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« Par quelle autorité fais-tu cela ? » Marc 11, 28

2 juin 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques
Jésus et ses disciples reviennent à Jérusalem. Et comme Jésus allait et venait dans le Temple, les chefs des prêtres, les scribes et les anciens vinrent le trouver.
Ils lui demandaient : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou bien qui t’a donné autorité pour le faire ? »
Jésus leur dit : « Je vais vous poser une seule question. Répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? Répondez-moi. »
Ils faisaient en eux-mêmes ce raisonnement : « Si nous disons : ‘Du ciel’, il va dire : ‘Pourquoi donc n’avez-vous pas cru à sa parole ?’ Mais allons-nous dire : ‘Des hommes’ ? » Ils redoutaient la foule, car tout le monde estimait que Jean était réellement un prophète.
Ils répondent donc à Jésus : « Nous ne savons pas ! »
Alors Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. »

Marc 11, 27 – 33

C’est une constante dans l’Evangile, Jésus ne parcourt pas la Galilée, la Samarie  et la Judée en lançant à la cantonade : « Je suis le Fils de Dieu, écoutez-moi tous, j’ai des choses importantes à vous dire de sa part ! »

Non, jamais il ne fait cela. Et quand l’étau se resserre autour de lui et qu’on veut le prendre en défaut – dans le but bien sûr de l’accuser de blasphème et de le mettre à mort, ce n’est jamais pour écouter sa parole que les chefs des prêtres, les scribes et les anciens se pressent autour de lui – il contourne habilement leurs questions et les renvoie à leurs propres contradictions, plutôt que d’annoncer ouvertement sa messianité. Pour cet épisode-là, ses persécuteurs devront s’en retourner sans avoir obtenu ce qu’ils souhaitaient, ce qui ne fera qu’accroître leur ressentiment vis-à-vis de Jésus.

Je pense que dans ce passage d’Evangile, il y a beaucoup à apprendre pour les temps présents. De nos jours se lèvent quantité de « prophètes » et de « mystiques » qui annoncent le pire comme le meilleur, mais qui commencent toujours, pour l’annoncer, par relater publiquement leur relation privilégiée à Dieu, comment il s’est révélé à eux, comment il leur parle, comment il leur annonce leur « élection divine ». Ces gens prolifèrent ces dernières décennies, donnent des conférences, convient des adeptes dans des « sanctuaires », écrivent des livres fleuves dans lesquels Dieu le Père ou le Fils – et bien souvent ils confondent les deux…- parlent au style direct, avec force admonestations, menaces, et beaucoup de narcissisme, on y voit Jésus répéter sans arrêt Moi, Moi, Moi…

Comment leurs adeptes peuvent-ils être aussi naïfs, aussi ignorants des Ecritures pour ne pas voir que c’est là tout le contraire de la façon de faire du Christ ? Jésus a une Parole à nous donner, il ne matraque pas son auditoire par sa condition de Fils de Dieu, et je ne serais même pas étonnée qu’aucun de ses disciples n’ait su, de son vivant, qu’il était né d’une vierge, conçu de l’Esprit Saint. Jamais Jésus ne s’en glorifie, jamais. Il y fait simplement quelques allusions discrètes, au bon moment, quand il est en confiance, et jamais pour se justifier. Si nous le savons, nous, c’est notamment par le prologue de l’Evangile de Jean, qui a été écrit longtemps après la résurrection de Jésus, quand Jean avait atteint toute la maturité de sa foi de disciple « que Jésus aimait. » Ne doutons pas un seul instant qu’il ait été profondément inspiré par l’Esprit Saint au moment de le mettre par écrit.

J’ai de la colère contre ces faux mystiques, ces faux prophètes. D’autant plus qu’ils s’authentifient les uns les autres. Comme par hasard, lorsqu’on va sur le site consacré à l’un, on tombe sur des liens renvoyant vers les autres. Et très souvent, ils envoient leurs adeptes sur les lieux de fausses apparitions. Leurs livres écrits au style direct semblent parler de Dieu, mais c’est un endoctrinement subtil qui finit par détourner de la vérité des Ecritures elles-mêmes. Quand ils ne se vantent pas tout simplement d’avoir réécrit l’Evangile plus vrai que celui du canon des Ecritures.

Ils font perdre un temps considérable à l’Eglise, car réunissant des adeptes autour d’eux, ils veulent se donner les apparences de la sainteté en célébrant la messe, en créant même des communautés. L’Eglise ne peut pas laisser ces dérives se faire sans les contrôler, et elle va se perdre pendant des années dans un discernement qui ne suffira pas à détourner les plus naïfs de leur croyance en ces prophètes qu’ils idolâtrent.

C’est un cancer qui ronge l’Eglise de l’intérieur.

Leur argument ultime sera toujours : « Il y a des conversions, des retours à la foi, de la pratique, de la pénitence, donc cela ne peut pas venir du Mauvais. »

Et pourtant si.

Il suffit de comparer le Jésus humble des Evangiles et le Jésus narcissique de ces faux prophètes, eux-mêmes pleins de fausse humilité, et on verra bien d’où leur viennent leurs « locutions ».

Image : Les pharisiens questionnent Jésus  James Tissot

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