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Indispensable amitié

21 février 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

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On s’est beaucoup agité, ces derniers jours, au sujet d’une correspondance privée entre Jean- Paul II et une « femme philosophe et mariée », d’aucuns y reniflaient un scandale bon à jeter le soupçon de l’opprobre sur l’Eglise en un de ses membres une fois de plus.
Je ne sais pas grand-chose de cette « affaire », mon propos n’est donc pas d’en commenter les détails. Je voudrais plutôt m’attacher au fond, à ce qui a fait dire au Pape François l’autre jour, dans l’avion qui le ramenait du Mexique : « On n’a pas encore compris tout le bien, en aide et en conseils, qu’une femme peut apporter à un prêtre, à l’Eglise ». Et de souligner qu’ « une amitié avec une femme n’est pas un péché. »
Merci, Pape François ! Il convenait que cela fût dit.
L’esprit du monde verra vite du péché, ou du moins du désir et de la consommation charnelle là où il n’y a que de l’amitié spirituelle entre une femme croyante ou en recherche et un religieux.
Diantre ! Avec toutes les correspondances que j’ai déjà eues dans ma vie avec des prêtres ou des moines, la plupart sans que je les rencontre jamais d’ailleurs, je devrais donc être source de scandale et de compromission pour eux !
Que l’on retrouve un peu de bon sens et d’humanité avant de juger inappropriés les liens qui peuvent se tisser entre une femme – mariée ou non – et un homme d’Eglise. A qui pouvons-nous confier nos quêtes, nos tourments et nos joies spirituelles sinon à un homme d’Eglise ? D’une part nous ne pouvons nous confesser qu’à un homme, cela va de soi, et d’autre part il nous sera toujours reproché, spirituellement, d’être « en roue libre ». J’ai essayé par deux fois de me confier à des religieuses. Ce ne fut pas très concluant. Beaucoup de bienveillance, mais un certain conformisme aussi, et toujours la conclusion ultime : elles n’ont pas le charisme de discernement nécessaire – je pense plutôt qu’on le leur a confisqué… (suite…)

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Je vois la « cathosphère » s’agiter, ces derniers jours, comme de façon récurrente, sur la question de l’accession des femmes au sacerdoce. L’occasion de m’exprimer sur ce sujet.
On me connaît comme réactive sur tout ce qui touche à la place des femmes dans l’Eglise. J’ai exprimé souvent mon amertume de nous voir si peu prises en compte au niveau des décisions ecclésiales majeures, celles qui touchent à la doctrine, à l’enseignement moral, à l’organisation interne de l’Eglise catholique romaine jusqu’à son sommet…
Par déduction, beaucoup pensent que je suis favorable à l’ordination de femmes prêtres.
Et pourtant, je ne le suis pas.
Je n’ai ni argument théologique, ni étude historique à mettre en avant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je participe peu à ce genre de débat.
Mais j’ai une opinion personnelle, et peut-être plus encore, une inspiration spirituelle.
Sur les grands sujets qui divisent l’Eglise contemporaine, j’ai pour habitude de ne pas raisonner. Je ne suis pas assez cultivée théologiquement pour le faire. Pas rompue non plus à l’argumentation systématique.
Néanmoins, sur cet espace de mon blog, j’aime bien me positionner dans certains débats. Pas en vertu d’une culture ou d’une intelligence. Non. Surtout, en fait, parce que je prie. Parce que sur les grands sujets épineux, quand je ne sais pas quoi penser, j’interroge le Seigneur. Je me mets à l’écoute du Père et du Fils par la grâce de l’Esprit. Je les importune jusqu’à leur soutirer une réponse.
Et comme de coutume avec Dieu, j’obtiens des réponses aux questions que je n’ai pas posées, et des silences sur mes propres débats intérieurs. Des suppliques restent en suspens. Des lumières me viennent comme des évidences là où je ne recherchais rien. (suite…)

Miséricorde ou empathie ?

28 janvier 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 5 commentaires

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Je suis en train de prendre conscience de ce qui me gêne dans un certain discours de l’Eglise. De ce qui me manque dans mes relations avec autrui, et en particulier dans ma vie ecclésiale.
Depuis le lancement du Jubilé de la Miséricorde, quelque chose m’incommode dans ce qu’en dit le Pape François et toute l’Eglise à sa suite.
Depuis longtemps, je lis tous les jours ce que dit ce pape ici ou là, ses homélies à Sainte-Marthe, ses discours plus officiels, les angélus et ses petites publications sur Twitter. Nous l’avons compris, il est, il sera le pape de la Miséricorde, celui qui veut nous faire retrouver celle du Père et du Fils, celui qui appelle l’Eglise à ouvrir grandes les portes de la Miséricorde pour tous nos frères et sœurs en humanité. C’est très beau, et très nécessaire, même si l’effet tarde à s’en faire sentir. Mais ce soir, c’est comme si je comprenais soudain pourquoi ça ne prend pas bien.
Je crois que nous touchons là à un point d’achoppement fondamental entre hommes et femmes.

