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Un dimanche à Lourdes

11 février 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Sur mon histoire personnelle avec Lourdes, j’avais déjà rédigé ce billet :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/6682-vis-cite-sainte

En voici un autre qui lui succède…

Avril 2016

Je suis à Toulouse avec ma fille qui doit passer des auditions dans deux écoles de danse où elle souhaite étudier. Entre les deux dates, j’ai prévu une escapade d’un dimanche à Lourdes avec elle. C’est pour moi une grande première, je n’y suis jamais allée, ma fille non plus. Quand on est du nord-est, Lourdes, c’est très loin !
Comme il se doit dans ces cas-là, les billets de train sont réservés, mais il y a une grève sur une partie du réseau SNCF. Rester dans la paix intérieure. Nous effectuerons une partie du trajet en bus et attraperons in extremis le TGV réservé qui s’arrête à Lourdes.
En quittant la gare, je suis saisie d’une grande émotion : quelle beauté, ce paysage de début de printemps, dans cet écrin blotti sous les Pyrénées encore enneigées ! Au cœur du paysage, non pas la basilique du sanctuaire, mais l’église paroissiale où Bernadette reçut les sacrements. Nous achèverons d’ailleurs la journée par cette visite émouvante.
Il fait très beau, encore un peu frais comme il sied à un jour d’avril, mais ce sera la première fois de l’année où je pourrai quitter mon manteau d’hiver.
C’est l’année de la Miséricorde. Nous passons la Porte sainte et nous retrouvons sur le parvis du sanctuaire, coloré de pèlerins et de ces voiturettes si caractéristiques de Lourdes. J’ai déjà vu maintes et maintes photos du lieu, mais je ne pensais pas que c’était aussi beau, vaste et éloigné des boutiques de souvenirs qui n’occupent fort heureusement que le centre ville. Il n’y a pas encore une foule trop compacte ce jour-là, nous nous déplaçons aisément d’un lieu à l’autre du sanctuaire, éblouies, je dois l’avouer, par les beautés de ce lieu sous un franc soleil. Nous nous réservons la grotte pour l’après-midi et arrivons un peu en retard à la messe dominicale à la basilique de l’Immaculée Conception. Je suis habituée à  mes petites églises rurales, et je dois dire que j’ai du mal à me recueillir dans cette immense basilique, au milieu des va-et-vient des passants plus ou moins intéressés par la célébration. Ma fille y met un peu de mauvaise volonté, et cela me chagrine. Dans ma famille, j’ai l’habitude d’avoir la foi pour beaucoup d’autres…
Elle a mal aux jambes, très mal. L’audition de la veille était rude et l’a épuisée. Je lui demande, un peu agacée, si je dois lui prendre une voiturette. Mais comme elle me dit presque oui, je respecte sa souffrance.

Après le déjeuner, nous nous retrouvons de manière imprévue dans une catéchèse de pèlerinage du diocèse de Bordeaux. Je devais y rencontrer un ami des réseaux sociaux, mais nous n’avons qu’un fort bref échange, il est occupé à l’animation musicale de la réunion. Les gens s’y connaissent, il y a peu de place, nous nous asseyons près des enfants mais nous sentons un peu intruses, pas très concernées par la conférence de bilan de pèlerinage. Ma fille y voit surtout l’opportunité d’être assise. Nous sortirons discrètement avant la fin. Une expérience de plus où, dans l’Eglise catholique, je me suis sentie comme un cheveu sur la soupe.

Nous avons la chance ne pas faire la queue trop longtemps pour aller nous recueillir dans la grotte, voir l’eau suinter, toucher la roche toute lissée par des décennies de gestes de piété. Je suis à la fois émue, touchée, et un peu ailleurs. Je ne ressens pas vraiment plus qu’en d’autres lieux le besoin de m’arrêter ici pour prier, il y a trop de monde, et comment dire cela sans choquer… le Père, le Fils, la mère de Jésus sont tellement en mon cœur que je les ressens plus fortement dans un temps d’oraison recueillie chez moi qu’en des lieux de pèlerinage où se mêlent la foi la plus pure et la dévotion la plus susceptible de tendre vers la superstition…
Ma fille et moi remplissons néanmoins les divers contenants que nous nous sommes procurés en ville avec l’eau de la source, nous en buvons en abondance et en réservons pour nos proches. Pas excessivement de monde là non plus.
Le parvis est noyé de soleil. Nous nous asseyons sur un banc et j’écris quelques cartes postales à ceux dont je sais qu’ils seront touchés par une pensée de Lourdes. Toujours, envoyer un souvenir en priorité à ceux qui sauront l’apprécier dans la foi, surtout s’ils vivent seuls.
Nous visitons ensuite la basilique souterraine, ma fille souffre un martyre dans l’escalier. Elle est au bord des larmes. Je me dis que décidément, ce pèlerinage prend une dimension que nous n’avions pas prévue. Prier pour elle, pour qu’elle ait la force de danser à nouveau le lendemain en situation d’audition. Prier aussi pour toutes mes intentions du moment.
Très peu de monde dans cette basilique, si ce n’est une chorale qui commence une répétition.
Nous achèverons l’après-midi par la visite des lieux de vie de Bernadette Soubirous, bien touchante.
Beaucoup d’attente dans une gare un peu morne, et le retour à la nuit tombante vers Toulouse.

Qu’ai-je gardé de ce court pèlerinage ? La joie d’avoir « vu de mes yeux » ce lieu dont parle toute l’Eglise catholique depuis 160 ans aujourd’hui. Une forme de réconciliation avec cette piété populaire. Mais aussi ce sentiment toujours là, au creux de mon âme, d’être un peu une étrangère dans cette Eglise tout absorbée par le culte à la mère de Jésus. J’aurai beau exprimer par toutes mes lignes que le Seigneur a bien des choses à nous dire en ce siècle-ci, qu’il en murmure encore et encore à l’oreille de mon cœur, cela n’intéresse pas grand monde puisque je ne viens pas pour confirmer un dogme tout fraîchement élaboré au Vatican, mais plutôt pour mettre en évidence que Dieu est bien plus haut et plus grand que tous nos dogmes, et qu’en ces temps, il pleure encore sur la division de ses enfants toujours enclins à développer ce qui fracture le peuple croyant plutôt que ce qui pourrait le rassembler.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’unité des croyants viendra par Marie. Le personnage que l’Eglise catholique romaine en a fait est trop inacceptable par les autres traditions.
Avec elle, dans ma prière, je recherche ardemment une autre voie.

Je me réjouis néanmoins, avec Notre Dame de Lourdes, et prie à la belle intention de la journée du malade pour sa fête en ce 11 février.

Et au fait, ma fille a pu danser le lendemain de notre escapade à Lourdes, et elle a été admise dans les deux écoles…

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