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Malaise ecclésial

22 février 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

Je suis ce qu’on appelle une catholique pratiquante, mais j’avoue que mon appartenance à cette Eglise à laquelle j’ai choisi de demeurer fidèle me pèse plus d’une fois. Je pourrais même dire, ces derniers temps, de plus en plus.
Tout d’abord, je me sens à l’étroit dans le dogme catholique. Le Catéchisme de l’Eglise catholique semble avoir réponse à tout, tout expliquer, régenter toute notre vie. Or ma foi est beaucoup plus large, plus vaste que ces réponses toutes faites à chaque question que nous risquerions de nous poser. Le dogme pèse sur tout catholique comme une chape de plomb. Le contester, c’est déjà avoir un pied dans l’hérésie, qui nous rend passible d’excommunication. Contester le dogme, c’est faire fi de la tradition de l’Eglise et de l’infaillibilité pontificale. C’est encourir l’accusation de péché d’orgueil. Or certains pans du dogme m’apparaissent comme éminemment contestables. Mais étant femme, je n’ai jamais eu et je n’ai toujours pas voix au chapitre. La doctrine catholique a été élaborée depuis les origines de l’Eglise exclusivement par des hommes. Pour se donner bonne conscience, elle proclame de temps en temps une femme docteur de l’Eglise… mais longtemps après sa mort, quand ses dires et ses écrits ont été triés et qu’elle n’est plus trop menaçante pour l’ordre établi…

Autre chose me blesse profondément. On parle de l’Eglise sainte et irréprochable. Mais qui est l’Eglise ? Une institution vide de baptisés et de clercs ? Car il faudrait s’entendre. Il y a quelques années, pour apaiser mes maux d’Eglise, on me disait : « Oui, l’Eglise est sainte, mais pas ceux qui la font ».
Or voilà, il ne se passe pas une semaine sans un nouveau scandale ecclésial. Le drame absolu de la pédophilie de certains prêtres a jeté l’opprobre sur tous les catholiques. On voudrait croire que ce cauchemar est fini. Mais non, on allume le journal télévisé et encore une affaire qui éclate. On parcourt les réseaux sociaux et encore une mise en examen d’un soit-disant « spécialiste » des questions familiales en haut lieu ecclésial qui aurait abusé de ses patients en thérapie. J’avoue que pour moi, la coupe est pleine. Non, je ne me sens pas solidaire de ces abuseurs voire violeurs ecclésiaux. Pas plus que je ne me sens solidaire des violeurs de femmes dans les colonnes des journaux. Le viol est à mon sens le péché de l’extrême, le mal absolu avant le meurtre. Et non, je n’ai pas à me sentir solidaire d’un tel crime, moi qui suis femme et innocente de tout abus sur un enfant ou un semblable.

Enfin, le buzz de ces derniers jours a concerné le choix d’un prêtre d’une vie amoureuse plutôt que du sacerdoce, et dans une lettre fort maladroite, il s’en justifie comme d’un nouvel appel de Dieu. J’ai lu beaucoup de billets de blog et de commentaires à ce sujet, je constate simplement que c’était un prêtre vedette promouvant les messes pop-rock, ce qui n’est vraiment pas ma tasse de thé, et que contrairement à la discrétion habituellement recommandée en pareil cas, on fait là tout un tapage et on continue à le considérer comme un héros, alors qu’il ne fait rien moins que trahir une promesse de fidélité absolue au Christ. J’ai déjà dit ailleurs comment et pourquoi j’étais attachée au célibat des prêtres. Je ne vais pas y revenir. Simplement exprimer mon grand malaise, quand tout est ainsi galvaudé, que ceux dont on attend l’exemple de la vie évangélique donnent publiquement des contre-témoignages qui font la une des journaux et discréditent de plus en plus notre Eglise.

Je suis catholique pratiquante, je sais que je ne trouverai dans aucune autre église les sacrements auxquels je tiens, mais je me sens profondément blessée, mal à l’aise, à l’étroit dans cette Eglise à laquelle je dois pourtant fidélité par mon baptême.

