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L’hospitalité d’une famille malienne

21 avril 2012 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Un commentaire d’André hier au sujet de son gendre reçu comme un roi par des Haïtiens m’a donné envie de raconter un épisode très marquant de ma vie.

A 20 ans, j’ai effectué avec quatre amis un périple de trois semaines au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali. J’en ai déjà parlé sur ce blog.  Au Mali, au départ de la ville de Mopti, nous avons vécu une aventure assez extraordinaire lors d’une sortie en pirogue sur le Bani et le Niger.

Rien ne s’étant déroulé comme prévu, nous avons été hébergés en pleine nuit dans une case dont les habitants ont sorti toutes leurs affaires, allant dormir dehors, pour nous céder la place.

Souvent, très souvent, je me suis souvenue de cet épisode, me demandant qui, en occident, en aurait fait autant pour des étrangers de passage, dont la visite n’était pas prévue…

Voici le récit que j’ai laissé dans un journal que je tenais à l’époque.

Hier après-midi, c’était la panique à cause de l’argent pour la pirogue emporté par un gamin qui n’y avait pas droit. Le problème réglé, nous sommes partis trop tard, à 17h30. (Je précise que nous étions accompagnés par un jeune garçon d’une quinzaine d’années, Nouhoume).

A l’arrêt dans un village de Touareg, tempête de sable et gros orage. On se réfugie dans une case ! Les sacs, dans la pirogue, ont bu de l’eau…

Nous repartons, serrés comme des harengs au milieu des sacs sous le toit de la pirogue. Le Bani, puis le Niger étaient pleins de vagues et de remous inquiétants. L’orage continuait, mais sans pluie. La nuit tombait lentement. De temps en temps, un éclair déchirait le ciel et éclairait les berges mystérieuses du Niger. Alors, on entrevoyait des cases, des troupeaux de zébus… Nous revenions en Afrique, alors qu’on se serait crus sur l’Amazone !

Mais le piroguier était inquiet. La pirogue tanguait de plus en plus. Nouhoume et Marc se sont mis à pagayer aussi. Dans cette nuit aux reflets d’eau, c’était un beau spectacle. On se sentait envahi de bien-être,  d’un sentiment de plénitude. L’aventure et la découverte à l’état pur…

A un moment, le Niger s’est fait plus menaçant. J’ai pensé à ses eaux jaunes, aux sacs qui allaient sombrer dedans, et à l’ultime pensée qui me viendrait. C’est étrange, de se sentir en réel danger !

Puis nous nous sommes enlisés dans des herbes. En fait, le piroguier nous faisait accoster. Nous ne voyions qu’une faible lueur qui révélait une petite case. Il pleuvait. On n’y voyait rien, mais à quelques mètres de nous, on devinait un troupeau énorme de zébus qui beuglaient à fendre l’âme dans la nuit humide. On nous annonce qu’il va falloir dormir dehors. Je m’affole, c’est impensable… J’en veux au monde entier de nous avoir fait parvenir jusque là.

Mais le piroguier s’en va négocier, et soudain nous voyons une femme débarrasser en grande hâte une autre case. Nous nous croyons dans un village.

C’est l’installation. Deux nattes suffisent à nous faire un parterre. Nous rentrons tous les sacs, et nous nous asseyons tous les sept au milieu. La case est faite en paille tressée. Une lampe de poche fixée au plafond sera notre éclairage.

L’ambiance vient. C’est l’aventure africaine ! Nous rions de toutes les péripéties de cette expédition.

Repas frugal : fruits, restes de fromage et de biscuits. Nouhoume et le piroguier préparent du thé à la menthe, très fort et très sucré. C’est tout un art !

Passé 20h30, il n’y a plus grand chose à faire. Nous nous installons pour la nuit. Dur de se caser à sept dans si peu d’espace ! Nous sommes serrés comme des sardines en boîte.

Et la longue et ô combien pénible nuit commence. C’est une invasion de moustiques !  On les entend dans tous les coins, les piqûres sont instantanées, et je donne des claques à n’en plus finir…

Bref, oublions ce pénible épisode, dont mes jambes, mes pieds et mes bras ont gardé des traces douloureuses…

Restons sur le souvenir de l’aube. Le soleil se lève enfin. Depuis une heure, nous l’attendons, assis dans la case et rompus par l’insomnie. Et alors, nous découvrons un cadre de rêve. Le prétendu village se résume en fait à deux petites cases, sans doute une seule famille. On se croirait sur une île, tant le Niger nous entoure. Le lever du soleil, dans un ciel rose sur lequel se détache la pirogue des pêcheurs, est magnifique. Les oiseaux s’éveillent aussi, et planent au-dessus de l’eau. Tout est calme, c’est la nature dans toute sa splendeur.

Voici nos amis les zébus qui reviennent. Quel troupeau énorme ! En tout cas, ils nous ont fait de belles frayeurs cette nuit quand ils se mettaient à brouter la case !

Nathalie nous prépare un petit café. Quoi de plus naturel que de se lever avec le soleil ? Les habitants de ce petit eden ont l’air d’être parfaitement intégrés à son cycle. Et la fraîcheur du petit matin est bien agréable lorsque l’ont connaît la canicule promise pour l’après-midi.

Déjà, il faut prendre congé. Nous quittons la petite case où nous laisserons de bons et de très mauvais souvenirs. Mais la mémoire est sélective ! Et la pirogue repart à l’aventure, guidée par les chants de Nouhoume toujours aussi rieur…

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8 commentaires

  • Véronique says:

    Mon coeur s’étreint à suivre l’actualité du Mali. J’ai posté ce billet il y a un peu plus de huit mois, et nous voilà engagés dans une opération militaire dans la zone même où s’est déroulée cette aventure.
    Que sont devenus ces Maliens qui vivaient là, paisiblement ? Quel fléau va encore frapper ce pays, l’un des plus pauvres du monde ? Que vont devenir les otages français retenus là-bas ?

    Je n’ai que des questions et des inquiétudes…



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