Site de Véronique Belen
Header

Blog

On s’entraînait depuis des semaines pour la rencontre inter-écoles d’athlétisme prévue aujourd’hui. Courir, sauter, lancer, constituer des équipes, de quoi se motiver à prendre le bus et à se mesurer à d’autres. Le doute s’installe en début de semaine en même temps que la canicule : est-ce bien raisonnable de faire se dépenser autant d’enfants par cette chaleur ? Première annulation : le relais de l’après-midi. Deuxième annulation : les épreuves de la matinée aussi. Les élèves sont bien déçus : on a connu des annulations pour cause de pluie, mais pas encore pour cause de canicule!

Allais-je les tourmenter le jour dit avec les nombres décimaux et de la grammaire ?
Non, ce serait quand même une journée dédiée au sport !
Ils sont nés entre 2006 et 2009 et presque tous bien sportifs, un certain nombre se passionnent pour le foot et le pratiquent.
Alors je me suis dit que pour eux, la Coupe du monde 1998, c’était déjà du domaine de l’histoire. Et qu’ils n’avaient certainement jamais vu la finale France-Brésil (« Et un, et deux, et trois-zéro… ») oui, nous on connaît, mais ces enfants ?
La surprise -bien gardée- de la matinée, ce fut donc de regarder le match en entier sur le tableau blanc interactif. Aux trois buts, on se serait cru dans un stade ! Quelques longueurs bien sûr, mais personne ne s’est plaint de vivre ce moment historique du sport français comme en direct et sur grand écran !
Il faut encore meubler l’après-midi, la température montant résolument d’un cran.
Cette fois l’idée vient de la maternelle : percer le bouchon de bouteilles remplies d’eau, chacun est muni de son arme et c’est parti pour une longue bataille d’eau qui fera résonner des rires joyeux dans la cour de l’école inondée de soleil. Enfants trempés des pieds à la tête, mais indiscutablement heureux. Puis ils se calment d’eux-mêmes et l’air saturé de chaleur les sèche vite.
Allez, encore un petit tour à la bibliothèque, quelques chants, et on remballe les cartables au repos pour aujourd’hui. Il y a encore deux longues semaines de classe pour les décimaux et la grammaire, mais la canicule d’aujourd’hui n’aura pas eu raison de notre moral.

Les voir grandir

17 juin 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Tandis que je fais mes courses à la supérette du village voisin, j’entends une voix souriante : « Bonjour Véronique, tu vas bien ? » Boucles folles autour d’un beau visage, il pousse un large balai de façon décidée. Je mets un moment à le reconnaître, ah mais oui, promo CE1 2005-2006, je m’en souviens très bien, de celle-ci, puisque c’est celle de ma fille.
« Tu travailles ? C’est bien !
– Oui, il faut que je paie mes études !  »
Rapide dialogue pour ne pas le compromettre dans son job d’été. Il est en prépa sciences-physiques et ça le passionne. Maintenant je m’en souviens, sa maman m’avait dit il y a quelque temps qu’il voulait être astrophysicien. Je revois le bambin un peu lent, qui ne finissait jamais son exercice, mais qui brillait aux évaluations de maths. Le voici qui trace sa route.
L’avantage d’être dans une école rurale près de son domicile, c’est qu’on a facilement des nouvelles de ses anciens élèves et qu’on les revoit de temps en temps. Il y a quelques années, ce jeune homme, je l’ai raccompagné un jour du lycée avec ma fille sans l’avoir reconnu ! Entre le petit garçon sage et l’ado aux cheveux longs…
C’est toujours émouvant, de les revoir adultes. Ils sonnent à la porte pour nous vendre le calendrier des pompiers… Ils viennent dans ma classe pour des travaux pratiques dans le cadre de leurs formations professionnelles… Il m’est même arrivé un jour, lors d’une courte hospitalisation, d’être soignée par une infirmière qui était une ancienne élève !

Ainsi va la vie. Je leur apprends à comprendre ce qu’ils lisent, à faire une addition et une soustraction, je leur inflige le calvaire des tables de multiplication à apprendre, je les emmène parfois en classe de découverte, et je les retrouve quelques années plus tard dans un beau cursus universitaire ou un métier qui leur plaît.

Dans ces moments-là, je mesure encore mieux la beauté du mien.

Précieuse visite

12 juin 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Vendredi, je lui demande si elle vient dimanche pour les élections législatives. Elle est encore inscrite sur les listes électorales ici. Réponse affirmative, et elle me demande si elle peut dîner et dormir à la maison la veille. « Bien sûr !  » Je suis très heureuse : cela doit faire six mois qu’elle n’a plus dormi dans sa chambre.
Samedi, je l’attends donc de pied ferme. Je fais les courses, je prévois le petit dîner et le repas du dimanche avec son frère et la compagne de celui-ci.
Dans la journée, de temps en temps, elle m’envoie une jolie photo de montagne : « Tiens, elle se balade autour de sa vallée !  » Il faut dire que depuis début mai, ma grande fille s’est installée pour six mois au fond d’une vallée très charmante, près d’un lac où nous allons de temps en temps, mais pas trop souvent ; depuis chez moi, il y a plus d’une heure de route soit très sinueuse en pleine montagne, soit encore plus longue, il faut passer trois vallées et remonter assez haut. Bref, une petite aventure pour moi qui deviens avec les années anxieuse au volant.
La journée de samedi passe, vers 18h elle m’envoie encore une photo de joli paysage et m’écrit qu’elle sera un peu en retard pour le dîner, que je ne suis pas obligée de l’attendre. Et là, soudain, je réalise : elle est en train de venir chez nous à pied !!! Elle  concrétise aujourd’hui  son rêve un peu fou de joindre en randonnée notre village au sien, distants par la route de plus de cinquante kilomètres ! Je suis toute à ma surprise. Elle vient voir sa maman en franchissant plusieurs cols et montagnes ! N’est-ce pas moi qui lui ai offert à Noël toutes les cartes de randonnée du secteur ?
C’est si beau et émouvant que je mets ma petite faim de côté et que je dresse la table sur la terrasse avec des bougies. Il faut dire que le soir tombe.
Un peu après 21 h, elle m’écrit encore : « J’arrive ! »
Je n’y tiens plus. Je sais par quel chemin elle va rejoindre la maison, et je vais l’y attendre, entre joie et un peu d’inquiétude : elle marche depuis presque dix heures !
Longues minutes d’attente. Puis je vois enfin une silhouette de randonneuse, sac à dos et carte IGN en bandoulière, qui émerge de la forêt. Elle est là ! Elle y est arrivée !
Je la serre dans mes bras comme jamais. Ma joie n’a d’égale que sa fierté et sa fatigue.
Et à 22h, nous passons un délicieux moment à dîner en tête à tête dans le frais de la nuit tombante, aux chandelles… Précieuse, ô combien précieuse visite !