Génération smartphone

21 février 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

Dans la salle d’attente, un petit bonhomme, deux ans maximum, il ne parle pas encore. Il est plutôt sage. Il va de sa jeune maman au coin jeu, traîne jusqu’à elle la caisse de gros Lego, elle lui construit une tour et il la détruit avec délectation. Puis il range tout, soigneusement, tandis qu’elle pianote sur son smartphone. Il revient vers sa mère.
« Je joue, tu veux jouer avec moi ? »
Elle le prend sur ses genoux et il pianote à son tour, au hasard semble-t-il. Les lumières qui se succèdent le font sourire. Ça le captive plus que les Lego. Elle l’installe au fond d’un siège et lui laisse le smartphone entre les mains. Et moi je le regarde, éberluée, faire tous les gestes des doigts sur l’écran tactile que mes grands enfants ont eu tant de mal à me faire comprendre, quand récemment je me suis résolue, à contre-cœur, à délaisser mon vieux téléphone à clavier azerty pour en acquérir un. Voilà un petit bonhomme d’une vingtaine de mois qui maîtrise déjà mieux que moi les technologies nouvelles !

Tout cela me laisse songeuse, surtout quand arrive une dame qui les rejoint et qui peut être sa grand-mère. Le bambin fonce vers son sac à main. Je me dis « Classique, un gamin qui rêve de déballer le sac à main d’une femme qu’il aime… » Mais non, elle aussi, elle en sort aussitôt son smartphone, c’est bien ça qu’il savait là et qu’il convoitait. La mamie l’allume puis lui dit d’un air désolé : « Non, tu vois, le jeu que tu veux ne marche plus. »
Déçu, il retourne vers celui de sa mère.

Et moi de me dire que dans trois-quatre ans, quand il sera assis devant un cahier qui ne clignote pas avec dans la main un crayon qui ne fait que ce qu’on le conduit à faire, il sera peut-être bien déçu et bien ennuyé aussi…

Villégiature

16 février 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Parfois, j’aime bien faire les choses un peu à l’envers. Là où les autres passent leurs vacances à la montagne, au bord de la mer ou à la campagne, j’aime bien me plonger dans l’atmosphère d’une ville à mes heures de liberté. Oublier la voiture pour plusieurs jours sur un parking, m’envoler et me plonger dans le trafic urbain par tous les moyens de transports offerts. Même le métro devient une occasion de me réjouir : repérer sur un plan ce qu’il y a de beau à voir, et relier les quartiers d’un trait de rames. Petite méditation entre deux stations sur la diversité dans notre beau pays, et goûter le patrimoine dans la légèreté des heures qui ne sont pas comptées.
J’ai de la chance : ma fille étudie dans l’une des plus charmantes villes de France. Celle où je ne pensais pas aller un jour, parce que c’est si loin en voiture ! La démocratisation de l’avion a du bon: une heure trente de vol, et je peux la serrer dans mes bras, là-bas, à Toulouse.
Douceur des heures de retrouvailles, de complicité, de shopping désinvolte, petits restaurants en tête à tête, et la joie de pouvoir écarquiller les yeux en la voyant danser sur scène, si mature, en plein progrès, rompue physiquement mais épanouie.
Oublier de se coucher de bonne heure pour traverser les ponts illuminés de nuit, prendre l’infusion du soir sur une terrasse un peu fraîche au vent de février mais annonciatrice du printemps quand même. L’écouter rire de ses projets qui partent dans tous les sens : elle voudrait vraiment avoir plusieurs vies pour faire tout ce qu’elle a envie de vivre !

La valise bouclée déjà, ne pas être triste parce qu’elle passe bientôt à la maison. Reprendre l’avion à rebours des citadins, pour retrouver mon havre de paix entre vignes et forêt, là où la vie s’écoule paisiblement, avant de songer au métro d’une autre ville, peut-être, aux prochaines vacances.