L’homme a grand besoin de miséricorde parce qu’il est profondément pécheur. L’homme a grand besoin d’être pardonné pour son péché. Mais l’homme est orgueilleux, et il lui en coûte de s’abaisser devant le Christ Jésus pour confesser ses fautes et demander son pardon. Il lui en coûte plus encore de le faire par l’intermédiaire d’un autre homme, le prêtre. Les hommes n’aiment guère aller se confesser. Et le lent démarrage de ce Jubilé de la Miséricorde le prouve.
Je n’ai pas précisé le fond de ma pensée pour la paragraphe précédent. Quand je dis l’homme, je pense surtout à l’homme masculin. Le péché est profondément dans sa nature. Tout le monde s’insurge quand je l’écris : les hommes, blessés dans leur susceptibilité, et les femmes qui aiment à les défendre parce qu’elles sont désignées comme pécheresses, inductrices de péché, depuis la nuit des temps, et qu’elles ont intégré cela. Si fort qu’elles en viennent souvent à rejeter toute l’Eglise par révolte contre cette idée, sans pour autant vraiment remettre en cause l’idée même. (suite…)

Tandis que les faux prophètes qui accentuent le trait d’une tradition chrétienne au mépris de toutes les autres – je pense en particulier aux propagandistes des mariolâtries exacerbées – attirent nombre d’adeptes et entendent phagocyter l’Eglise avec leur propre interprétation des dogmes et des phénomènes apparitionnaires, je constate avec tristesse que les voix qui défendent un retour plus pur à l’Evangile et une révision de certaines doctrines catholiques ou orthodoxes rencontrent peu d’écho. On insiste encore et encore sur ce qui divise comme étant la plus pure vérité – alors qu’elle ne relève que de la Tradition et pas des Ecritures – en négligeant ce qui pourrait unir dans le dialogue avec les réformés.

Je l’avoue, j’ai parfois honte d’appartenir à cette Eglise qui tolère en son sein des idolâtres d’une Vierge Marie qui n’a plus rien d’humain. On parle d’Elle avec une majuscule, on la proclame reine de ceci et de cela, co-rédemptrice de l’humanité, épouse du Christ – ce qui est tout de même le comble pour sa mère – et on l’enrubanne de superlatifs qui finissent par la rendre aussi désincarnée qu’une déesse païenne.

Disant cela, je dois une fois de plus préciser que j’ai une grande tendresse pour Marie et qu’elle a toute sa place dans ma prière d’intercession. Mais je suis fatiguée que l’on se serve d’elle pour mieux souligner l’indignité de toutes les autres femmes. C’est facile de se pâmer devant une image pieuse de la Vierge Marie et de fermer son cœur et ses oreilles dès qu’une femme bien de notre siècle tente d’avancer des arguments contre cet excès de vénération. (suite…)

Une épée de Damoclès

20 janvier 2016 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

En ce troisième jour de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je voudrais évoquer ce qui empêche souvent les paroles porteuses d’unification d’émerger. Oui, elles restent bien souvent étouffées, en particulier du côté des catholiques, en raison de la toute-puissance du Magistère. C’est ainsi, il a été décidé, écrit, proclamé que « La charge d’interpréter authentiquement la parole de Dieu écrite ou transmise a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église, dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ. Ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu ; il la sert, n’enseignant que ce qui a été transmis, puisque, en vertu de l’ordre divin et de l’assistance du Saint-Esprit, il écoute pieusement la parole, la garde religieusement, l’explique fidèlement, et puise dans cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il nous propose à croire comme étant divinement révélé.» ( Dei Verbum, paragraphe 10).

Et ainsi, toute parole qui dévierait de la doctrine officielle de l’Eglise catholique est considérée comme hérétique. Et l’hérésie est passible d’excommunication. Quelles que soient la sincérité, l’authenticité et la vérité d’une inspiration spirituelle, si elle est considérée comme non conforme à la doctrine validée par le Magistère, elle est balayée d’un revers de la main. Soit on est poliment ignoré, soit on est encouragé à se taire et à rentrer dans le rang, soit on voit se profiler la menace de l’excommunication. Martin Luther en fit l’amère expérience. Et pour bon nombre de catholiques d’aujourd’hui, les protestants sont toujours rien moins que des hérétiques. (suite…)