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L’Evangile des « sachants »

30 juillet 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Comme je commentais dimanche 26 juillet Matthieu 13, 44-52, un extrait qui revient d’ailleurs dans la liturgie d’aujourd’hui à quelques versets près et qui comporte les paraboles du Royaume des Cieux – le trésor caché dans un champ, la perle de grande valeur et le tri des poissons dans le filet – une discussion a eu cours sur les réseaux sociaux au sujet de cet extrait et de ma méditation. Un contributeur m’a objecté que l’exégèse contemporaine, notamment les travaux du prêtre John Meier considéré comme « le spécialiste incontesté de travaux sur le « Jésus historique » », amenaient à découvrir que ces paraboles n’étaient pas de Jésus, mais des premières communautés chrétiennes ayant contribué à rédiger les évangiles vers le IIème siècle. Seules quatre paraboles en tout et pour tout seraient attribuables à Jésus lui-même dans tous les évangiles !

J’avoue que cette remarque m’a énormément fâchée. Je suis allée lire d’un peu plus près quels étaient les travaux de ce « spécialiste incontesté » qui apparemment en a écrit des pavés sur le sujet. Je ne nie pas la compétence et la rigueur intellectuelle de l’auteur qui est soulignée dans toutes les recensions de ses ouvrages. Mais je m’interroge sur la volonté de Dieu dans tout cela.

En effet, le Dieu d’Israël qui s’est fait connaître d’Abraham, de Moïse, de David et de multiples prophètes choisis toujours parmi les plus humbles du peuple aurait-il décidé, au moment d’envoyer son propre Fils, d’entourer sa vie de mystères et de la faire raconter ensuite par des rédacteurs malhonnêtes qui extrapoleraient sur ses origines, ses charismes et même ses paroles ? Car les évangiles ne sont pas n’importe quelle hagiographie bourrée de superlatifs et d’exagérations sur les vertus du saint ou de la sainte en question ! Les évangiles sont le pilier de la foi chrétienne, et je ne puis concevoir que les rédacteurs en aient été privés de la grâce de l’Esprit au point de prêter à Jésus des faits, gestes et paroles qui n’aient jamais été les siens.

Car reconnaissons que l’œuvre colossale de John Meier, parue dans les trois dernières décennies, n’est absolument pas abordable par les simples dans la foi, par les croyants de base qui ont confiance dans les Ecritures saintes et ne les remettent pas en question à tout propos. Que serait une religion qui maintiendrait les humbles dans une foi factice, et réserverait la juste interprétation de la vie de Jésus à une petite caste d’universitaires érudits ? Comment pourrait-on banaliser les résultats des travaux de ces scientifiques à la matière grise bouillonnante sans prendre le risque de scandaliser la foi des petits ?

Cela me ramène à un débat que j’ai eu récemment avec une théologienne qui m’est très chère, elle m’affirmait que les récits de la conception de Jésus en Luc étaient des ajouts postérieurs à la rédaction de l’ensemble de son évangile. Je veux bien la croire, elle est théologienne et moi non. De là à supposer que Jésus soit né d’une relation extra-conjugale ou d’un viol de Marie, c’est une conclusion à laquelle je ne cèderai jamais. Le fondement de ma foi, c’est que Jésus est bien le Fils de Dieu et qu’il n’a aucun géniteur masculin, la science pourra bien me crier que c’est impossible, je l’affirmerais encore même sous les supplices car je connais intimement le Christ dans l’oraison et par toute ma vie, et qu’il ne serait absolument pas qui Il Est s’il avait eu un père terrestre.

Il y a la science, et il y a la foi. Il y a l’exégèse, et il y a la mystique. Et quand les deux sont irréconciliables, je m’avance à l’affirmer, c’est la mystique qui prédomine. Car l’intelligence de la recherche peut être donnée à un esprit cartésien qui travaille ensuite avec ses propres forces, mais l’intelligence des mystères divins est pur don de Dieu, qui, dans sa grande sagesse, sait choisir les plus humbles et les plus simples pour se révéler à eux. Sinon, nous n’aurions jamais eu une sainte Catherine de Sienne qui n’avait aucune prérogative à infléchir les puissants de l’Eglise, sinon la connaissance qu’elle tenait de Dieu seul.

Je redis donc que je ne crois pas à l’Evangile des « sachants » qui décryptent l’histoire et décortiquent des bouts de parchemin.
Ce que Dieu a voulu nous dire par son Fils, il l’a aussi fait consigner dans les quatre évangiles canoniques par la puissance de l’Esprit Saint. Si Jésus avait craint d’être trahi par sa postérité spirituelle, il aurait écrit lui-même. Il ne l’a pas fait. J’ai confiance en sa confiance. Et je le reconnais trait pour trait dans les quatre évangiles, car le Christ qui y parle, c’est rigoureusement le même que celui qui me parle. Mots, ton, images, références évangéliques, tout se tient.

 

Source image : https://www.scienceetfoi.com/a-propos-de-quelques-miracles-de-jesus-etude-historico-critique-selon-jp-meier/

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