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Entre conservateurs et progressistes, ma différence en tant que femme

17 février 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Quand, il y a seize ans, j’ai débarqué sur le net avec ma foi en bandoulière et ma très grande envie de prendre la défense de mes sœurs en humanité, quelle que soit leur religion, dans ce monde si inégalitaire et très souvent injuste envers elles, j’avais pensé que je pourrais me sentir à l’aise au contact des croyantes à tendance féministe, soucieuses de réhabiliter les femmes au sein des traditions qui ont très largement trahi l’amour de Dieu pour ses filles. Cet amour parfaitement manifesté en Jésus, lui qui prenait toujours leur parti contre des hommes prêts à les condamner et ne s’est jamais aigri, dans tous les évangiles, contre une femme, alors qu’il a pu être si virulent à l’égard des religieux malintentionnés de son temps et même de ses propres disciples à l’occasion.

J’ai lu des livres et écouté des interviews de ces femmes engagées avec foi pour une meilleure représentation féminine au cœur de l’Eglise catholique, j’ai même noué des contacts avec certaines d’entre elles par les réseaux sociaux. Tout cela pour me rendre compte assez vite que je n’étais pas vraiment la bienvenue dans leurs rangs en écrivant ce que moi j’ai à dire sur ces questions-là.

Etre haïe par les conservateurs en Eglise, j’y étais fort habituée. A l’époque florissante des forums internet, j’étais déjà leur bête noire, taxée d’être une affreuse féministe, ce qui, aux yeux de ces messieurs jaloux de leurs prérogatives ancestrales, était l’ultime insulte qui marquait la fin de tout dialogue. Leurs comparses féminines n’étaient d’ailleurs pas en reste, et me rejetaient tout autant que leurs compagnons de culte ou de messe à l’ancienne.

Eh bien, me disais-je, les féministes auront lieu de se réjouir de mes écrits dénués de toute influence, et de ma grande empathie pour toute fille et femme en ce monde. Mais dès qu’elle ont eu l’occasion de me lire ici ou là, la plupart m’ont opposé un silence gêné ou une réaction d’agressivité. Assurément, je n’étais pas de leur caste.

Il faut dire que celles qui osent une parole publique sont souvent bardées de diplômes universitaires. Arrivez avec simplement la foi et une vie mystique qui vous ouvre de vastes horizons, vous ne serez pas d’emblée prise au sérieux par ces théologiennes réputées. D’ailleurs on les écoute à l’aune de leurs diplômes en théologie et pas forcément de leur pertinence. Osez avouer qu’en outre, vous n’êtes même pas une militante du sacerdoce féminin, et vous serez bien vite prise en grippe.

Et enfin, exprimez-vous à revers des études de genre, et vous serez définitivement discréditée sur la planète des femmes catholiques qui veulent réformer l’Eglise.

Me voilà donc dans une posture bien singulière : honnie des conservateurs, indésirable chez les progressistes. Eh bien, peu m’importe, puisque je ne cherche pas à faire partie d’une cour mais seulement à dire et redire encore l’amour de Dieu pour ses filles dans l’Esprit.

C’est qu’être femme, aux yeux de Dieu, c’est une très grande grâce. Il nous sait bien moins entachées de péché que nos vis-à-vis masculins. Nous autres femmes avons cette faculté de n’être pas nécessairement clivées intérieurement entre le bien et le mal : le bien est logé profondément en nous, nous le faisons très volontiers et conformément à notre nature facilement ouverte vers la vie et les valeurs de Dieu, quand les traditions religieuses ne nous ont pas rendu ce Dieu incompréhensible à force de le travestir en mâle porteur de tous les travers de nos vis-à-vis terrestres.

Parlons-en. Pourquoi la société est-elle encore, en de nombreuses contrées, clivée selon le sexe, entre des hommes dominants et des femmes dominées ?
Les études de genre ont omis cette donnée première : le péché est inscrit dans la chair de l’homme mâle, en son chromosome Y dont nous femmes ne sommes pas porteuses. Ce lance-pierre d’orgueil originel qui leur fait croire qu’ils nous sont supérieurs en tout, et qu’ils vont pouvoir nous soumettre et nous dominer. Cette fronde qui les rend prompts à l’agression physique dès qu’ils se sentent menacés dans leur territoire, leurs possessions ou leur honneur. Cet instinct de jouissance qui les envahit tout entiers, jusqu’à être capables de transgresser le non-consentement d’une ou d’un possible partenaire sexuel.

L’éducation et les valeurs sociales ou religieuses peuvent corriger ces pulsions égoïstes, et fort heureusement. Mais il faut reconnaître que les hommes religieux ont souvent tordu le sens des textes sacrés pour continuer à soumettre les femmes malgré les meilleures intentions du Dieu auquel je crois.

Alors, me direz-vous, pourquoi, sachant tout cela, ne suis-je pas favorable au sacerdoce des femmes ?
Je ne donnerai que deux simples raisons.

