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Inflation mariale regrettable

10 juin 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

« Marie mère de l’Eglise ». C’est aujourd’hui. Encore un titre. Encore une prérogative qui place Marie, le mère de Jésus, au-dessus, très loin au-dessus de toutes les autres femmes. On en oublierait presque que Marie est dite « bénie entre toutes les femmes », au milieu d’elles, avec elles, et pas à des années-lumières de ce que nous autres femmes sommes, toutes apparentées génétiquement, et chacune unique spirituellement.

L’inflation de dévotion mariale qui ne fait que s’aggraver avec les années dans l’Eglise catholique romaine me désole. Elle est un véritable alibi à la misogynie sous-jacente de nombre de clercs. En exaltant une Sainte Vierge Immaculée, Reine de l’univers, Reine des Anges et reine encore de ceci et de cela, on ne fait que fermer de plus en plus la porte à une parole féminine qui sourdrait directement de l’Esprit Saint. Car enfin, regardons les choses avec des yeux objectifs et un jugement raisonnable : quelle est désormais la différence entre cette Marie Reine de tout et la Reine du ciel, déesse païenne évoquée en Jérémie 7, 18 et qui provoque la jalousie de Dieu ?

Plus on donne de prérogatives à la mère de Jésus, et plus sa Parole à Lui glisse dans l’ombre, et plus on omet de prier le Père, Dieu d’Israël et Dieu de Jésus-Christ. Oh bien sûr, les catholiques mariaux à outrance usent de pirouettes linguistiques pour faire comme si, attribuant tant de titres et de vertus surnaturelles à Marie, ils honoraient par là-même son Fils. C’est oublier une donnée fondamentale : Marie est celle qui a donné chair humaine à Jésus justement parce qu’elle est humaine, pleinement. Dans l’héritage de l’homme Jésus, il y a l’humanité par sa mère, et la divinité par son Père, sans intervention d’un géniteur masculin. C’était tellement plus confortable pour l’ego des Pères de l’Eglise de jeter les bases d’une théologie qui présuppose une descente d’un petit Dieu masculin leur ressemblant à eux, embryon déjà formé aux cieux, venant nider dans l’utérus d’une extraordinaire vierge de nature différente de celle des autres femmes supposées être toutes d’indignes pécheresses ! Oui, nous en sommes encore là aujourd’hui : Jésus « image du Père, semblable aux hommes masculins », et Marie Vierge Immaculée, « Oh, Ah », tellement au-dessus de toutes les autres femmes avant elle et après elle !

Je m’emporte, je sais. Mais je suis en colère, car l’Eglise de mon baptême ne cesse au fil des siècles d’empiler les doctrines et de surajouter des titres à Marie et des fêtes mariales pour étouffer dans l’œuf toute velléité féminine d’exprimer autre chose, de donner un autre éclairage sur la différence de Jésus d’avec ses frères en humanité, de contester des dogmes séculaires qui ont tellement de plomb dans l’aile que nos églises se vident inexorablement. Les clercs préfèrent se répandre en louanges mariales que d’interroger en profondeur l’Esprit pour comprendre enfin ce qui cloche dans leur conception de l’Incarnation du Sauveur et de sa nature « sans péché » ; pour dénoncer enfin les erreurs théologiques perpétuées au fil des siècles au nom de « l’infaillibilité pontificale ». Jamais les femmes n’ont eu leur mot à dire sur tous ces dogmes qui les stigmatisent et les humilient, et aujourd’hui encore leurs lumières sont rejetées quand elles ne coïncident pas avec la supposée « saine doctrine ».

Alors aujourd’hui, je prierai peut-être l’humble Marie de Nazareth, celle que je fréquente de près dans l’oraison et qui m’a déjà tant et tant de fois consolée et encouragée. Mais offrir des gâteaux de raisins à la « Reine du Ciel », jamais.

Image : Vierge allaitant l’Enfant   Segon Mestre d’Estopanyà   XVe  Musée des Arts catalans de Barcelone

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