Site de Véronique Belen
Header

Dans le secret du confessionnal

16 décembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog

P1010438

Le Jubilé de la Miséricorde est lancé. C’est une belle et bonne idée de notre pape François. Savoir à nouveau se reconnaître pécheur, en concevoir du remords, accomplir la démarche coûteuse mais sanctifiante de confesser ses péchés à un prêtre, recevoir la grâce libératrice du sacrement de la réconciliation. C’est un très beau chemin de conversion. Je peux témoigner que bien des nœuds de mon histoire personnelle ont été défaits par ce petit miracle qui nous est donné gratuitement dans la foi. C’est à mon sens une étape indispensable de notre vie ecclésiale, c’est une des raisons fortes pour lesquelles je me réjouis d’avoir été baptisée catholique. J’ai beaucoup de respect voire d’attirance pour la foi protestante, mais ce sacrement-là, tout comme l’eucharistie, me manquerait indiscutablement si j’avais été baptisée dans une autre église chrétienne.

Il y a cependant en moi un questionnement lancinant. Je ne suis pas dans le secret du confessionnal, ni dans l’âme du prêtre qui pardonne au nom de Jésus.

Ces jours-ci, le pape François répète à l’envi : « Dieu pardonne tout. »

Eh bien, c’est une formule qui m’incommode. Suis-je pharisienne dans l’âme, à me croire juste tandis que les autres ne le seraient pas ?

Nous connaissons l’exemple flagrant de l’avortement. Sont excommuniés « latae sentetiae » celles et ceux qui ont consenti ou participé à un avortement. Le pardonner relève normalement de la compétence d’un évêque, c’est d’ailleurs pour cette raison que les « missionnaires de la Miséricorde » auront cette année mandat spécial de pouvoir pardonner cet acte. Je ne fais que constater cet état de fait, je ne porte ici aucun jugement personnel sur cette loi interne de l’Eglise.

Mon questionnement est le suivant : qu’en est-il de certains crimes d’une gravité extrême, « Dieu pardonne tout » signifie-t-il qu’hormis l’avortement, le prêtre a le pouvoir, par la grâce de son ministère, de pardonner toute autre faute ? Et pourquoi, justement, cette distinction ?

« Dieu pardonne tout » me laisse toujours songeuse quant à tous les grands crimes qui ne sont pas mentionnés dans l’Evangile. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » a dit Jésus avant d’expirer sur la croix pour que le Père pardonne à ses bourreaux. C’est lui, victime, qui en fait la demande à Dieu son Père. Qui d’autre que la victime peut faire pareille demande ?

J’observe que dans l’Evangile, Jésus pardonne à beaucoup de femmes et d’hommes leurs péchés. On pourrait lister des situations : adultère, prostitution, cupidité sont ceux qui sont mis en relief.

Nulle part, dans aucune page de l’Evangile, il n’est question du viol. Il n’est jamais mentionné : ni consolé, ni pardonné. Le Christ Jésus a enduré le pire – sauf ça.

Je me pose toujours la même question : que font les prêtres quand un homme confesse un viol ? Le pardonnent-ils au nom de Jésus, s’interrogent-ils sur le devenir de la victime au moment même où ils donnent l’absolution ?

Un viol laisse des traces indélébiles. La victime en souffrira pour toujours dans sa chair et dans son âme, souvent, il infléchit le cours de sa vie, la rendant plus difficile qu’elle n’aurait pu l’être sans ce traumatisme.

Je me dis que ce n’est pas un hasard si l’Eglise fait preuve d’une sévérité extrême pour l’avortement, qui concerne principalement les femmes (mais derrière un avortement, il y a bien souvent une paternité non assumée…) et qu’on constate un flou pour le viol qui est un crime presque exclusivement masculin. Mansuétude de toujours pour ceux du même sexe que soi…

« Dieu pardonne tout. »

Je ne sais pas si le Père étreint le violeur dans un grand geste de tendresse et l’absout pour qu’il soit pleinement lavé de son crime, tandis que sa victime souffre encore jusqu’au dernier de ses jours, sans réparation possible…

Vous pouvez suivre les réponses à cet article via le RSS 2.0 Vous pouvez répondre, ou faire un trackback.

3 commentaires

  • Claire says:

    C’est effectivement étonnant que le crime d’ avortement n’ ait pas le même statut canonique que le crime et le viol..Permettre à tous les prêtres de l’ absoudre sans demander une autorisation, comme le crime et le viol est à mon avis une bonne décision du pape François..L’ absolution n’empêchera pas la justice de Dieu d’advenir, conjointement à la miséricorde, je n’ en doute pas..comment, je ne sais pas, tout comme vous Véronique !

  • Alain says:

    Pardonner, c’est aussi se libérer (ce n’est pas seulement ça). Tant qu’on n’a pas pardonné, la haine nous ronge le coeur. C’est parfois extraordinairement difficile, il faut faire appel à Dieu pour qu’il nous aide à le faire.

    • Véronique Belen says:

      Oui Alain, c’est vrai, mais ce n’est pas mon propos ici. Je parle d’accorder le pardon de la part de Dieu, par le ministère du prêtre, alors que la faute n’est pas réparable et que la victime n’est pas assez prise en compte. Si la victime elle-même a pu pardonner,c’est très fort et la voie est ouverte pour le pardon du coupable, mais comment penser que Dieu accorde son pardon indifféremment à la souffrance toujours présente, toujours actuelle de la victime ? Le coupable serait donc dans la joie du pardon et la victime dans la souffrance des conséquences de l’acte ? Je crois en un Dieu de miséricorde mais aussi de justice…



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *