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On décrie parfois l’art religieux pour avoir été coercitif, répondant à des commandes. C’est ainsi que les choses m’étaient présentées au lycée par des professeurs soucieux de laïcité.
Et si ces artistes avaient aussi traduit des émotions profondes devant les beautés de la Révélation biblique et un souci d’évangélisation, notamment à des époques où l’image ou la sculpture permettaient aux illettrés de mieux appréhender leur religion ?

Avec une amie très chère et qui, ce qui est un peu rare pour moi, partage mon goût pour l’art religieux, je me suis fait grand plaisir cette semaine en revisitant le musée Unterlinden de Colmar, qui, après rénovation, est devenu somptueux. Les sous-sols offrent de très belles œuvres du XIXe à nos jours, mais j’étais impatiente de lui faire découvrir aussi le cloître et les salles attenantes, offrant une multitude d’œuvres d’art sacré rhénan, peintures hautes en couleurs et sculptures d’une grande délicatesse, la plupart des XVe et XVIe siècles. Bien sûr, le retable d’Issenheim est le trésor de la collection, et je ne me lasse pas de contempler les différents plans, de l’Annonciation à la Résurrection en passant par le Crucifixion connue pour son réalisme saisissant.
Mais il y a aussi, dans une autre salle, une statue de bois du Christ en prière que j’affectionne particulièrement. Son image est depuis longtemps au mur de mon coin prière. Ce Christ au Mont des Oliviers est d’une beauté saisissante. Je l’ai déjà dit, je ne suis jamais vraiment satisfaite des représentations du Christ Jésus, l’imaginant bien plus beau que tout ce que l’on peut peindre ou sculpter. Mais cette statue-là m’inspire, et je rends grâce à l’anonyme qui l’a réalisée. Je suis restée longuement mercredi devant ce beau visage tourné vers le Père. Jésus en prière, qui mieux que lui peut faire sourdre la nôtre en action de grâce pour tous ces artistes qui ont contribué à nous transmettre la foi ?

Image : Christ au Mont des Oliviers, Atelier colmarien, fin du XVe, Musée Unterlinden

Ma croix de Jérusalem

11 mars 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Mes trois sœurs et moi, assises à la table de notre papa, dans une ambiance un peu grave et silencieuse.
« Il est temps que vous vous partagiez les bijoux de votre maman. »
Il ouvre les petites boîtes, la larme au coin des yeux, et nous découvrons avec une émotion infinie ce qu’elle portait souvent, ou parfois, ou jamais. Elle n’était pas une grande coquette, notre maman, et dans ces écrins, il y a surtout des signes religieux, des bijoux familiaux, des marques de l’amour fidèle de son mari pendant plus de cinquante ans. Un Christ en croix, qu’elle portait toutes ses dernières années, m’appelle un peu mais ma sœur aînée le désire. Je ne pense pas que je l’aurais porté : Jésus est dans mon cœur plus vivant que mort, et j’ai toujours eu un peu de mal à arborer des bijoux très catholiques. Mon autre sœur se pare du collier le plus lourd en or. C’est tellement peu étonnant qu’aucune autre ne proteste. Il y a là aussi sa bague de fiançailles, que petite fille, je lui ai vue très souvent au doigt. J’en suis émue. « La bague, je peux ? » Elle avait les doigts plus fins que les miens, je dois forcer un peu, mais j’aime ce signe de leur amour qui nous a engendrées toutes les quatre.
Et puis il y a là un bijou que je ne connais pas du tout, une croix carrée, un peu étrange. Jamais je n’ai vu notre mère la porter.
« Qu’est-ce que c’est, ça, papa ? »
Il me répond que le frère prêtre de notre mère a rapporté cette croix sur chaîne en or de son unique pèlerinage en Terre Sainte, quand il était jeune. Cela m’étonne un peu. Jamais nous ne l’avons vu aussi généreux avec notre maman. Mais c’est ce bijou-là qui m’attire, et aucune de mes sœurs ne va me le contester.
Au retour chez moi, je me renseigne sur le net, et je comprends que c’est une croix de Jérusalem, un emblème très ancien, peut-être déjà des premières communautés chrétiennes. Un signe religieux qui me convient tout à fait.
Des années plus tard, voyant une photo de ma grand-mère à une fête de famille, je remarque ce bijou autour de son cou. Je comprends, beaucoup moins étonnée, que c’est à sa mère que mon oncle l’avait offert jadis et qu’il est parvenu à la mienne au décès de leur maman. Ainsi, cette croix fait le lien, autour de mon cou, entre deux femmes qui se sont tant déchirées leur vive durant.

