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Une compétence que je revendique

8 juin 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Depuis une vingtaine d’années, je mène une lutte à laquelle peu de personnes s’intéressent, ou du moins se montrent capables d’une compétence dans ce domaine. Il s’agit d’être apte, dans une âme – à commencer la sienne propre – à distinguer ce qui relève du spirituel de ce qui relève du psychiatrique. Ces deux domaines se rencontrent forcément, voire s’affrontent, mais je n’ai jamais été en présence d’une personne qui soit capable d’y entendre quelque chose. Il est d’ailleurs caractéristique que l’Eglise catholique, pendant des décennies, ait fait appel à Tony Anatrella pour les questions « psy » qui posaient problème à l’Eglise, sans que cette personne ait les qualifications ou l’expérience requises. Aujourd’hui, nous savons qu’il s’est servi de ce blanc-seing délivré par l’Eglise pour donner des conférences plus que douteuses – « retour » à l’hétérosexualité pour les personnes homosexuelles – et abuser en toute impunité de certains de ses patients dans son  cabinet « psy ». Seule sanction jusqu’à présent : une « mise à la retraite » ecclésiale, tandis que ses victimes souffrent encore et crient dans le désert…

Cet exemple ne fait que mettre en relief l’indigence de l’Eglise à trouver en son sein ou à l’extérieur des personnes capables de débrouiller, dans le psychisme humain, ce qui est d’ordre spirituel et ce qui relève de la psychiatrie. Personnellement, c’est ma lutte intérieure et mon témoignage depuis vingt ans, mais je ne trouve personne qui sache faire le distinguo comme je parviens à le faire. Et je me dis que si Dieu « permet » que j’aie tant souffert sur ces deux plans, c’est peut-être pour que ma grande résilience prenne sens dans une suite de service à y donner.

Fragilisée ces derniers temps psychologiquement par une situation de harcèlement professionnel difficilement vécue, je suis très entourée pour ne pas sombrer dans la dépression ou l’anxiété généralisée, et parmi ces aides,  des personnes « neuves », qui ne me connaissent pas, et réciproquement. J’ai été un peu interloquée devant un psychiatre qui voulait connaître « par le menu » ce qui m’avait conduite il y a vingt ans déjà à prendre un traitement psychiatrique. Et le dialogue a été surréaliste : je me trouvais face à un homme dont je ne savais absolument pas s’il était croyant ou non, et il me forçait à donner des détails que je réserve habituellement à mes accompagnateurs spirituels ou à mes lecteurs ici. Comment ne pas passer pour complètement délirante face à un médecin qui n’y entend peut-être rien du tout à la mystique chrétienne ?

Inversement, il existe dans les milieux chrétiens une façon de rejeter en bloc la psychiatrie : des amis charismatiques « bien » intentionnés m’ont déjà proposé de participer à des sessions de l’un ou l’autre de leurs gourous guérisseurs pour que je « guérisse de ma maladie ». Et là, je décline invariablement. Aucun prêtre « guérisseur » à succès ne pourra faire que je n’aie pas à me soigner pour mes troubles de l’humeur. J’ai besoin d’un traitement médical, et je le prends. On ne joue pas comme ça avec ce type de pathologie profonde, ce serait bien trop risqué.

De même, je suis parfois agacée quand j’entends le Pape François dire qu’avec une foi joyeuse, on n’a pas besoin de d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs. C’est mal connaître les maladies psychiques invalidantes, et la foi ne change rien à cela. J’ai moi-même une foi à déplacer les montagnes, je vis dans l’abandon à la miséricorde divine autant que je le peux, mais je ne suis pas pour autant un roc face aux persécutions répétées. De nos jours, on ne lapide plus le chrétien avec des pierres, du moins dans nos contrées, mais avec des mots et de l’ostracisation. Et ce n’est pas le corps qui saigne, mais l’âme.

L’âme humaine, quel vaste sujet d’investigation ! Mon vécu est si particulier que je pense avoir une certaine expertise dans ce domaine. Quand l’Eglise daignera-t-elle s’en rendre compte et mettre à profit mon expérience, plutôt que de me considérer avec commisération comme une petite chose fragile qu’il vaut mieux abandonner complètement à la psychiatrie ?

Image : Jésus et la Samaritaine   Gervais Drouet   XVIIe   Musée des Augustins, Toulouse

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3 commentaires

  • J’ai lu un livre de Marion Milner, tomber entre les mains du dieu vivant (ce qui fait quand même penser à l’épitre aux hébreux) et sa patiente qui s’exprimait par le dessin, à la fin de son trajet, découvrait quelque chose que moi j’appelle le spirituel et je crois profondément qu’une thérapie qu’elle soit analytique ou pas, c’est à cela qu’elle doit mener. On ne peut pas tout couper, tout tronçonner. Et ce que j’essaie humblement de faire, que ce soit par les textes que j’écris, que ce soit par un cheminement, c’est bien de permettre de retrouver en soi cette flamme qui est là, qui est peut-être réduite à l’état de braise sous la cendre, mais qui est vivante et qui est pour moi la présence de Dieu (on peut l’appeler comme on veut). Je suis tout à fait d’accord avec toi Véronique quand tu parles des médicaments (quand le pancréas ne marche pas et bien on le soigne tous le jours) et effectivement je sais aussi combien la joie dont on parle tant, et parfois trop est une véritable croix pour ceux qui sont en dépression. Bien amicalement.

    • Véronique Belen says:

      Merci à toi Catherine, oui, tu fais partie de ces quelques personnes que j’ai croisées et qui sont capables de discerner avec bienveillance le spirituel dans la vie psychique, et de ne pas tout abandonner aux prérogatives de la psychiatrie. Avec les thérapeutes, ce que je trouve gênant, c’est que l’on ne sait pas forcément à qui l’on se confie. Est-on en présence d’un athée convaincu, il trouvera tout, dans le DSM, pour légitimer son diagnostic de délire. Et le patient est alors impuissant à infléchir son verdict.

      Je me dis souvent que de nos jours, on n’aurait pas eu besoin de crucifier le Christ, mais qu’il se serait retrouvé bien vite en hôpital psychiatrique et en chambre d’isolement… à la demande de ses coreligionnaires. De même pour les grands mystiques canonisés très tardivement par l’Eglise, dont elle s’est souvent débarrassée dans un premier temps en les mettant au cachot (Saint Jean de la Croix par exemple).

      Etrangement, de nos jours, on déclare sains d’esprit les faux prophètes et les faux voyants – ceux qui authentifient le catéchisme et sont donc « peu dangereux » pour l’Eglise institutionnelle – et on remet aux soins des psychiatres les contestataires qui ont vraiment quelque chose à exprimer au cœur de l’Eglise, sous l’action de l’Esprit saint. Espérons donc une Pentecôte de la vérité !

      • Michelyne says:

        Véronique,
        Le Miracle, c’est qu’on a découvert des médicaments qui contrôlent la Bipolarité ou la Schizophrénie……
        Mais Dieu peut guérir….c’est selon Sa Volonté.



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