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Etre spirituellement libre

15 novembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Mon titre relève de tout un programme, de tout un projet de vie qui ne va pas de soi. Ce qui m’incite à écrire ce billet, c’est d’avoir visionné à l’instant le documentaire en lien ci-dessous, qui dénonce les dérives sectaires ayant eu ou ayant encore cours dans la communauté contemplative de Saint-Jean. Il s’appuie sur le témoignage de Marie-Laure Janssens qui a publié il y a deux ans un excellent livre relatant son expérience d’ancienne religieuse de cet ordre nouveau : « Le silence de la Vierge » aux éditions Bayard. J’encourage vivement tous mes lecteurs à regarder ce reportage édifiant qui décrypte une réalité dramatique, ou comment une communauté religieuse catholique reconnue par l’Eglise a pu basculer dans le pire des sectarismes, causant des dommages psychiques et spirituels graves à ses sympathisants.

Personnellement, j’ai la chance de n’avoir jamais subi au long cours ce type d’abus. Mais j’ai rencontré de par ma soif de partage spirituel avec des consacrés quelques potentiels gourous dont j’ai su m’éloigner très vite, ayant en moi-même un instinct d’indépendance très prononcé. Cette même liberté qui me rend souvent suspecte aux yeux de l’Eglise dans ma manière de témoigner de ma foi.

Longtemps, j’ai pensé, car l’Eglise avait imprimé en moi cette croyance, que je ne serais jamais prise au sérieux par personne sur le plan de mon témoignage spirituel si je n’avais pas un « accompagnateur spirituel » pour ne pas dire un « directeur spirituel », l’expression existe bel et bien, qui m’aurait conféré une certaine légitimité. Et ainsi, pendant bien des années depuis vingt ans, j’ai cherché à me confier à des prêtres ou même des évêques sur mon vécu spirituel intense, je recherchais de leur part des lumières ou du soutien. Peine perdue. J’étais soit plus ou moins poliment éconduite, soit tout à fait ignorée, mes courriers pourtant circonstanciés et respectueux de la hiérarchie ecclésiale n’obtenant point de réponse.

J’avais la faiblesse ces années-là de lire et de contribuer sur des forums soit-disant catholiques, où l’on insistait beaucoup sur la légitimité que conférait un directeur spirituel à telle ou tel mystique. Et on me riait facilement au nez : « Dans votre cas, qui discerne ? » Cela augmentait mon cruel sentiment de manque d’accompagnement régulier et compatissant. En fait, je n’ai pu que constater au long des années que ces soit-disant mystiques authentifiés par un prêtre plus ou moins réputé n’étaient pour la très grande majorité absolument pas fiables, ils étaient juste parvenus à faire sombrer un clerc et des foules abusées avec eux dans leur propre égarement.

Aujourd’hui, j’ai compris qu’en me gardant toujours libre d’un homme d’Eglise qui aurait pris de l’ascendant sur mon âme, Dieu m’avait fait une grâce. J’ai développé par mes déboires ecclésiaux un plus grand discernement personnel et pu accroître mon goût pour la liberté de ton et d’expression. N’ayant jamais rencontré un consacré totalement en phase avec mon ressenti propre sur les plans spirituel et théologique, j’ai surtout gagné en confiance en moi-même et en ce que je reçois de Dieu dans mon oraison. Je n’ai et ne veux avoir qu’un seul modèle absolu : le Christ Jésus. Et si lui a dû se battre seul contre les représentants de sa propre religion qui ne faisait que se scléroser en son temps, qui suis-je pour prétendre recevoir de l’aide dans ma lutte contre les doctrines catholiques sclérosantes voire erronées ? De l’aide, j’en reçois, ô combien, du Père et du Fils. Et comme, selon l’apôtre Pierre « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes des Apôtres 5, 29),  je me réjouis désormais de ma très grande liberté et mesure à quel point j’ai été épargnée de toute forme d’emprise qui n’aurait visé, au final, qu’à me museler encore et encore dans l’Eglise et dans le monde. Je rends donc grâce à Dieu et à tous les hommes d’Eglise à juste titre conscients de leurs propres limites de ne pas m’avoir enfermée dans une quelconque dépendance spirituelle.

Documentaire : Sous emprise : Marie-Laure et les sœurs contemplatives de Saint-Jean  (Lien ci-dessous)

https://vimeo.com/371090011/08179884cc?fbclid=IwAR15qRZPWMQhg0X3m8_6eYHREjzISGgmiPJ9JeTFw5UTal03ejy_8UqfcMo

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1 commentaire

  • Véronique Belen says:

    Un autre documentaire tout-à-fait édifiant sur l’emprise spirituelle, étayé de témoignages circonstanciés de victimes et de très bonnes analyses de médecins, de psychologues et de clercs très compétents sur la question. Je le recommande à tous. Soyons vigilants, même dans l’Eglise catholique qui s ‘est crue si longtemps à l’abri des dérives sectaires quand une communauté était reconnue, voire très encouragée par Rome !

    https://www.youtube.com/watch?v=hK0BpUBVYhM



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