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Ne me parlez plus de sainte Thérèse et de Pranzini

10 mai 2021 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Je prends les devants car on va encore m’opposer cette histoire, comme toujours. Les super chrétiens adorateurs de la petite Thérèse répliquent à toutes mes indignations devant le viol, le crime, le meurtre que sainte Thérèse de Lisieux qui était sainte, elle, a bien prié et fait dire des messes pour « enfanter au ciel » le criminel Pranzini. Et qu’elle s’est sentie exaucée par Dieu quand elle a vu le condamné à mort embrasser le crucifix avant d’aller à l’échafaud. Je connais l’histoire, donc inutile de me la rappeler encore et encore. Ce mythe de Pranzini au paradis grâce aux prières d’une fillette de même pas quinze ans commence à me donner de l’urticaire. Car enfin, qui est revenu du Ciel pour nous affirmer que Pranzini y est bel et bien ? Qui soutiendra que Thérèse, même pure et innocente et toute sainte qu’elle ait été, a pu mettre Dieu en demeure de pardonner trois crimes de sang d’un coup d’éponge et d’offrir d’emblée les joies du paradis à un meurtrier tandis que les proches de ses victimes avaient à en souffrir jusqu’à la fin de leur vie sur terre, la mort ne leur étant pas offerte, à eux, comme une porte d’accès directe aux délices du Ciel?

Je prends une fois de plus le risque d’être accusée de fomenter la haine et d’ignorer la miséricorde de Dieu en abordant la question du salut des très grands criminels. Je sais qu’on va aussi me répliquer qu’il appartient à Dieu et à Dieu seul et que je ne suis pas Dieu. Soit. Eh bien que l’on soit logique jusqu’au bout pour admettre que Thérèse Martin n’était pas Dieu non plus, et que l’Histoire d’une âme  n’est pas l’Evangile. Thérèse, à quinze ans, pouvait très bien se tromper elle aussi, ignorante des choses de la vie qu’elle était. Arrêtons d’en faire une sainte infaillible et omnisciente. Pour moi, je me réfère encore et encore à la Parole de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Et il y a là matière à réfléchir et à nuancer les pensées polnareffiennes du « On ira tous au paradis ».

Cet après-midi, le tueur en série Michel Fourniret est mort. Pas très vieux. A 79 ans. Il n’aura pas passé énormément de temps en prison au regard de sa peine de perpétuité incompressible pour des viols et des meurtres en très grand nombre. Il aura, au cours de sa vie libre, semé le crime et la désolation dans un vaste périmètre, kidnappé des fillettes, des jeunes filles et des femmes, assouvi ses pulsions sexuelles les plus basses sur toutes ces innocentes avec une prédilection pour les vierges, les aura souillées, abreuvées d’abjection, de terreur et de larmes, les aura séquestrées loin de leurs proches dans d’inimaginables tourments jusqu’à décider qu’il était l’heure pour elles de mourir pour qu’il échappe, dans sa très grande lâcheté, à la suspicion et aux poursuites. Meurtres dont on ignore les procédés barbares, puis abandon des corps suppliciés dans un trou creusé dans la forêt, loin de l’hommage des leurs et de la société des vivants. Ce Golgotha aggravé de viols, au moins onze fillettes, jeunes filles, jeunes femmes l’ont vécu jusqu’à l’extrême de la souffrance. Sans compter les affaires non résolues qui resteront sans aveux. Onze vies immolées à la recherche du plaisir pervers et de la jouissance de domination d’un seul homme. Onze familles, onze cercles d’amis dévastés pour toujours. Pour la perversion d’un seul, qui se permettait en outre de surveiller scrupuleusement sa notoriété dans les médias. Cela lui importait. Ne pas mentir en procès, ne pas aggraver la détresse des proches de ses vicitmes, là n’était pas son souci. Unique recherche du corps frais, du plaisir pervers, de la domination sur une créature innocente – et de sa petite renommée.