J’aime porter ma croix de Jérusalem. Dès que les vacances arrivent, ou le dimanche, je la sors de son écrin et je la porte avec reconnaissance, bénie qu’elle a été dans la Ville Sainte. Et puis quand reviennent les jours de travail, je l’enlève à regret. C’est ainsi en France, je suis fonctionnaire, je n’ai pas le droit d’arborer un signe religieux sur moi pour faire classe. Je l’enlève toujours à regret. Car entre son histoire religieuse et nos transmissions familiales, cette croix me protège partout où je vais, je le sais, et je me sens davantage témoin de ma consécration quand je la porte sur moi.

Les amis dans la foi

10 mars 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Je tiens beaucoup à mes amis, à tous mes amis, je pense qu’ils ont trouvé en moi une amie fidèle. Ils sont tous différents, avec pour seul dénominateur commun que je les aime, et réciproquement. La plupart ne vivent pas près de chez moi, alors on ne se voit pas forcément souvent, mais les liens ne se rompent pas pour autant.

Et puis il y a d’autres amis, qui ont eux un dénominateur commun : la foi. Très souvent, mais pas forcément toujours, la foi chrétienne. Ces amitiés-là se sont fondées sur notre foi commune ou comparable. Sans la foi, sans un partage sur ce qui nous anime, je crois que je ne les aurais pas connus.
Très proches géographiquement, il y a ceux de ma communauté de paroisses et un peu au-delà, de mon diocèse. Nous nous sommes connus dans les églises, dans des soirées bibliques, dans des réunions ou des conférences. Ce que je trouve beau, avec ces amis-là, c’est que nous n’avons pas besoin de nous fixer de rendez-vous : viennent les occasions liturgiques et ecclésiales, et nous nous retrouvons. Souvent, nous nous sommes donné le geste de paix à la messe, et la connivence s’est installée. Plus ou moins d’affinités, et même pour certains, rien ne nous rapprocherait si ce n’est la foi. Mais nous avons un même sentiment d’appartenance à la famille du Christ, à la grande famille des enfants de Dieu. Et de fait, une amitié se fait jour.

D’autres amis dans la foi sont plus loin géographiquement, et parfois d’autant plus proches par le cœur et l’âme, même si les entrevues sont rares, même si ne nous ne sommes jamais rencontrés de visu. Pour certains, je ne connais même pas leur visage ni eux le mien. Mais la foi qui nous habite tisse entre nous des liens profondément vrais. Il m’arrive d’échanger avec des amis que je ne connais que spirituellement aussi profondément, voire plus, qu’avec les plus proches de mes proches. Et pour cela, je bénis les technologies d’aujourd’hui, le mail, les blogs, les sites internet qui nous permettent de communiquer facilement.

Les prêtres, religieux et religieuses tiennent une place toute particulière parmi ces amis-là. Nous nous retrouvons dans notre solitude choisie pour le Christ. Nous sommes les uns et les autres habités par plus grand qu’un conjoint, plus fort qu’une famille. Il s’instaure une compréhension réciproque qui n’est pas toujours possible avec les amis non consacrés. Nous savons pour qui nous avons donné le reste de notre vie. Et nous pouvons en parler ensemble sans avoir besoin de justifier ce choix de vie-là, qui est souvent si mal compris de l’extérieur ! Amitiés de plénitude qui sont autant de signes de la bienveillance de notre Dieu et de la pertinence de notre engagement envers Lui.

La chance de L’aimer

4 mars 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

C’est à la fois un don de Dieu et une volonté personnelle. Une inclination que j’ai toujours eue, depuis ma plus tendre enfance : aimer le Christ Jésus. Aimer tout de Lui : ses paroles, sa manière de vivre au milieu de ses contemporains, sa douce miséricorde, son exigence de veille sur nos relations humaines, son regard aimant, sa façon libre et tellement respectueuse pour son époque de s’adresser aux femmes quelles que soient leur réputation et leurs requêtes, sa lucidité sur « ce qu’il y a dans l’homme », son courage face aux gardiens de la Loi et des traditions de la religion dans laquelle il a été élevé en y restant fidèle, son charisme qui a permis à ses disciples de dépasser les vexations qu’il leur a imposées pour raboter leur orgueil, et même sa colère quand il chasse les marchands du Temple. J’ai toujours tout aimé de Lui depuis que j’ai appris à le connaître dans l’Evangile, dans des livres offerts par un oncle prêtre à la petite fille que j’étais, dans des films ou des spectacles fidèles à sa personne et à la parole qu’il lui appartenait de confier à l’humanité qu’il a visitée il y a 2000 ans. Jamais, je n’ai cessé de l’aimer, même dans le doute quant à sa nature divine et dans l’éloignement des sacrements pendant les quinze premières années de ma vie d’adulte. Je ne porte plus de honte de cet agnosticisme et de cette remise en question de l’Eglise. Une foi si vive et si spontanée devait être passée au creuset un jour. Ce n’est pas le Christ que j’ai cessé d’aimer. Jamais. C’est la manière dont certains voulaient se l’accaparer en le dénaturant.

