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Je suis une fille de la campagne. Depuis toujours. A ce titre, j’ai passé les étés de mon enfance non pas sur des plages ou des chemins de randonnée, mais à cueillir des groseilles et à effiler des haricots. Je m’en acquittais tant bien que mal, n’ayant pas d’autre choix, que ce soit à la maison ou chez mes grands-parents.

Aujourd’hui, j’ai une maison avec un assez grand terrain. J’y fais tout moi-même, ce qui m’oblige à restreindre les tâches. Passer la tondeuse à gazon, cueillir et conserver les fruits, entretenir les massifs de fleurs, cela me suffit. J’ai renoncé depuis quelques années au jardin potager. Terre ingrate et manque de temps. Je ne suis pas de ces passionnés de la tomate et de la courgette bio. Dans mon entourage proche, je n’entends parfois parler que de cela, et ces discussions récurrentes ont provoqué chez moi le réflexe inverse de la course au panier de légumes du jardin. Entourée d’acharnés de la semence maison et de la conserve d’été, j’ai résolu de ne pas passer la moitié de l’année à me soucier de ce que j’allais me mettre dans le ventre. Car finalement, à trop se passionner pour une nourriture hors des circuits longs, on finit par être obsédé par le légume qui trouvera place dans son assiette à midi. On consacre le plus clair de ses loisirs à cultiver la terre, à la désherber, à faire la chasse naturelle à la limace et au liseron, à courir les marchés bio et les producteurs locaux… Je ne dis pas que cela ne soit pas vertueux sur le plan sanitaire et environnemental. J’admire plutôt cette ténacité. Mais je suis parfois fatiguée de passer pour une inconsciente consommatrice de produits de supermarché. J’ai entendu des conseils de culture maison jusqu’à la nausée, lors de réunions dont ce n’était pas du tout le but. Ceci a peut-être entraîné cela. J’ai lu aussi « Laudato si », et avec plaisir. Mais l’écologie n’est pas ma raison de vivre. Je ne pourrais pas habiter en ville et n’avoir aucun arbre à chérir. Mais de là à être agricultrice bio pendant mes nécessaires vacances, non. C’est un choix un peu marginal que je pose dans mon milieu campagnard. A la dictature du potager, je préfère la plantation pleine d’espérance d’une pivoine ou d’un massif de mufliers. Mon été sera de fleurs, si ma terre le veut bien. Et de temps de prière volé à l’ombre du parasol, sur la terrasse.

Mes fleurs fanées

24 avril 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Vous savez, ces petits poèmes de fête des mères, pleins de compliments touchants et de rimes un peu maladroites, calligraphiés sur une jolie carte fabriquée à l’école, et que l’on garde précieusement dans un tiroir et les recoins de sa mémoire. Ça me rassurait d’en recevoir, car moi, petite fille, je n’étais jamais parvenue à en écrire pour ma mère. Ça me rassurait. J’étais une bonne maman.

Et puis elles deviennent des femmes, et un jour, autour d’une tarte aux cerises, elles ont besoin de parler. Et ça va très loin dans les larmes, les confidences, les questions, les souvenirs, les amertumes. Accueillir cela aussi, comme on a accueilli les poèmes de fête des mères un peu surfaits. Accueillir la vérité de l’autre, pour découvrir des erreurs refoulées en soi. Ne pas refuser d’entendre. Ne pas refuser de se remettre en question.

Il faisait très chaud samedi, quand je me suis offert à moi-même un bouquet de fleurs. Très chaud, et elles se sont très vite flétries.

Je les regarde ce matin, mes fleurs fanées. Je n’ai pas été la mère que je rêvais d’être à 25 ans. Pas meilleure que les autres, pas forcément pire non plus, même si les cicatrices dans les cœurs et les chairs de mes enfants sont réelles. Reconnaître ma part de responsabilité, admirer la façon dont ils font face. Encourager. Aimer au-delà de tout amour.

Au compost, mes fleurs fanées ! Du compost, toujours, finit par rejaillir une vie nouvelle, nourrie de mort et de résurrection.

