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Un avantage du concordat

27 janvier 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

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A l’heure où on décline le mot laïcité sur tous les tons, j’ai vu comme un avantage de pouvoir vivre un moment rare avec mes élèves, du moins avec ceux qui ne sont pas dispensés par leurs parents de l’enseignement religieux dans l’horaire scolaire. Selon ma formation d’institutrice en Alsace-Moselle, et si j’en étais volontaire, je pourrais dispenser moi-même cet enseignement, mais je ne le fais cependant pas, par choix de laïcité en classe. Des intervenantes extérieures assurent cette heure hebdomadaire.
Aujourd’hui, elles avaient prévu d’emmener le groupe à l’église du village pour une explication des symboles de la crèche par le prêtre. Mes élèves dispensés étant gardés par une collègue, j’ai accompagné cette sortie. Je suis restée plutôt discrètement un rang derrière eux, mais je me suis régalée de les voir en dialogue avec notre curé, donnant des réponses pertinentes et souvent amusantes à ses questions, lui faisant part de leur petite culture religieuse qui m’a tout de même impressionnée, car peu de ces enfants vont à la messe régulièrement. C’était touchant pour moi de les voir dans cet autre contexte, qui est aussi le mien. Réconfortant de ne pas être contrainte, pour une fois, à ce scrupule de laïcité qui nous empêche de témoigner de l’Evangile au quotidien. Certes, témoigner de sa foi, c’est avant tout la vivre en actes, mais j’apprécie aussi de pouvoir montrer que je ne suis pas allergique à l’Eglise comme le sont nombre d’enseignants de l’école publique. Il y a là un très subtil équilibre à trouver entre la neutralité et le contre-témoignage, et j’avoue que je suis heureuse de vivre en région concordataire où l’on ne me mettra pas au bûcher pour oser exprimer pareille expérience impossible ailleurs…

Partage vegan

24 janvier 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

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Il y a un an, je me suis dit : « Ça lui passera. » Elle qui, petite fille, adorait la viande, décidait soudain de ne plus en manger. Quelques écarts, plus par politesse que par envie, mais j’ai dû constater qu’elle tenait bon. J’en ai un peu perdu le goût de cuisiner, surtout pendant nos tête-à-tête.
Elle grandit, elle mûrit. Pas encore en terminale, mais déjà le goût de philosopher. De la sagesse et des arguments. De la cohérence et de la volonté. Je la charrie souvent, mais je respecte aussi ses idées qui se construisent. Elle n’est pas dans un caprice mais dans une recherche de vie harmonieuse, sous-tendue par un grand amour du règne animal.
L’autre jour, au téléphone, elle me supplie : on ira faire les courses ensemble et c’est elle qui fera la cuisine tout le week-end. Végétalienne, parce qu’elle a décidé de franchir ce pas.
Alors hier soir, je me retrouve avec un bien étrange caddie : quantité de légumes et de fruits de toutes sortes, flocons et lait d’avoine, farine de sarrasin, pignons de pin, noisettes, sauce soja, tofou, sirop d’agave… J’en demanderais presque pardon pour le fromage que j’y ai glissé au milieu, pour moi, quand même.
Elle s’est acheté un livre de recettes véganes et elle nous a concocté un menu pour tout le week-end. Longue liste d’ingrédients qu’elle cherche avec patience dans un supermarché ordinaire. Et rien d’autre ne la met plus en appétit. (suite…)

Instants volés

21 janvier 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

mappemonde

L’actualité est grise.
Le ciel est gris.
La fatigue épaisse.
Le quotidien dense.
C’est le moment de voler des petites joies aux recoins des journées.
Lundi soir, d’abord, je râle : une animation pédagogique de deux heures après la journée de classe, à 30 km, et la météo est mauvaise. Et j’ai un peu de mal à trouver le lieu.
Et puis l’animateur qui sait très bien que nous sommes fatigués, que tout est gris autour, mais qui décide de nous faire sourire.
Détendre d’abord le corps puis l’esprit pour apprendre, pendant ces deux heures, un répertoire de chants pour la classe.
Nous sommes bon public et l’ambiance se réchauffe vite. On vocalise, on mime, on joue de la voix, on bouge, on chante…
Contente : je tiens ma séance d’éducation musicale pour le lendemain. Au retour en voiture, écouter le CD acquis, et la chanson choisie en boucle. Elle est belle. Leur plaira-t-elle ?
Oui !
Et ils sont pleins de facéties quand j’essaie de reproduire avec eux quelques jeux d’échauffement vocal appris la veille.
Belle mais difficile. On s’y reprend à plusieurs fois.
Et aujourd’hui, déjà, c’est mélodieux et en partie mémorisé. Je l’entends dans les rangs, je la surprends sur les lèvres en récréation. C’est une chanson pleine de voyages, et on s’évade.
Consigne pour les grands : vous allez dessiner la mappemonde à main levée d’après cette illustration du livre de géographie . Ils râlent. Et puis ils s’y mettent. Et puis ils sont fiers d’eux :
« C’est beau maîtresse ?
– Oui, c’est très bien ! »
11 h sonnent. On range tout.
« Maîtresse, je peux emmener le livre de géographie pour continuer à la maison ? »
🙂

L’esprit du 11 janvier

14 janvier 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

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Un apaisement après une semaine d’horreur. Je crois que beaucoup l’ont ressenti ainsi.
Vendredi 9 janvier 2015, nous étions tous plongés dans la stupeur, l’effroi, l’abattement le plus total. Trop d’ignominies en direct, sous nos yeux. Trop de tension. Trop de sang. Lutter quand même pour ne pas se réjouir de la mort de ceux qui avaient volontairement plongé notre pays dans l’affliction.