Je l’ai retrouvé, mon Seigneur, Celui que mon cœur a toujours aimé et cherché. Je l’ai retrouvé, femme que j’étais devenue, pour l’homme qu’il a été parmi les hommes et continue à être pour ses frères et sœurs avec qui il désire tout partager de Lui, y compris sa divinité reçue de son Père. Etre avec Lui dans un échange incessant de regards, de paroles intérieures ou chantées, d’intercession, de communion à son Corps offert en sacrifice. L’aimer même sur la croix, jusque sur la croix. Aimer même ce corps supplicié par la jalousie de ceux qui croyaient comprendre et respecter le Père mieux que Lui. Aimer sa patience, quand je pensais qu’un homme-créature pourrait m’apporter la plénitude à laquelle j’avais goûté et aspiré en Lui. Aimer son abnégation quand j’ai cédé aux désirs d’un autre que Lui, aimer la liberté qu’il m’a laissée de devenir mère, aimer le sacrifice qu’il a concédé d’une vocation précoce à laquelle il aurait pu m’appeler, mais qu’il n’a laissé se faire jour qu’une fois que la maturité et la pleine capacité de répondre « oui » librement étaient venues.
Non, je ne suis pas « une religieuse manquée ». Ma vocation, je le sais par Lui, était d’aller jusqu’au bout de ma chair de femme, de vivre la maternité comme une première plénitude, et la consécration tardive comme le point d’orgue de cette vie. (suite…)

C’est une partition en clef de froid polaire. Dehors. Mais au-dedans, la joie incommensurable des visages aimés retrouvés, la paix qui sourd de la cascade gelée et des voix harmonieuses s’élevant dans le chœur des trappistes de laudes à complies. La paix, aussi épaisse que la couche de neige qui s’installe un matin où on ne l’attend pas. Ici, des couleurs vives de carnaval vénitien au bord d’un lac sommeillant sous le froid, et là, le blanc d’un jardin des merveilles au soleil couchant.
A l’abbaye, une porte lourde qui se referme sur le parloir du bonheur, l’oreille tendue de saint Benoît qui goûte les notes de l’échange chaleureux, les mots de la sérénité et de la joie de croire, l’essentiel compressé en un condensé de minutes si rares et si précieuses. D’autres années, je lui ai confié mes tensions et mes impatiences, cette fois nos sourires se répondent dans mon enthousiasme retrouvé et sa vieillesse qui avance sans avoir raison de sa transparence. Je remarque l’ongle de son majeur, un peu blessé, comme le mien, à la même main. Nous aurons donc un point commun de plus, s’il en fallait encore un. C’est si doux de le retrouver, qu’il soit encore là, toujours là, dans son vœu de fidélité et de stabilité. Stable et fidèle amitié, si riche et si complice ! J’aime ses formules, modelées au goût de la lectio divina, et sa présence soudain dans la cuisine de l’hôtellerie le matin de mon départ : « La voilà, celle que je cherche pour lui dire au revoir ! » Partir le cœur en fête, parce que cette si courte retraite a donné davantage qu’escompté, silence empli de prière fervente et route qui étincelle d’évidence vers un avenir confiant.

Non, je ne rentre pas tout de suite, il y a encore des beautés à voir dans le brouhaha d’une ville. Monter maintes marches à la recherche de la cathédrale, goûter chaque vitrail, trouver qu’il fait chaud dans les églises et les temples tandis qu’il fait si froid dehors. Garder toute sa paix intérieure au milieu des multiples visages croisés dans les transports en commun, avoir rêvé d’un thé au bord d’un lac azur et retrouver les quais ensevelis sous la neige, les canards tremblants dans l’eau glacée, saluer en riant une dame qui fait du ski de fond là où les tulipes devraient déjà égayer les promenades. Le temps d’un déjeuner, revoir une amie très aimée et nous raconter à la hâte toutes les années passées depuis notre dernière rencontre. Aller s’étourdir de beauté à une sublime exposition d’art, là un Sisley, ici un Degas, et encore un Manet et un Picasso… Mon appareil photo n’en peut plus de tant de splendeur en pastels.

Tandis que je dégage une épaisse couche de neige de ma voiture immobile depuis deux jours, je songe à la richesse de cette semaine de plénitude, carême offert par la main généreuse de Celui qui pourra le printemps après un long hiver de torrent courant sous la glace.