Leurs pérégrinations

21 avril 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Ils aiment voyager. Beaucoup. J’avais la bougeotte aussi, quand j’avais leur âge, alors je les comprends très bien. Je suis devenue plus sédentaire avec le temps et les obligations, mais cela me fait plaisir que mes enfants aient envie de découvrir le monde, avec simplicité et goût de l’aventure. Itinéraires de randonnée ou de découverte urbaine à deux, aventure en solitaire sac au dos en couchsurfing, leurs choix sont variés autant que leurs destinations. J’aime me tenir au courant de leurs pérégrinations, sans être obsédée par leur sécurité. Leur intelligence et la bonne étoile qui veille sur eux me rassurent. Ils sont doués en langues et se débrouillent partout.
Un jour, ils ont compris définitivement ce qui me faisait plaisir comme souvenir de voyage. Je ne suis pas très exigeante, ça coûte peu comme ils ont peu, mais j’apprécie ô combien leur délicatesse de penser toujours à leur maman dans les contrées qu’ils découvrent. A chaque retour, c’est la joie de les retrouver en bonne forme, et de déballer le magnet choisi avec amour. Ils savent qu’il sera en bonne place sur la porte de mon réfrigérateur, toujours sous mes yeux pour me rappeler leurs escapades et leur délicate attention.
Sur la porte de mon frigo, on fait en un regard le tour de l’Europe, on va d’île en capitale et sur tous les continents, on admire architecture, art et paysages, on rit de voir la reine d’Angleterre côtoyer le pape François qui fait de la Vespa. Le monde sous mes yeux, coloré et joyeux, comme le récit de leurs aventures quand ils en reviennent, gorgés de souvenirs.

Un baptême

15 avril 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

L’ambiance est festive à l’église, pleine ce matin : guitare et chants joyeux, et dans l’assemblée, un petit bonhomme vêtu de blanc qui est tellement fier de montrer qu’il sait déjà marcher qu’il s’agite un peu en grommelant dans les bras de ses parents pour aller encore et encore arpenter l’allée centrale. Il voudrait bien s’avancer vers le chœur et ne doit pas comprendre pourquoi son papa l’en empêche. C’est un peu long pour lui, le temps des prières chantées, des lectures et de l’homélie.
Et puis vient son moment. Il va être baptisé. Le prêtre, calme et imposant physiquement, invoque sur lui l’Esprit Saint, les mains au-dessus de sa petite tête blonde. Un grand silence se fait. L’enfant ouvre des yeux étonnés et comme consentants, l’assemblée retient son souffle devant la solennité du moment. L’Esprit est là, comme palpable. L’enfant reçoit le baptême par l’eau et demeure sage. Puis le prêtre oint son front du Saint Chrême,  le petit garçon se saisit d’une mèche de cheveux de sa maman qui le tient dans ses bras, et il essuie un peu son front avec ces cheveux. Un geste bouleversant qui en rappelle un autre, l’onction de Béthanie, que nous lisons au Lundi saint.
L’émotion court sur tous les visages de sa famille et des fidèles. Le petit baptisé est calme désormais, et finira par s’endormir dans sa poussette.

C’était un très beau moment, ce matin, à la messe dominicale.
Seigneur, merci pour la grâce du baptême !

La fête du chocolat

1 avril 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Je suis sûre que si on posait la question de savoir ce qu’est la fête de Pâques aux petits Français d’aujourd’hui, la grande majorité répondrait que c’est la fête du chocolat : la chasse aux œufs, les poules, les lapins, les cloches en chocolat.
Leurs parents se justifieraient : c’est un rituel qui marque le passage de l’hiver au printemps, proche de l’équinoxe, on fête l’explosion de vie dans la nature. Ils ajouteraient même que les fêtes religieuses se sont greffées sur ces rites païens par opportunisme. Chacun décore sa table avec ces symboles qui changent un peu du gris de l’hiver. On fête Pâques en famille, contrariés quand il pleut et que les enfants ne peuvent pas ramasser leurs surprises dans le jardin. Au soir, on range tout ; reste le chocolat qu’il va falloir manger, au placard les bonnes résolutions de « régime maillot de bain » ! On se plaindra un peu sur le pèse-personne les semaines suivantes. Et on attendra la prochaine fête commerciale pour faire diversion dans un quotidien un peu monotone.

Face à cette concordance de vues sur la journée du chocolat, j’ai l’air un peu trouble-fête si j’ose annoncer ma foi. Ma foi chrétienne. Ma foi en la résurrection du Christ. Ma foi en ce recommencement de vie qui n’est lié ni à la saison, ni à ce que j’ai en ce moment dans mon estomac.

J’ai vécu une pâque ces derniers jours, une véritable pâque. Aux Rameaux, le décès d’une dame que j’aimais tant, avec laquelle j’avais en commun la foi et la vie paroissiale. J’ai passé la moitié de la semaine sainte à la pleurer, d’autant plus que mon administration ne m’a pas autorisée à aller à son enterrement. Que viennent faire dans la vie professionnelle des liens de cœur et d’Eglise ? Ces liens-là ne comptent pour rien dans une gestion laïco-administrative. (suite…)