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Porte-bonheur ?

1 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire


J’ai fait mon 1er mai hier, comme il faisait beau ; une balade en forêt à le débusquer dans les sous-bois et sous les pousses de jeunes chênes, toute fière de ma récolte inhabituelle car je n’étais visiblement pas la première à en chercher.

Il est beau, ce muguet, et il sent bon. Plaisir sur la table du salon.
Mais à quel souhait l’associer ? Où est passée la légèreté, l’insouciance d’un tel jour ? Que représente la Fête du Travail dans un pays où il y a tant et tant de demandeurs d’emplois et de précaires ? Quelle société sommes-nous en train de léguer à nos enfants ?
Avec les miens, nous avons beaucoup débattu des enjeux de la présidentielle ces derniers mois. Nous avons glissé au moins trois bulletins différents dans les urnes au premier tour, dans le respect l’un de l’autre. Mais ce qui nous fédère, c’est le sens du devoir d’aller voter, et l’ardente nécessité de ne pas laisser passer la candidate du FN au deuxième tour. En cela, je pense que l’éducation civique de mes enfants est réussie. Ils ont le goût de se rendre aux urnes, des visions politiques responsables, des idéaux et de l’esprit critique. Ils ne se laisseront pas manipuler par celle qui excelle au jeu de la démagogie et qui avance masquée d’un grand sourire pour mieux tromper son monde.
Porte-bonheur, mon muguet ?
Le bonheur est un bien grand mot !
Souhaitons-nous au moins, pour cet entre-deux-tours, de ne pas perdre notre honneur pour longtemps…

Elle n’aura pas ma voix

26 avril 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 7 commentaires

Je n’aime pas parler politique dans l’espace public, je n’ai jamais utilisé ce blog dans ce but. Mais là, l’heure est grave.
Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour. Mais au second, je vais le faire sans une once d’hésitation. Et certainement pas m’abstenir, quand mon pays pourrait tomber aux mains du Front National.
Petit historique de mes convictions politiques : je suis d’une famille rurale et ouvrière à la fois, pauvre, catholique pratiquante de manière immémoriale. Vie très modeste, restrictions de toutes sortes sur l’habillement, les loisirs, pas de vacances en famille, pas de possibilité de longues études – l’Ecole Normale rémunérée a été la planche de salut pour deux de mes sœurs et moi. Bref, nous faisions partie des « petits » de la société depuis toujours. En quoi le discours engagé socialement de notre curé de village nous rejoignait tout à fait. Il militait à l’Action Catholique Ouvrière, tout naturellement, il m’a conduite à le faire dans la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, où j’ai été active pendant toute mon adolescence.
A cette époque, la droite était installée depuis longtemps au pouvoir, la gauche était une espérance. Elle n’était pas connotée de tout ce qu’on lui reproche aujourd’hui, et cela pouvait ne pas être contradictoire du tout d’être catholique pratiquant et de gauche.
Le 10 mai 1981, j’avais 17 ans, je guettais avec mon père les résultats de la présidentielle à la télé, et quand nous avons vu apparaître le visage de François Mitterrand à l’écran, nous avons sauté de joie, ri et pleuré à la fois. C’était comme si, enfin, nous allions exister dans cette société-là. J’ai un souvenir ému et grandiose de cet instant-là.
Un an plus tard, je devenais élève-institutrice, très fière de l’être et pas encore stigmatisée « fonctionnaire parasite » comme nous le sommes aujourd’hui – et depuis des années.

Passons sur les années d’alternance gauche-droite, qui ont donné ce que chacun estimera lui-même.

Ce qui est sûr, c’est que j’ai toujours eu une aversion viscérale pour le Front National. Il représente tout ce que je hais en politique : le langage manipulateur, les dynasties politiques père-fille-nièce – que sera la suite ?, l’opacité du parti, ses racines historiques plus que douteuses, la sollicitation permanente de ce que l’humain peut avoir de plus mauvais en lui : égocentrisme économique, rejet de l’étranger, recherche d’un bouc émissaire facile, la remise en question de la construction européenne qui est partie d’un très bel idéal humain et nous a valu la paix depuis sa fondation. Ayant toujours vécu proche des frontières : Allemagne, Luxembourg, Belgique, maintenant Suisse, j’ai mesuré quel gain était pour l’individu la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace Schengen – on ressent bien la différence quand on traverse la Suisse ou qu’on s’y arrête. Et quel progrès représente l’euro à notre petite échelle d’Européen qui circule d’un pays à l’autre !

Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour et bien des choses m’incommodent dans sa personnalité et son programme.

Mais en aucun cas, jamais, définitivement jamais, je ne donnerai ma voix – gagnée de haute lutte en tant que femme – à un(e) candidat(e) du Front National à quelque élection que ce soit, qui plus est à cette présidentielle à enjeu majeur. Jamais.