On parle beaucoup de l’Esprit Saint ces jours-ci, avec la fête de la Pentecôte. Oui, l’Esprit Saint, on en parle, et c’est habituel dans les différentes églises chrétiennes, mais qui est prêt à l’écouter ?
Où est l’Esprit Saint ? Où et comment parle-t-il ?

Tout chrétien estime, et c’est légitime, avoir part à l’onction de l’Esprit Saint. Mais là où je me pose réellement des questions, c’est quand ceux-là s’échauffent et déclament contre-vérité sur contre-vérité en arguant qu’ils le font au nom de l’Esprit Saint.

Le Consolateur fait l’unité dans la diversité, prêche aujourd’hui le Pape François. Certes. Mais l’Esprit ne saurait faire dire une chose et son contraire, la vérité étant dans les deux camps.

« Qu’est-ce que la vérité ? » disait déjà Pilate à Jésus au jour de sa Passion. Il l’avait devant lui et ne la voyait pas, il aurait pu l’entendre mais ses oreilles n’y étaient pas prêtes. Il s’en est lavé les mains. Jésus a été crucifié.

Aujourd’hui, jour de la Pentecôte, certains prédicateurs célèbrent l’Eglise encore davantage que l’Esprit. Celui que j’ai entendu hier soir souhaitait un joyeux anniversaire à une « très vieille dame » dont il a fait pendant tout son sermon l’apologie, cette vieille dame étant l’Eglise dont nous, indignes membres,  ne saurions pas voir les manifestations dues à l’Esprit dans les laïcs dévoués, les vocations nées sur un terreau d’incroyance, les rassemblements tels que les JMJ…

Je suis restée sur ma faim. Il faut parfois chausser de grosses lunettes opaques pour ne pas voir dans l’Eglise ce qui est un contre-témoignage à l’Esprit : les revendications identitaires, les discours moraux qui se durcissent, les « vocations » surtout mondaines, les choix politiques de repli et de haine de l’autre…

Les prédicateurs s’accordent en général pour dire que l’Esprit Saint bouscule l’ordre bien établi. Et de citer des saints persécutés par l’Eglise en leur temps et tardivement canonisés.

Mais de nos jours, qu’a le droit de bousculer l’Esprit ? Ne nous leurrons pas : dès qu’il remet en cause, par une bouche indésirable, l’amas de doctrine catholique tissé depuis des siècles par des hommes pas tous inspirés ni bien intentionnés, il est discrètement bâillonné et repoussé aux marges de l’Eglise… Veuillez entonner un beau Veni Creator, mais surtout pas remettre en cause des doctrines séculaires au cœur de l’Eglise catholique romaine…

Le temps des cerises

2 juin 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Cette année, mon cerisier ploie sous le poids des fruits. Mon voisinage s’étonne : il a donc résisté aux gelées ? Ce cerisier-là est un petit miracle : il s’arrange pour offrir toujours une récolte le jour de la fêtes des mères. Bien pratique quand mes enfants me rendent visite, et que mon fils, plus téméraire que moi, monte dans ses branches pour m’aider à la récolte. La récolte, que dis-je ? Cet arbre est si haut et si fantaisiste dans sa forme qu’au moins 95 % des cerises sont perdues pour nous. Mais finalement, cela ne déplaît pas tant, d’offrir une nourriture goûteuse aux oiseaux du ciel. Les merles ont élu domicile ici : ils savent que la place est généreuse et qu’ils ne seront pas chassés, pas même par le chat paresseux.

Cette année, le panier se remplissant vite, j’ai ressorti l’énorme stérilisateur qui doit avoir au moins mon âge. Je ne sais plus en quelles circonstances m’a maman me l’a donné, mais c’est bien chez moi qu’il demeure désormais. Et me voilà à jouer les campagnardes prévoyantes : équeuter patiemment, laver, remplir les bocaux de fruits à attendre longtemps que l’eau se mette à bouillir et que la stérilisation se fasse. C’est tout un cérémonial au goût d’enfance, quand je passais, avec mes sœurs, tout l’été à égrapper des groseilles et à effiler des haricots que notre mère transformait en confitures et en conserves pour les longs mois d’hiver. Retrouver ces gestes de tradition et de bon sens. M’inscrire dans la lignée de mes ancêtres, tous agriculteurs.

Voilà, l’eau bout, la température monte dans le thermomètre archaïque mais encore fiable, je peux me reposer à la fois de la semaine et du labeur que ces petits travaux représentent, et me réjouir à l’avance des salades de fruits de l’hiver pour les moments de convivialité qui s’offriront.