Alors non, je ne prierai pas pour le repos de l’âme de Michel Fourniret. Je ne sommerai pas Dieu de lui ouvrir le Ciel. Je lui souhaite avant toute chose la lucidité du passage, quand l’âme prend conscience de la véracité des paroles du Christ et de l’horreur qu’on a pu commettre dans sa vie en vivant à rebours de Ses commandements. Je lui souhaite de comprendre par l’expérience intime de l’âme ce qu’ont enduré ses victimes et leurs familles. Je lui souhaite de mesurer le mal qu’il a fait, de comprendre ce qu’a été sa vie terrestre et celle de ses victimes et de leurs proches. Je lui souhaite de savoir enfin ce que produit comme effets sur un être humain l’abjection extrême.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit. Je ne lui ai pas souhaité l’enfer, car je suis persuadée que l’enfer n’existe pas encore, sinon sur terre pour des victimes de criminels tels que lui. Tout comme le Royaume promis n’advient qu’après le retour du Christ en Gloire pour le jugement des vivants et des morts, l’enfer vrai n’existera qu’après ce moment-là pour les âmes qui auront manqué la rédemption pour des raisons appartenant à elles seules et à Dieu. En attendant, il y a le purgatoire, ou le shéol, peu m’importe son nom. Quant au Ciel de la première résurrection, là où vont les âmes en adéquation au cours de leur vie avec les Béatitudes – sciemment ou non d’ailleurs – c’est un « lieu » d’intercession pour nous qui sommes encore confrontés aux affres de l’existence  ici-bas, et certainement pas un joyeux paradis où le criminel danse avec sa victime. Cessons d’être naïfs, et de prendre Dieu pour l’injuste qu’Il n’est pas.

https://www.leparisien.fr/faits-divers/michel-fourniret-un-tueur-implacable-a-la-liste-de-victimes-encore-inconnues-19-02-2018-7567803.php

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3 commentaires

  • Guy Bezzina says:

    Véronique, En vous lisant je me prenais à partager vos sentiments d’une justice qui conduise les bons au paradis et les méchants en enfer…L’idée de Fourniret aux côtés de St Thérèse est révoltante et insupportable. Nous avons de la justice de Dieu l’idée de la perfection de la justice des hommes et nous avons besoin que le mal soit réparé par la souffrance et la damnation. Mais que savons nous de la justice de Dieu ? Que savons nous de la culpabilité des monstres qui nous côtoient ? Et quand nous regrettons que Fourniret n’ait pas assez souffert, est-ce l’amour qui nous inspire ou une pulsion de vengeance qui appelle le châtiment comme sédatif de notre haine et de notre dégoût ?
    Est-on sur que Judas soit en enfer ?… Est-il possible de se faire juge à la place de Dieu, lui qui sait tout alors que nous ne savons presque rien ? C’est ma question mais pas ma réponse.. Amitiés.

    • Véronique Belen says:

      Bonjour Guy Bezzina, je crains que vous m’ayez lue trop superficiellement. Ai-je parlé d’enfer et de damnation pour Michel Fourniret ? Non, ce n’est pas ce que j’ai écrit puisque j’ai souligné que je ne crois pas que l’enfer existe déjà.

      Vous me répondez en opposant Dieu et « nous ». Mais qu’est-ce qui vous prouve que je n’en comprenne pas un peu quelque chose, à la différence de votre « nous » qui prétend ne presque rien savoir sur les intentions de Dieu ?

      La théologie de la miséricorde a beaucoup évolué non pas sur l’apport de ce « nous » qui ne comprend pas bien les desseins de Dieu, mais bel et bien par l’apport de femmes qui ont vécu une vie intense d’oraison et d’oblation, que ce soit la petite Thérèse au Carmel ou Faustine dans son propre couvent. Elles ont été des personnes uniques et ont reçu de la part du Seigneur un enseignement à transmettre à leurs contemporains et à l’Eglise.