L’homme étant foncièrement pécheur dès l’origine, c’est à lui de présenter le sacrifice pour le péché depuis la Première Alliance. En continuité, c’est à lui aussi de se configurer au Christ – le seul homme absolument dépourvu de péché que la terre ait porté – pour présenter l’offrande du pain et du vin qui deviendront le Corps et le Sang du Christ, le seul Saint. L’homme n’a donc pas la prérogative du sacerdoce parce qu’il serait moins impur qu’une femme, c’est tout le contraire : pécheur en sa chair, il personnifie en cet instant-là, comme le Christ, le péché du monde, et implore la grâce du Père et de l’Esprit sur les offrandes.

L’autre raison est plus difficilement accessible à des esprits occidentaux et contemporains.
C’est que le Diable existe, oui hélas, et qu’il hait foncièrement toute femme. La misogynie est sa marque de fabrique, et dès la Genèse, nous le voyons s’en prendre d’abord à Eve car il la hait par jalousie et ne désire qu’une chose : la détourner de Dieu auquel très spontanément, elle désirait obéir. Il la trouble de sa ruse et le tour est joué.
L’Adversaire a une autre grande rancœur contre les femmes : c’est par l’une d’entre elles que le Fils de Dieu a pu naître. Affront suprême. Depuis, il n’a de cesse de s’acharner contre toute l’humanité féminine, soit en la persécutant, soit en la séduisant, et c’est en se laissant gagner aux pires de leurs penchants que les hommes font de même quand ils asservissent leurs compagnes.
Par conséquent, une femme est assez démunie face au Mauvais qui n’a aucun respect pour elle, et aucune femme ne sera capable à elle seule de pratiquer par exemple un exorcisme. On va rire de moi. Tant pis. Il n’en reste pas moins que Jésus avait donné ce pouvoir à ses premiers disciples.

En conclusion, je dirai que je suis prête à l’avalanche de tous les poncifs habituels : je suis « misandre », j’ai des comptes à régler avec les hommes, etc, etc. Ne vous fatiguez pas, tout cela, je l’ai déjà maintes fois entendu.

Mon propos n’est pas là. Je ne fais que relater ce que j’ai profondément compris de Dieu. Il a une prédilection pour ses créatures féminines car il les a voulues éminemment réceptives à sa grâce. Et elles le sont, quand leur souci premier n’est pas de plaire coûte que coûte à leurs vis-à-vis masculins quitte à emprunter tous leurs défauts et à les faire leurs.

Quant aux hommes, aux prises avec leur péché intriqué dans leur chair, une chance leur a été donnée de s’élever au-dessus de leur malheureuse condition : c’est de prendre, en toutes choses, le Christ Jésus comme modèle, lui qui n’est que perfection du Père.

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1 commentaire

  • Ghisca says:

    Bonjour, c’est la première fois que je tombe sur vous, et j’avoue que ce post m’a beaucoup fait sourire.
    Je n’avais jamais pensé à ce type d’arguments pour justifier le sacerdoce exclusivement masculin… C’est cocasse…
    Je suis pour ma part plutôt féministe sans être progressiste. Du coup, je me retrouve un peu en vous. Mais je vous trouve dure avec ces pauvres messieurs: Penser qu’ils sont précisément élus à cause de leur misère… Ça a du sens, parce que c’est ainsi que je comprends la femme. Celle qu’on a faite plus faible en la voulant plus aimante. Celle a qui on a demandé plus, en la faisant plus proche du coeur. Mais je n’ai jamais accepté qu’elle soit dénigrée pour cette même raison. Considérée comme le « sexe faible » ou la « facile à tenter ».
    Comprenez moi: longtemps on a tenté de me faire croire que Dieu m’avait créée par défaut, pour être l »aide » d’un autre. Au final, un peu comme des parents vont engendrer un enfant juste pour faire une greffe au précédent. Je ne pouvais pas l’accepter: Dieu est Amour. Il nous aime tous infiniment, donc Il ne « préfère » personne.

    Alors je me refuse à passer par les mêmes raccourcis quand il s’agit de parler des hommes. Ils ont leur part de mystère, l’autorité malgré la faiblesse, leur gloire dans leur misère. Je crois sincèrement qu’on s’accomplit véritablement en tant que femme lorsqu’on comprend la place très honorable de l’homme et qu’on le laisse l’occuper pleinement.
    Alors, non. Pour moi, l’homme n’a pas l’honneur du sacerdoce parce qu’il est plus pêcheur, ni parce que le diable le déteste moins. La vérité est forcément plus belle. Mais la réflexion continue… Si nous rencontrons plus d’hommes qui voient la grandeur d’être femme, alors nous commencerons peut-être à mieux voir la grandeur qu’il y a à être un homme.

    Désolée d’avoir été longue, vous m’avez inspirée. Merci. 🙂



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