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Visages d’amitié

12 mars 2014 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Léonard de Vinci La dernière Cène

J’ai pris le volant de ma voiture et je suis partie direction affection et amitié.
Ceux que j’aime et que je ne vois pas assez souvent, ma famille, un peu loin, mais dans cette distance qui permet de se voir plusieurs fois par an et de goûter les moments passés ensemble d’autant mieux qu’ils sont un peu trop rares. Dormir dans la maison de mon enfance, là où j’ai grandi dans une grande simplicité de vie toute baignée de foi. J’aime retrouver les images et signes de piété dont la demeure est ornée un peu partout, et je me dis que ce n’est pas rien d’avoir eu sous les yeux chaque jour et chaque nuit une reproduction de la Sainte Cène.
Mon papa bien-aimé, si digne et si courageux dans son veuvage.
Ses amis que je retrouve le temps d’une messe du soir, et qui me demandent spontanément de faire la lecture, là, dans une salle paroissiale qui fut l’école dans laquelle j’ai appris à lire.
Retrouver les petits chemins de mon enfance, au détour desquels se dressait toujours l’église, droite et belle.
Ma soeur et sa famille, moments d’intense affection dans cette bâtisse ancienne où nous avons tant de souvenirs communs.
Et puis d’autres visages visités dans leur maison de retraite.
Elle ne va pas bien. Une grande crise de scrupules et de culpabilité. Elle dit que tous les maux du monde sont de sa faute ! Ma petite I., toi qui de toute ta vie n’as fait que du bien à ton prochain, qui a pu t’inculquer une telle angoisse de culpabilité ? J’aimerais tant que ta fin de vie soit paisible, dans cette résidence chaleureuse, que tu trouves du bonheur dans la prière qui t’a toujours habitée! J’aimerais tant que tu prennes conscience de tout ce que je te dois, de tous les fruits de ta vie humble et toute donnée !
Je la quitte dans l’espérance que la grâce vienne à bout de cette terrible maladie qui la mine depuis tant d’années…
Papa sait vaguement que l’ancien curé de son village est dans une autre maison de retraite, pas loin de celle-ci. Allons le voir, oh oui, quelle bonne idée !
Nous nous trompons d’adresse. Un monsieur âgé – est-ce un frère ? – aimerait bien nous renseigner, mais non, le nom de ce prêtre ne lui dit rien. Il cherche et cherche encore dans ses registres, et puis nous indique une autre résidence à quelques pas de là.
Bâtiment un peu austère, et personne pour nous accueillir. Nous frappons à toutes les portes utiles, mais elles ne s’ouvrent pas. Et puis un couple qui s’en va : « Connaissez-vous le père T. qui est sans doute dans cette maison ?
– Ah oui, le père, maman doit le connaître, nous allons lui demander le numéro de sa chambre ! »
Nous montons à l’étage pour apprendre qu’il faut redescendre. Puis enfin, sa chambre… mais il n’y est pas.
On nous dit qu’il est sans doute en bas, à une réunion. Nous aurions pu nous impatienter, mais nous avons vraiment envie de le voir !
Après, c’est la joie de son sourire à peine vieilli, il dit être bien ici, même si c’est étrange de penser qu’il y mourra aussi. Il raconte et il écoute, il est ému d’avoir des nouvelles de son ancienne paroisse, il aimerait bien revenir à l’occasion, mais comment ? Il a dû renoncer à la voiture… Il reconnaît nos visages mais il oublie nos noms, et nous devons les lui répéter plusieurs fois pour qu’il les oublie aussitôt à nouveau. Mais la JOC, oui, il se souvient : « Ah, c’était le bon temps, ça! » Il est le seul prêtre dans cette maison, mais il a dit avec fermeté qu’il ne voulait aucun traitement de faveur, et puis il s’est mis peu à peu à tenir lieu d’aumônier. Il y a une salle de culte, c’est lui qui dit la messe. Cela me met du baume au coeur de le savoir encore actif, lui qui était toujours sur les routes à s’investir dans les mouvements ouvriers.
On se quitte en s’embrassant : « Porte-toi bien ! » Un petit pincement au coeur à penser que je ne le reverrai peut-être plus, mais comme il nous l’a dit si bien : « On a toute l’éternité, c’est formidable, ça ! »
Et puis je repars au volant de ma voiture, et je vais prendre un autre bain d’amitié au-delà de la frontière, pour trois jours merveilleux avec une famille que j’aime depuis si longtemps !
Merci Seigneur pour toutes ces rencontres, tu sais que j’aime entre tout l’intimité de mon foyer, mais ces grandes brassées d’affection et de souvenirs communs vont peupler encore longtemps ma prière…

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