      Le tort et le drame de l’Eglise, c’est sa lenteur. Elle ne comprend et ne se réfère à ces enseignements, souvent féminins, qu’un siècle, voire plus, plus tard.

      Vous ne savez rien des expériences spirituelles personnelles qui me rendent si sensible à la justice de Dieu. Je n’ai pas parlé d’enfer et de damnation, j’ai parlé de purgatoire ou de shéol, de « séjour » des morts qui sont destinés à comprendre le tort qu’ils ont fait à autrui au cours de leur vie terrestre. Vive prise de conscience dans une lucidité cette fois absolue de ce qu’est le mal par rapport au bien et à la justice.

      Sainte Thérèse d’Avila, par expérience mystique, avait eu un très fort avant-goût de ce que sera l’enfer pour les damnés. Cette aventure spirituelle l’inclina vivement au bien pour le reste de sa vie. On a bien tort aujourd’hui de passer sous silence son enseignement fort édifiant au profit de dégoulinements de miséricorde facile.

      Moi je voudrais réveiller les consciences qui prennent la mort pour un repos ou une villégiature automatique. Non ! Il y a, avant quoi que ce soit d’autre, la confrontation de sa conscience avec l’adéquation, ou non, de sa vie terrestre avec les commandements de l’Evangile. Ce que je sais, je le partage. Pour mettre en garde et édifier. Et je dis en outre que si on le prend en considération dans un siècle, il sera trop tard. On peut toujours continuer à chanter aux funérailles des cantiques lénifiants du style « Ajoute un couvert, Seigneur, à ta table, tu auras aujourd’hui un convive de plus », ça ronronne, c’est rassurant, mais devant Dieu ce n’est pas automatiquement la vérité.

      Le tout miséricorde contemporain est un vrai piège, outre le fait de pouvoir même être un encouragement à commettre le péché voire le crime en toute désinvolture. Et le salut n’est pas une affaire réglée une fois pour toutes quelle qu’ait été sa vie terrestre. Prétendre cela, c’est faire mentir tout l’Evangile, programme de vie exigeant s’il en est.

  • Anne Bürgi says:

    Jean-Guy Nadeau, professeur à la faculté de Théologie de Montréal répond bien à cette notion perverse du pardon sans justice dans son livre <Une profonde blessure, les abus sexuel dans l'Église" (Éditions Médiaspaul, 2020).

    Je copie les extraits que j'ai mentionné aujourd'hui sur le site Libéré des sectes et ma remarque sur un article de la revue Sainte Anne reçue aujourd'hui :

    Les chapitres parlant de la nécessaire révision du discours théologique, notamment sur le pardon est particulièrement pertinent. Aujourd’hui encore (10 mai 2021) je reçois la revue Sainte Anne (du sanctuaire de Sainte Anne de Beaupré, QC), avec pour thème ‘’être bienveillant’’(Mai 2021, vol 149, no 4). En page 7 un billet intitulé ‘Bienveillants experts’ commence par le verset de Matthieu 5.44 (Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent). L’auteur, Charles Duval, provincial des rédemptoristes, écrit au sujet de la violence qui se perpétue : ‘’Je suis convaincu que Jésus désire que nous brisions ce cercle vicieux’’. Pour cela, on est bien d’accord qu’il faut briser les cercles de violence… Mais… selon l’auteur, il appartient à la victime de faire cesser la violence, en ne réclamant pas justice : En d’autres termes, c’est la faute à la victime si la violence continue parce qu’elle a demandé justice! Une juste punition est considérée comme une violence faite à l’oppresseur!!! Quelle vision perverse!!! C’est pathétique! (n.b. les rédemptoristes ont été visés par un recours collectif par 70 anciens élèves victimes d’abus sexuels… Écrire un tel billet aujourd’hui est indécent).
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