Besoin de faire corps, de se sentir d’une patrie, horriblement blessée mais capable d’union.
J’avais mes trois enfants avec moi et nous sommes descendus dans la rue. Arrivés un peu en retard, nous avons vu le cortège de loin, puis nous y sommes mêlés. Très long cortège presque silencieux, applaudissant par intermittence devant une affiche ou une salle de rédaction. Cortège cosmopolite, des jeunes jusqu’à ceux qui n’ont plus l’habitude de manifester. Presque tous avec un crayon à la main ou un écriteau en étendard ou sur les vêtements. Cortège bienveillant, calme, retenant son émotion mais vibrant à l’unisson d’une manière difficile à décrire.

Nous arrivons à la place où l’hommage est prévu. Mes enfants se faufilent le long d’un mur pour gravir quelques marches, je reste bloquée à mi-course par la foule dense. Chacun, passant par là, a contourné avec respect une maman allaitant son bébé.

Un discours très bref, des applaudissements aux victimes et aux forces de l’ordre, une Marseillaise chantée avec ferveur. Et puis on reste là un moment, on voudrait ne plus se séparer, la communion est palpable, nous vivons un instant rare, si rare dans notre pays facilement divisé.

Ne pas se quitter. Prendre encore un thé chez l’un en regardant l’incroyable défilé de Paris à la télévision. Tous ces chefs d’état réunis, pour une fois, sans polémique et sans langue de bois. Une image de paix et de fraternité que l’on voudrait garder gravée pour longtemps dans son cœur.

L’heure est venue de se séparer. On rentre chez soi à regret. Mais tout apaisé, réconforté.

J’ai entendu parler aux actualités de « l’esprit du 11 janvier ».

Je n’oublierai jamais. Et pas seulement parce que c’était mon anniversaire…

Détail du plafond de la chapelle sixtine

Je suis comme tout le monde dans notre bien-aimé pays : abasourdie, sous le choc, des images violentes qui se bousculent dans ma tête, du chagrin, de la peur – oui, j’avoue – une immense émotion… J’ai été plus d’une fois offensée dans ma foi par des dessins parus dans « Charlie hebdo ». « Ça dépasse les bornes », pensais-je. Mais cette ignominie de mercredi, cette anti-humanité… Je descendrai dans la rue dimanche, avec mes enfants, et j’ai demandé à ma fille de 16 ans qui crayonne magnifiquement de faire un dessin pour l’occasion. Une jeune personnalité est en train de mûrir, de poser sa vision de la vie – comme j’aurais aimé que lui soient épargnées ces scènes de guerre !

J’ai mal à l’humanité, et j’ai mal au Dieu auquel je crois si fort. Car finalement, Il est le grand absent de ces débats.
Je crois en un Dieu qui a voulu épouser notre humanité, jusqu’à donner une partie de lui-même dans un tout petit enfant né dans la plus grande pauvreté. Je crois en un Dieu qui a parlé avant cet enfant par des prophètes qui ont tous été persécutés dans leur temps. Contemplons Jérémie qui a enduré avant l’heure toutes les épreuves du témoin de la vérité harcelé en permanence…
Je crois en un Dieu qui écoute nos complaintes humaines montant vers Lui dans les psaumes.
Je crois en un Dieu qui, dans son incarnation, a été haï par les autorités religieuses de son temps et vu comme « l’ennemi public N°1 » jusqu’à en être crucifié. Alors que de sa vie, il n’avait jamais eu aucune arme à la main…
Je crois en un Dieu Père qui a sangloté en voyant son Fils sacrifié sur la croix comme l’agneau sans tache, pour que jusqu’à la fin des temps, nous trouvions en lui, qui a tout enduré jusqu’à l’extrême, consolation de nos souffrances et pardon de nos péchés.
Je crois en un Dieu humble qui n’a pas fait de coup de théâtre ce jour funeste-là, mais qui, en toute discrétion, a ressuscité son Fils au matin de Pâques. Pour que les plus humbles parmi les femmes et les hommes qui l’avaient suivi témoignent de cette résurrection jusqu’à aujourd’hui, et jusqu’à ce qu’il revienne.
Je crois en un Dieu qui se tourne avec amour vers ceux qui invoquent son Nom, même s’ils ne le font pas tous par le même chemin.

Un prêtre me disait un jour, quand j’étais dans une foi encore balbutiante : « Dieu peut tout, sauf contraindre l’homme à l’aimer. »

Je sais que c’est dur, surtout en de pareils moments, d’aimer Dieu. Dieu est humble, il frappe discrètement à la porte de notre cœur, il ne demande qu’à nous soutenir dans l’épreuve, à nous accompagner, à nous fortifier.

J’en témoigne parce que je le vis, au quotidien. Parce que je lui ai donné ma vie, sans aucune arme à la main, jamais, sinon ce clavier…