous, ce « prophète » qui nous connaît sans nous condamner, ce « Messie » qui vient nous sauver en ouvrant au plus profond de nos cœurs une source qui désaltère pour toujours.
A Pâques, nous serons près de son Cœur transpercé d’où s’écoule l’eau de la Miséricorde divine, et Marie, une Magdaléenne, nous apprendra à nous désaltérer de Jésus ; pleins de joie, nous inviterons les hommes à venir à lui, le Vivant, Source de Vie.

Source : http://www.precheurs.eu/index.php/homelies2

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