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Le risque est dans le pré

16 septembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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J’avoue une faiblesse, moi qui regarde très peu la télévision : chaque été, je suis un peu scotchée, comme beaucoup de monde, à l’émission « L’amour est dans le pré ». Difficile de dire pourquoi. La télé-réalité a de grands défauts et des côtés insupportables, mais elle m’intéresse quand même un peu, on y découvre le quotidien et le ressenti de personnes que la vie ne nous aurait jamais amenés à côtoyer. Il y a là un peu de voyeurisme, certainement, mais pour ma part aussi un désir sincère de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête et le cœur de nos contemporains. Et puis peut-être aussi un côté « fleur bleue » qui ressort. J’aime bien vibrer un peu avec des personnes en quête de l’âme sœur.
Cette année, je me suis adonnée à une activité encore plus risquée : j’ai non seulement regardé l’émission, mais j’ai lu aussi de temps en temps les commentaires des téléspectateurs sur les réseaux sociaux. Et j’ai été assez frappée, comme je le suis souvent quand je lis des commentaires d’articles, par la quantité de bile que peuvent déverser des personnes sur ces lieux d’expression publique. Certains ont l’air d’oublier qu’il s’agit là de personnes en chair et en os, qui ont un cœur et une sensibilité. Que de hargne, voire de haine ! (suite…)

Leurs petites larmes

8 septembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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Au départ, il y a un roman lu en classe. Une chatte blanche qui va avoir des petits s’invite dans le récit. Alors mon sujet d’expression écrite m’a semblé couler de source :
« Décris un animal que tu connais et raconte ton histoire avec lui. »
Réactions plutôt enthousiastes, petits débats pour savoir de quel animal on va parler. Ils recopient la consigne puis écrivent consciencieusement, pendant que je m’occupe des plus jeunes.
Puis je remarque qu’un enfant n’écrit rien, il est prostré devant sa feuille et des larmes coulent sur ses joues.
« Mais comment je fais ? Ils sont tous morts, mes animaux ! »
Consternation. Trouver les mots pour consoler, se dire un moment qu’on a peut-être mal choisi le sujet. Il ne veut pas parler d’un animal, il n’en connaît plus aucun me dit-il. Il est resté longtemps sans écrire, alors je lui propose de raconter tout à fait autre chose, tiens, quelle est son activité ? Il retrouve un peu le sourire, d’accord, il parlera du judo.
En faisant le tour de la classe, un autre garçon, un peu plus grand, en panne lui aussi.
« Tu ne veux pas parler d’un poney par exemple, puisque tu en fais ? »
Nouveaux pleurs, nourris.
« Si, je voulais, mais elle a été piquée. »
Je me mords de plus en plus les lèvres. Mais il est plus grand, et je sens là un gros chagrin qui n’a pas été assumé.
« Tu es sûr que tu ne veux pas parler d’elle quand même ? Ça serait un bel hommage, et tu irais mieux après. »

Il a noirci plus d’une grande page, avec pas mal de fautes d’orthographe, mais son texte était très beau, très touchant. Et à la fin, de grands cœurs pour sa petite compagne d’équitation qui lui manque tant.
S’il a pu comprendre que l’écriture pouvait être aussi une thérapie, cette matinée n’aura pas été tout à fait perdue…

Rien qu’une petite allégorie

5 septembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

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Entre l’actualité lourde et mes petites peines domestiques, ma prière est un peu sèche en ce moment. Cherchant à me recueillir en début d’après-midi, je n’ai reçu à l’esprit qu’une petite allégorie.
Depuis quelques jours, on me signale mon chat perdu ici ou là. Le temps que j’arrive au lieu désigné, il a disparu. La description lui correspond et n’est pas en contradiction avec son caractère aventurier et indépendant. J’ai retrouvé l’espoir qu’il soit en vie. Je l’attends résolument. Mais je préfère le savoir libre et heureux – peut-être – qu’enfermé et contraint. Je lui accorde le bénéfice des jours encore beaux et des tas de bois grouillants de mulots, des bottes de paille à escalader et des écuelles pleines de lait frais posées par un agriculteur bienveillant.

