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Fêter sainte Marie Madeleine : très bien, mais laquelle ?

11 juin 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog

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Je n’ai éprouvé qu’une demi-joie à apprendre que le pape François souhaitait que la fête de sainte Marie Madeleine devienne une fête liturgique. Honorer davantage cette femme pour honorer davantage l’apôtre des Apôtres et souligner le rôle des femmes en Eglise et pour l’évangélisation, cela part d’une noble idée et d’un bon sentiment. Cependant, toute la question est de savoir quelle « Marie Madeleine » on va honorer et fêter.
La question de la confusion récurrente entre Marie de Béthanie, sœur de Marthe et Lazare, et Marie de Magdala n’est toujours pas clarifiée dans l’Eglise. Et pour ma part, je n’aurai de cesse de militer pour qu’on les distingue bien l’une de l’autre.
Pourquoi ? Parce que Marie Madeleine est devenue au fil des siècles une figure de femme fourre-tout, dont l’on se sert en général pour souligner qu’elle était une pécheresse pardonnée tandis que la Mère de Jésus était l’inégalable Immaculée Conception.
De là, deux catégories de femmes dans l’Eglise : la Vierge Marie, quasi déesse de perfection, et toutes les autres, « pécheresses pardonnées » ; au gré de nos vies, on nous stigmatisera comme pécheresse, ou on nous enjoindra à l’humilité comme pardonnée. Mais demeure en arrière-fond ce fantasme d’Eve responsable de la chute de l’humanité. C’est subtil mais très présent dans l’esprit de beaucoup de chrétiens et d’un certain nombre de prédicateurs.
Ai-je quelque chose contre la figure de Marie Madeleine ? Contre Marie de Magdala, absolument rien. D’elle, nous savons que le Seigneur Jésus l’a « libérée de sept démons » – ce qui ne fait absolument pas d’elle une prostituée, soulignons-le au passage – qu’elle est ensuite demeurée pour lui une amie très fidèle, le suivant sur ses chemins, qu’elle était présente au pied de la croix et qu’elle fut le premier témoin de sa résurrection – grâce insigne. Tout le reste n’est que légendes locales et interprétations de théologiens plus ou moins inspirés et bienveillants.
Ne négligeons pas non plus la déformation intellectuelle que nous avons subie par la littérature, les dévotions locales, les arts, en particulier la peinture et le cinéma. Que n’a-t-on pas représenté une Marie-Madeleine lascive et dévorée de remords ! Nous sommes prisonniers de cette image. Alors que Marie de Magdala était peut-être en proie à des « démons intérieurs » qui ravageaient son esprit plus que son corps.

L’autre point que je voudrais développer, c’est la distinction indispensable entre cette Marie et la sœur de Marthe et Lazare. Je sais bien que les récits apocryphes et les logorrhées des fausses mystiques ont allègrement fait se déplacer Marie de Béthanie à Magdala pour y vivre dans le luxe et la luxure, jusqu’à une conversion au contact du Christ. Je m’érige absolument contre cette conception. Marie de Béthanie apparaît dans l’Evangile comme un personnage tellement pur et réservé que c’est tout simplement impensable. Elle a vécu sa jeune vie dans la discrétion, à Béthanie, sous la coupe de sa sœur Marthe pas toujours aimable avec elle, à attendre les visites du Christ Jésus leur ami. C’est par amour pour lui, et non en signe de conversion, qu’elle oindra le Seigneur à la veille de sa mort. Après cela, les Ecritures ne nous disent plus rien d’elle, et ce n’est qu’une légende qui la prétend sur un bateau en direction de la Provence. S’il y eut une femme à la sainte Baume, et je veux bien le croire, ce fut sans doute plutôt Marie de Magdala – les amis de Jésus ne finissaient-ils pas par se connaître entre eux ?

On m’a déjà reproché que je menais un combat qui n’avait aucun intérêt. Que l’on se détrompe. Car derrière cette confusion des personnages bibliques, il y a toute une conception de la femme qui se dessine. Une certaine Eglise se plaît à prêcher une femme pécheresse voire tentatrice en sa nature profonde, l’antithèse en étant la Vierge Marie. Toutes les autres auraient à lutter contre une nature mauvaise depuis les origines, et la Magdaléenne en est alors l’incarnation.

Que viendrait faire dans ce tableau une Marie de Béthanie éprise depuis son plus jeune âge de son Seigneur, promise à lui par serment, pure dans ses intentions comme dans sa vie ? Personnellement, c’est elle que je vois comme la première des vierges du Seigneur, prémices de toutes celles qui se sont données à Lui dans la vie religieuse – ou non – figure de tant de fillettes et de jeunes filles au cœur transparent, qui ont toujours existé, n’en déplaise aux prédicateurs qui soulignent avec malice une supposée nature avant tout pécheresse de la femme…

Il conviendrait donc de « nettoyer » notre conception de Marie Madeleine avant de la fêter sans savoir de qui l’on parle.

 

Image : Statue de Marie Madeleine au musée des Augustins, Toulouse

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5 commentaires

  • BEAUMADIER MARIE AGNES says:

    Pour continuer la réflexion , je vous invite à lire sur internet sur le site Interbible: la femme de Béthanie : une prophétesse peu reconnue .
    Merci pour la richesse de votre blog .
    Fraternellement

    • Véronique Belen says:

      Merci Marie-Agnès ! J’ai lu l’article, intéressant, mais personnellement je suis plus interpellée par la différence homme-femme que par les recherches qui tendent à la gommer… Je vois en Marie de Béthanie une partenaire en vis-à-vis de Jésus, justement différente de ses disciples hommes parce que plus profondément touchée par le Christ, plus croyante, plus prévenante et plus aimante. Plus pertinente en somme dans la compréhension du mystère de l’incarnation du Christ et de sa future résurrection.
      Amitiés,

      • Véronique Belen says:

        Je souhaite une bonne fête à toutes les Madeleine, et je suis ouverte à tout commentaire sur cet article écrit il y a un peu plus d’un an. Sur les réseaux sociaux, il m’avait valu les foudres d’une femme portant un dérivé du prénom Madeleine, outrée que je fasse la distinction entre sa sainte patronne et Marie de Béthanie. Mais je continue à maintenir tout ce que j’ai écrit ici, j’en ai d’ailleurs fait un combat personnel.

  • Claire says:

    D’ accord avec vous, Véronique..Il ne vous reste plus qu’ à écrire au pape pour lui faire part de vos interrogations….



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