Jolie rencontre pascale

16 avril 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

La Vigile pascale dans ma vallée, comme chaque année, dans la chaleur et la lumière du feu au soir tombant, la flamme du cierge qui se transmet d’un fidèle à l’autre, les lectures qui toutes, annoncent le passage de la mort à la vie, la douce cohésion paroissiale autour de l’événement fondateur de notre foi… Je suis dans le même banc qu’un couple retraité de mon village, cette année ils sont accompagnés d’une belle jeune femme, je me dis qu’il doit s’agir de leur fille dont ils me parlent de temps en temps. Elle me sourit à plusieurs reprises et nous passons la célébration côte à côte, dans la joie et le recueillement. Au moment du geste de paix, son sourire se fait plus insistant : « On se connaît, tu ne ne me reconnais pas ? J’ai changé à ce point ?  » Et il faut qu’elle me dise son prénom pour qu’enfin je reconnaisse une jeune collègue qui a passé deux ans dans notre école il y a une dizaine d’années, elle a été la maîtresse bien-aimée de ma fille et de ses camarades de classe. Bien sûr que je la reconnais ! Je touche ses cheveux coupés au carré : « Tes cheveux !  » Je l’imaginais encore avec la cascade de boucles brunes qui lui tombait au creux du dos. On a envie de se prendre dans les bras. Moi aussi j’ai changé, et elle hésitait à m’aborder ! J’étais tellement persuadée qu’elle était la fille de mes amis paroissiens que je n’ai pas pensé un seul instant qu’ils pouvaient l’avoir accompagnée là au titre d’une catéchèse dont ils sont animateurs !
A la sortie de l’église, nos mots, nos souvenirs et nos nouvelles se bousculent dans nos bouches. Sa fille, que j’avais vue bébé, a maintenant 8 ans, et est l’aînée de trois enfants. Elle me parle de son sursaut de foi il y a deux ans, de son goût nouveau de pratiquer. Jamais je n’aurais pensé la retrouver dans ce contexte, nous qui n’évoquions guère notre foi dans l’école laïque. L’église se vide et nous nous bavardons encore, il y aurait tant de choses à se dire ! Elle se souvient bien de ma fille et écoute avidement les nouvelles de cette petite promotion de CM2 qui a maintenant 18 – 19 ans…
Il est tard, il faut se séparer. Mails échangés, promesse de se donner des nouvelles et de pouvoir maintenant parler de notre foi.
J’ai hâte de raconter cette belle rencontre à ma fille, qui en sera émue, j’en suis sûre !

Christ est ressuscité, alléluia !

Entre fleurs et larmes

13 avril 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Un printemps entêtant de fleurs épanouies au soleil, arbres en explosion de blanc, de jaune  et de rose dans les jardins, au bord des routes et tout autour des cimetières…
Eprouvante et inhabituelle semaine sainte, kilomètres d’autoroute avalés entre une coupe de fleurs à déposer ici pour maman, une plaque à laisser là en souvenir d’une marraine aimante, et deux enterrements de très proches fauchés en pleins projets ou au bout d’une longue et difficile agonie…
Semaine sainte aux yeux brouillés de larmes dans les retrouvailles émues qu’on voudrait être dues à d’autres circonstances, les hommages justes et mérités qui pleuvent et les fleurs qui abondent pour deux personnalités aussi différentes, lui si ouvert, jovial et engagé socialement, elle si discrète, retirée, enfouie dans une vieillesse difficile à l’image de sa vie humble de long veuvage.

Je les ai connus, côtoyés, appréciés, l’un m’appelait « sa troisième fille » bien qu’il n’y ait pas de lien de parenté entre nous, et je me devais d’être là, à l’autre bout de la France, pour ce dernier hommage si poignant, l’autre était de ma famille par alliance, de mon village natal, et j’ai voulu l’accompagner à sa dernière demeure, là, près de nombre de ceux que j’ai tant aimés.
L’un et l’autre couverts de fleurs et des larmes de leurs enfants et petits-enfants, l’un et l’autre accompagnés de cantiques et du parfum de l’encens, l’un et l’autre confiés à Celui qui meurt et ressuscite d’entre les morts au matin de Pâques, dans trois jours.
Eprouvante et inhabituelle semaine sainte, comme une mise à l’épreuve de la foi et de l’espérance, comme un bouquet de prières à tous les défunts aimés entre Rameaux et renaissance de Pâques. Semaine sainte revêtue de sens comme jamais auparavant ; le souvenir restera tenace et l’espérance, intacte au creuset de la foi.

Il y a ce beau cantique à Marie, bien adapté à la fête de l’Annonciation que nous célébrons aujourd’hui :

Chercher avec toi dans nos vies
Les pas de Dieu, Vierge Marie
Par toi, accueillir aujourd’hui
Le don de Dieu, Vierge Marie.

1.- Puisque tu chantes avec nous
Magnificat, Vierge Marie
Permets la Pâque sur nos pas
Nous ferons tout ce qu’il dira.

2.- Puisque tu souffres avec nous
Gethsémani, Vierge Marie
Soutiens nos croix de l’aujourd’hui
Entre tes mains voici ma vie.

3.- Puisque tu demeures avec nous
Pour l’Angélus, Vierge Marie
Guide nos pas vers l’inconnu
Car tu es celle qui a cru.

Le début du refrain ne m’avait jamais interpellée comme aujourd’hui.
« Chercher… »
Le cantique ne dit pas : « Avoir trouvé avec certitude ».
Chercher. Avoir le droit de chercher. Avoir le droit d’interroger. Avoir le droit d’examiner le dogme et la doctrine avec sagacité.

En dépit de tous ceux qui me taxent d’hérétique sur le net, qui m’excluraient volontiers de l’Eglise catholique s’ils en avaient le pouvoir, j’ai célébré aujourd’hui dans un sanctuaire marial la fête de l’Annonciation, dans laquelle rien ne me pose problème, et, en entretien spirituel, je n’ai pas été blâmée d’être de celles et ceux qui cherchent et qui ne prétendent pas avoir tout reçu en infusion de catéchisme. Chercher encore et encore la vérité dans les Ecritures, dans l’histoire sainte et dans la prière à l’Esprit. Chercher avec d’autres s’il était possible. Ne pas tout avaler comme acquis, avoir la foi, et vouloir qu’elle grandisse encore.

« Guide nos pas vers l’inconnu
Car tu es celle qui a cru… »

Image : Notre Dame de Grasse   Musée des Augustins, Toulouse