Réhabiliter la danse

3 février 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Nous méditons aujourd’hui Marc 6, 14-29, cet extrait d’évangile qui décrit la succession d’événements qui ont conduit Hérode à faire décapiter Jean le Baptiste.
Comme je l’ai souligné un jour, c’est, dans tout l’Evangile, le seul passage où une femme joue un rôle trouble. Le seul. Et Jésus n’est pas présent à la scène…
L’iconographie chrétienne s’est emparée de cette scène, le cinéma et le monde du spectacle aussi, et les réalisateurs s’en donnent en général à cœur joie en représentant une jeune Salomé dansant de façon totalement lascive. J’ai été fort choquée par exemple il y a quelques années par cette séquence donnée sur le parvis de Lourdes par la compagnie de Robert Hossein – que j’apprécie habituellement beaucoup – dans le spectacle « Une femme nommée Marie ». La danse provocante de Salomé y était interminable.
L’évangile en dit-il autant ? Pas du tout ! La jeune Salomé danse, sans doute est-elle belle et sa danse réussie ; que des hommes âgés la regardent avec des yeux lubriques est une toute autre affaire. C’est avant tout leur propre problème de regard qui est ici en jeu. Hérode est déjà adultère, qu’il franchisse le pas d’un désir incestuel ne nous étonnera donc pas. Hérodiade est bien sûr moins innocente dans l’affaire et elle manipule sa fille contre Jean le Baptiste, sachant bien que son compagnon Hérode, dans son orgueil, ne se dédira pas de sa promesse devant ses invités.
Cette scène a contribué encore et encore à la misogynie véhiculée par l’Eglise. Il conviendrait cependant de relativiser les choses : dans tout l’Evangile, Hérodiade est la seule femme à jouer un rôle négatif. La seule ! Alors qu’il y a une infinité de comploteurs contre Jésus qui sont tous des hommes, exclusivement. Voilà, je tenais à dire cela.

Pourquoi ce sujet me tient-il à cœur ? Peut-être parce que mes filles sont belles, et dansent, l’une est même étudiante en formation professionnelle de danseuse. Jamais, jamais mes filles ne dansent de façon provocante. Elles dansent magnifiquement, à l’aise dans leurs corps souples qui leur permettent ces prouesses. Quand j’ai l’occasion de les voir sur scène, j’en pleurerais de joie. Elles donnent du bonheur aux yeux et au cœur. Et si des spectateurs lubriques y voient autre chose que du talent et du travail, c’est leur problème et non celui de mes filles. Elles dansent leur liberté de femmes et la beauté de l’art.

Comme un arbre

2 février 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il y avait cette belle chanson de Maxime Le Forestier « Comme un arbre dans la ville », et moi je me sens comme un arbre, un arbre de la campagne, ou un arbre de la forêt, ou comme cet arbre-là, posé tout seul au-dessus de la plaine, que j’ai admiré aujourd’hui comme à chaque fois que je passe devant lui. Je l’avais pris en photo couleur automne, et le voici couleur hiver, nu, charpenté, détaché noir sur le ciel hésitant entre bleu et nuages.
Je l’aime bien cet arbre-là, je le trouve courageux, tout seul dans les chaumes de la colline, le tronc  presque dans la vigne, contemplant loin sous lui la plaine où grouillent les gens et les véhicules. Enraciné dans un sol précaire, se dressant vers le ciel dont il n’est pas loin, mais n’oubliant pas la vie en bas, au-delà de la vigne, là où sont les hommes, là où est parfois la platitude de la vie, là où les voitures vont et viennent sans plus savoir, parfois, pourquoi.
Comme un arbre…
L’hiver n’est pas fini, il est dépouillé de toutes ses feuilles, il affronte seul les vents et la neige qui vient juste de fondre. Il est planté tout seul, là, l’air un peu triste, mais néanmoins harmonieux, et puis ceux qui le voient le savent bien : au bout des branches noircies par le gel, déjà, en formation, les bourgeons du printemps. Dans deux – trois mois, il sera tout vert. Ce sera le temps pour lui d’égayer le chemin des promeneurs.
Comme un arbre…
Et je sens bourgeonner en moi toutes ces idées nouvelles pour l’Eglise dans laquelle j’ai été baptisée il y a bien longtemps, toutes ces idées dont personne ne veut, toutes ces idées qui choquent, qui heurtent, qui contredisent, qui empêchent d’être pieux en rond…
Comme un arbre…
Il est planté tout seul, là, dans le froid de l’hiver, mais le ciel est juste au-dessus, et je suis sûre qu’un jour, des promeneurs vont s’arrêter à son ombre, au bord de cette vigne, pour l’observer d’un peu plus près et écouter le bruit du vent dans son feuillage.