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Trop de doctrine endoctrine

14 janvier 2022 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Une chose me laisse perplexe depuis très longtemps dans l’Eglise catholique de mon baptême : que nombre de mes coreligionnaires puissent adhérer sans retenue à l’empilement de doctrines élaborées depuis les premiers temps du christianisme, et qui sont allées en se multipliant au fil des siècles, des conciles, des catéchismes, des encycliques… J’avais déjà constaté non sans étonnement que quand un évêque donne une conférence, aussi intéressante puisse-t-elle être, il se réfère sans arrêt au magistère et aux paroles posées ici et là par le pape en exercice ou ses prédécesseurs, comme si étayer son discours de ces citations était la garantie d’être dans le vrai dans ses propres analyses et recommandations aux fidèles de son diocèse. Et ainsi, comme catholiques, nous sommes enjoints de prendre à notre compte vingt siècles de doctrines et de dogmes, comme si tout tenait ensemble pour assurer que le magistère nous délivre la vérité absolue sur la révélation divine.

Finalement, admettre cela, prendre la doctrine catholique pour la vérité définitive, n’en rien contester et l’enseigner à son tour en catéchèse et à ses enfants est plutôt rassurant, confortable et gratifiant : on se sent « dans les clous » et on pense posséder la vérité absolue, rendez-vous compte du gain spirituel et intellectuel ! Et c’est même la panacée morale puisque l’Eglise va vous considérer comme un bon fidèle observant, fiable, digne de confiance. Sans compter qu’elle est prête dans ce cas-là à absoudre toute tendance à l’orgueil spirituel et aux déviances prosélytes : vous demeurez dans la foi de l’Eglise, vous êtes donc inoffensif et bon missionnaire chrétien. Voilà comment un système orgueilleusement identitaire peut émerger en lieu et place d’une assemblée de chercheurs de Dieu humbles dans leur progression spirituelle et ouverts au questionnement permanent.

Il se trouve que je suis baptisée catholique, mais en délicatesse avec un certain nombre de doctrines que je n’ai jamais pu accueillir comme authentiques et encore moins infaillibles. Pour en citer quelques-unes, l’infaillibilité pontificale et a fortiori l’autorité supérieure des évêques comme oints spécialement de l’Esprit Saint, les doctrines mariales telles que la virginité perpétuelle et les développements internes sur le dogme de l’Immaculée Conception, le recours ultime au magistère pour tout questionnement qui se fait jour, la référence constante au catéchisme de l’Eglise catholique dans sa version hautainement qualifiée sous Jean-Paul II de « définitive ».

Je suis une personne libre et un esprit libre aussi. Dès que le langage m’est venu, je me suis interrogée sur le décor de piété omniprésent dans notre maison familiale, sur les paroles entendues à la messe hebdomadaire depuis ma prime enfance et que je désirais décrypter en profondeur, sur les principes moraux qu’avaient les membres de ma famille et qui ne pouvaient pas se discuter. Je n’ai jamais été mécréante dans le sens d’une rébellion contre la foi chrétienne, bien au contraire : j’aimais infiniment le Christ, depuis toujours, et l’Evangile était mon moteur absolu dans ma construction morale et spirituelle. Brebis du Seigneur, je pense l’avoir toujours été dans un profond désir de lui être agréable et de mieux le connaître. Mais mouton de l’Eglise omniprésente dans ma famille, c’était bien plus compliqué. La révolte était déjà en germe en moi contre l’intransigeance de l’oncle prêtre, ses propos misogynes, la mainmise de la morale catholique sur nos existences en devenir.

Et aujourd’hui, alors que j’aborde la fin de la cinquantaine qui est tout de même un âge où l’on peut jouir d’une certaine sagesse acquise au long des heurs et malheurs d’une vie déjà sur la pente descendante, je m’estime légitime à interroger le Seigneur, dans l’Esprit, hors du carcan de la doctrine catholique, et ce d’autant plus que je continue à pratiquer régulièrement ma foi dans cette Eglise. Je ne puis admettre que nos frères et sœurs protestants soient considérés comme totalement dans l’erreur sur nos points de divergence. Je ne considère pas le judaïsme comme périmé et j’y puise des lumières sur lesquelles le dogme catholique met parfois le boisseau. Certaines sagesses orientales m’ouvrent aussi de nouvelles perspectives.

Alors m’entendre dire tout récemment en accompagnement spirituel que mes contestations et mes approches sont sans doute le fait de mes idées personnelles que je devrais repasser au crible de la doctrine catholique, j’ai bien du mal à l’accepter.

Le pape François a lui-même cette formule bien trouvée :
« L’Esprit Saint ne peut être mis en cage ».

Mais quand il s’agit, en Eglise catholique, de remettre en question des doctrines séculaires et des comportements à la limite du sectarisme, tous les bien-pensants moutonniers se retranchent derrière « la foi de l’Eglise », et on se retrouve plus proche de l’excommunication réelle ou suggérée que de la prise en compte du fruit de sa très longue quête de vérité.

Et d’autant plus quand on est une femme qui ose ne pas se taire.