Me revenait en mémoire mon errance de longues années loin de Dieu. Un jour, j’avais quitté sa main paternelle, j’avais délaissé la maison de lumière et de chants qui avaient bercé mon enfance et construit mon adolescence dans une foi ardente. Je m’étais sentie enivrée de liberté, conquérante face aux grands espaces, tout le champ des possibles s’était ouvert à moi.
Cela n’allait pas sans une perte de sécurité, et bien souvent j’ai eu faim de mes certitudes et de mes valeurs chrétiennes. Mais une porte s’était ouverte, et j’avais pris le large. J’y mettais un peu de fierté, je voulais être grande, adulte, être ma propre référence, au risque d’en glaner de moins bonnes que celles qui avaient construit ma personnalité. (suite…)

Une photo pour une autre

3 septembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

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Les paroles de l’évangile résonnent aujourd’hui presque avec inconvenance.
Jésus dit à Simon :
« Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
(Luc 5, 10-11)
Ironie de la liturgie.
« ce sont des hommes que tu prendras »

Lui, il a pris un enfant. Là, sur une belle plage que j’ai admirée un jour. Une plage de l’insouciance, une plage de l’amusement, une plage de la récompense de ceux qui ont attendu ça toute l’année.
Il ne l’a pas vue, cette plage, ce petit enfant. Il y était indésirable, il était fait pour y mourir et pas pour y bâtir des châteaux de sable.
J’ai vu, comme tout le monde, et j’ai eu honte, comme tout le monde. Mon cœur s’est serré, et mes entrailles de mère ont eu mal.
J’étais bien au chaud, bien au sec.
Prête à préparer ma classe pour des enfants qui maîtrisent tous très bien le français et dont aucun n’est né loin d’ici.
J’ai encore eu honte.
Je me suis demandé qu’est-ce qui, dans tout ça, n’allait pas, de la part de la multitude et de ma part aussi.
Je me suis demandé qu’est-ce que je devrais accepter comme changements dans mon agréable vie pour que cette image-là n’existe plus jamais.
Je n’ai pas trouvé de réponse.
Je me suis sentie si impuissante que je n’ai pensé qu’à une autre photo, avec l’envie de la lui donner au moins, à lui, à ce petit.
Un repos fleuri près de la mer, au soleil, au réconfort. Une espérance de justice retrouvée.

 

3 septembre 2015, à la mémoire du petit Aylan

Le cœur gros

29 août 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

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Un p’tit billet comme ça, pour ceux qui comprendront, et aussi ceux qui ne comprendront pas… Pour ceux qui l’ont vécu, et ceux qui se récrient à l’idée qu’on puisse le vivre…
J’ai le cœur gros parce que mon chat a disparu depuis une semaine. Ce n’est qu’un chat, diraient certains. Oui, mais pas n’importe lequel. C’est celui que j’aime.
Alors je revois tout : nos larmes quand il a fallu enterrer notre vieille et fidèle chatte il y a deux ans, et puis quelques jours plus tard, une collègue qui m’annonce qu’une femelle errante a caché une portée de quatre chatons sur sa terrasse. Elle est en train de les sevrer et ils ne savent pas quoi faire de tout ce petit monde qui galope sous leurs fenêtres.
« J’en veux un, ou deux ! »
Ce fut le cri du cœur.
Le cœur qui battait aussi, au début de cet été-là, quand nous sommes allés chez eux avec la boîte à chat en ne sachant pas quelle bouille  avaient les chatons, ni si nous rentrerions avec un petit le soir même. J’avais dit : « J’en prendrai deux, un mâle et une femelle, pour qu’ils ne s’ennuient pas. »
Les quatre adorables petites frimousses cachées dans des bambous. La maman chatte, toute noire, les quatre petits, blancs et tigrés. Coup de cœur. La gamelle de croquettes sur la terrasse, et les petits affamés qui s’approchent. Ma collègue parvient à capturer le plus gourmand. Il crachote et se débat, mais nous le tenons, c’est un mâle. Ma fille le calme et le serre contre son cœur. Première photo. Nous tentons encore de récupérer une femelle, mais en vain. Un autre mâle se laisse attraper et s’enfuit, non sans griffer mon amie. L’après-midi passe, ils ne se montrent plus.
Nous repartons, notre chaton dans la boîte, il miaule à fendre l’âme et ce rapt nous donne mauvaise conscience. (suite…)