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Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » 1 Samuel 3, 8-9

12 janvier 2022 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ces jours-là, le jeune Samuel assurait le service du Seigneur en présence du prêtre Éli. La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue.
Un jour, Éli était couché à sa place habituelle – sa vue avait baissé et il ne pouvait plus bien voir.
La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte. Samuel était couché dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu.
Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! »
Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher.
De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. »
Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant,
et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Samuel alla se recoucher à sa place habituelle.
Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »
Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.
Tout Israël, depuis Dane jusqu’à Bershéba, reconnut que Samuel était vraiment un prophète du Seigneur.

1 Samuel 3,1-10.19-20

Cet extrait du premier Livre de Samuel vient pour moi à point nommé aujourd’hui. J’allais rédiger un billet désabusé sur l’accompagnement spirituel.

Le Seigneur appelle le jeune Samuel dans la nuit, qui est aussi nuit spirituelle pour le peuple d’Israël en raison du détournement des offrandes au temple de Silo par les fils du prêtre Eli, Hofni et Pinhas, qui en outre profanent le corps de femmes en service dans ce même temple. Devant les exactions de ces deux prêtres, la foi d’Israël refroidit, et Eli, Grand prêtre et Juge, incapable de faire revenir à un comportement pieux et adapté ses fils qui pratiquent de tels sacrilèges, s’en montre plutôt mollement complice.

Il aura cependant la clairvoyance de comprendre dans l’extrait ci-dessus que c’est le Seigneur qui appelle le jeune Samuel, destiné à une longue existence de prophète. Et quand Dieu aura parlé à l’enfant, Eli, lui extorquant sous la menace les paroles reçues, aura au moins l’humilité de reconnaître que le courroux du Seigneur est bien dirigé contre lui-même et sa descendance de prêtres infidèles ( 1 Samuel 15-18). La suite du récit montrera les cruelles défaites militaires subies par Israël contre les Philistins, la perte de l’arche de l’Alliance et la mort brutale de Pinhas, Hofni et Eli lui-même (1 Samuel 4).

Toute cette histoire biblique résonne profondément en moi aujourd’hui. Car je vois un certain parallélisme entre le refroidissement de la foi d’Israël suite aux exactions des fils d’Eli – profanations des offrandes du peuple et viols des femmes de la tente de la Rencontre – et de nos jours la désaffection croissante des baptisés vis-à-vis de l’Eglise catholique romaine dans ce climat délétère de révélation d’abus sexuels et spirituels commis en masse en son sein depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles.

Or que se passe-t-il ?

Quand se lèvent parmi les baptisés voire consacrés des voix courageuses et inspirées pour dénoncer ces faits et réclamer de la part de l’Eglise-institution justice et réparation pour les victimes, que ne fait-on pas pour les ignorer voire les faire taire ? Courriers jamais lus ou demeurant sans réponse, rendez-vous en évêché non accordés, déni de la responsabilité de la hiérarchie ecclésiale dans l’étouffement des affaires et le simple déplacement géographique des abuseurs recommençant ailleurs, mise en cause des victimes elles-mêmes comme ayant été tentatrices, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes filles ou de femmes.

En France, l’onde de choc du rapport de la CIASE nous a dévoilé depuis octobre 2021 ces pratiques nauséabondes dans la structure ecclésiale de notre nation. Nous en attendons encore les suites concrètes en matière de dédommagement des victimes, mais le mal sur le front des baptisés est fait : discrédit de notre foi au cœur d’une société déjà largement laïcisée, découragement à la pratique religieuse même pour les croyants les plus fervents. Sans compter le retour de l’arrogance insupportable des catholiques identitaires qui préfèrent demeurer dans le déni de cette réalité tragique.

Alors pourquoi ai-je voulu faire ici une allusion aux limites de l’accompagnement spirituel dans l’Eglise catholique d’aujourd’hui ?

Je crois que les accompagnateurs, quand ils sont ordonnés, ne sont pas forcément prêts à accepter – comme le fit tout de même le prêtre Eli – des inspirations spirituelles qui pourraient témoigner de griefs du Seigneur à l’encontre de l’Eglise-institution. Ce que Dieu avait à dire au jeune Samuel n’était agréable ni pour la maison d’Eli, ni pour le peuple d’Israël. Or, que se passe-t-il dans l’Eglise catholique romaine d’aujourd’hui ? Pour qu’une inspiration spirituelle soit considérée comme recevable, il faut que la personne concernée demeure dans une parfaite obéissance à l’Eglise – disponibilité voire servitude paroissiale, révérence envers l’évêque de son diocèse, discrétion absolue hors de l’accompagnement spirituel sur ses inspirations – il faut aussi qu’elle ne conteste absolument aucun point de doctrine car notre Eglise campe sur la position somme toute bien orgueilleuse de détenir la vérité absolue sur la révélation chrétienne. Arrivez avec des objections à certains points du catéchisme interne, quand bien même vous les auriez acquises après des années de patient discernement dans votre vie et votre oraison, elles seront évacuées d’un revers de la main comme des prises de position personnelles voire des inspirations démoniaques.

Parallèlement, témoignez d’apparitions d’une Vierge Marie mièvre qui viendra confirmer point par point tout le catéchisme et remplir les chapelles de sanctuaires de pèlerins plein de déférence envers les « saints prêtres » – et accessoirement généreux dans les troncs et les offrandes de messes – et vous serez glorifiés comme des voyants « intrinsèquement crédibles ». Je fais bien sûr allusion aux récentes retombées du rapport Ruini sur les « sept premières apparitions » de Medjugorje en 1981.

Et là où le serpent se mord définitivement la queue, c’est que même si vous avez tous les arguments du monde et du ciel contre ce lieu de mystification notoire, vous serez rejeté comme témoin non fiable si vous n’acceptez pas les conclusions officielles de l’Eglise car bien sûr, en son magistère, elle est in-fail-li-ble. Donc passez votre chemin, prophète de malheur, vous désirez « faire du mal » à la sainte Eglise qui sait reconnaître les siens…

Tout ce système est tellement lamentable que je pourrais en pleurer. L’autisme avéré de notre Eglise vis-à-vis des personnes véritablement inspirées par l’Esprit de vérité est tel que nous régressons actuellement avant les temps de l’Ancienne Alliance. L’idolâtrie des madones de pacotille est préférée à une parole qui bouscule voire augure d’une condamnation sévère à plus ou moins long terme par le Seigneur lui-même d’un système coupable.

Quant au jeune Samuel, de nos jours, Eli ne lui demanderait pas de lui rapporter les paroles du Seigneur entendues dans la nuit, mais il emmènerait dare-dare l’enfant chez le pédopsychiatre.

Image : Eli et Samuel enfant       John Singleton Copley (1780)

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