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4 commentaires

  • Bernard BOUGRAIN says:

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre blog par l’intermédiaire d’une amie, suite à un courrier que j’ai adressé à « La Croix » et qui a été publié dans le courrier des lecteurs de ce journal le 11 janvier. Venant de lire votre article « Trop de doctrine endoctrine », je viens vous dire que je suis vraiment en phase avec vos propos, et je vous communique ci-après ce que j’ai écrit dans « La Croix » :

    Je suis frappé par l’évolution des commentaires du courrier des lecteurs depuis la parution du rapport Sauvé. Après la consternation et la critique de la toute-puissance des clercs, à l’origine des abus sexuels, sont apparues de multiples demandes d’une Église synodale où les laïcs et les femmes auraient un vrai rôle. Récemment, on a vu s’exprimer une remise en question du caractère « intouchable » de la question du sacré (courrier du 9 décembre) entraînant certains catholiques à « étouffer dans le dogmatisme médiéval qui continue à régir la foi de nos jours » (courrier du 10 décembre).
    Ces dernières réflexions me rejoignent car, à 76 ans, je suis en train de m’éloigner progressivement de mon Église en raison de certaines croyances officielles auxquelles je n’adhère plus. Il m’apparaît donc impératif que des laïcs puissent s’exprimer sur celles-ci dans le cadre d’une démarche synodale dont le champ serait très largement ouvert sur le thème du contenu de la foi.
    À titre d’exemple, on pourrait citer parmi les thèmes à dépoussiérer celui de la conception de Jésus : aujourd’hui, je ne me sens pas capable d’affirmer à mes petits-enfants que cette conception est le fruit de la rencontre du souffle de Dieu et du corps d’une femme sans déclencher leur hilarité… Par contre, je peux leur expliquer que ce récit est une façon de raconter comment Dieu s’est incarné dans notre monde, avec les mots et les images de l’époque, mais qui sont obsolètes aujourd’hui. Toujours à titre d’exemple, on peut prendre celui du péché originel, en s’interrogeant sur l’attitude d’un Dieu qui crée un être humain pécheur, donc coupable, avant même qu’il ait poussé son premier cri. Je m’arrête à ces deux exemples, mais il existe une multitude de sujets à traiter.
    Pour ma part, je suis partant pour travailler en groupe sur ces sujets, avec des théologiens, des exégètes, des historiens, des sociologues, etc., et des chrétiens de base, comme je le suis moi-même, qui ne sont pas des spécialistes de ces disciplines, mais pour lesquels leur relation avec ce Dieu d’amour est essentielle.

    • Véronique Belen says:

      Merci Bernard pour votre commentaire intéressant qui rejoint sans doute les préoccupations de bien des catholiques. Je me réjouis que vous vous trouviez en phase avec mon billet. Oui, il y a à espérer que le synode sur la synodalité aborde aussi les points de doctrine qui ne font plus consensus.

      Néanmoins, pour que les choses soient bien claires pour mes lecteurs, je reprécise que c’est en la virginité perpétuelle de Marie que je ne crois pas, à savoir, qu’elle soit demeurée vierge pendant l’accouchement et après la naissance de Jésus. Je crois même que les frères et sœurs de Jésus cités dans les évangiles sont bien les enfants de Marie et Joseph nés de leur conjugalité après la naissance de Jésus.

      Par contre, j’affirme avec force, en me distinguant à ce niveau-là de certains théologiens contemporains, que je crois en l’évangile de Luc et Matthieu et au prologue de Jean, à savoir, que Jésus soit authentiquement Fils de Dieu, Verbe fait chair, par le mystère de l’Annonciation qui nous échappe mais que j’accueille avec foi. Et à mon sens, c’est justement parce qu’il est né sans géniteur masculin terrestre que Jésus a pu être absolument sans péché.

      J’ajoute que je suis persuadée moi aussi que la doctrine du péché originel est bancale, mais non dans le sens que vous évoquez. Vous pourrez prendre connaissance de ce que j’en pense personnellement dans les billets qui précèdent celui-ci, sur les mystères de Noël.

      C’est néanmoins un réconfort pour moi de ne pas me sentir seule comme catholique à espérer que des points de doctrine évoluent.

      Bien cordialement,

      Véronique

  • Genevieve dumont says:

    Merci Véronique!
    Je vous rejoins! Oui, moi aussi gentiment, mon accompagnateur me disait que trop d’intectualite , trop de formation etaient la cause de mes questions…
    Mais quand j’enseignais, bcp appréciaient quand je répondais : « je ne sais pas! Ce n’est pas pce que le kt le dit que c’est vrai definitivement. » Par contre j ai aussi eu des futurs diacres en colere par rapport a mon positionnement sur le peche originel ou la virginite. Maintenant, je suis plus libre! Vu mon age …
    Continuez à ouvrir la cage de l’esprit saint!

    • Véronique Belen says:

      Merci beaucoup à vous Geneviève, c’est réconfortant de ne pas se sentir complètement seule en Eglise dans des objections fondées ! 🙂



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