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La chance de L’aimer

4 mars 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

C’est à la fois un don de Dieu et une volonté personnelle. Une inclination que j’ai toujours eue, depuis ma plus tendre enfance : aimer le Christ Jésus. Aimer tout de Lui : ses paroles, sa manière de vivre au milieu de ses contemporains, sa douce miséricorde, son exigence de veille sur nos relations humaines, son regard aimant, sa façon libre et tellement respectueuse pour son époque de s’adresser aux femmes quelles que soient leur réputation et leurs requêtes, sa lucidité sur « ce qu’il y a dans l’homme », son courage face aux gardiens de la Loi et des traditions de la religion dans laquelle il a été élevé en y restant fidèle, son charisme qui a permis à ses disciples de dépasser les vexations qu’il leur a imposées pour raboter leur orgueil, et même sa colère quand il chasse les marchands du Temple. J’ai toujours tout aimé de Lui depuis que j’ai appris à le connaître dans l’Evangile, dans des livres offerts par un oncle prêtre à la petite fille que j’étais, dans des films ou des spectacles fidèles à sa personne et à la parole qu’il lui appartenait de confier à l’humanité qu’il a visitée il y a 2000 ans. Jamais, je n’ai cessé de l’aimer, même dans le doute quant à sa nature divine et dans l’éloignement des sacrements pendant les quinze premières années de ma vie d’adulte. Je ne porte plus de honte de cet agnosticisme et de cette remise en question de l’Eglise. Une foi si vive et si spontanée devait être passée au creuset un jour. Ce n’est pas le Christ que j’ai cessé d’aimer. Jamais. C’est la manière dont certains voulaient se l’accaparer en le dénaturant.

Je l’ai retrouvé, mon Seigneur, Celui que mon cœur a toujours aimé et cherché. Je l’ai retrouvé, femme que j’étais devenue, pour l’homme qu’il a été parmi les hommes et continue à être pour ses frères et sœurs avec qui il désire tout partager de Lui, y compris sa divinité reçue de son Père. Etre avec Lui dans un échange incessant de regards, de paroles intérieures ou chantées, d’intercession, de communion à son Corps offert en sacrifice. L’aimer même sur la croix, jusque sur la croix. Aimer même ce corps supplicié par la jalousie de ceux qui croyaient comprendre et respecter le Père mieux que Lui. Aimer sa patience, quand je pensais qu’un homme-créature pourrait m’apporter la plénitude à laquelle j’avais goûté et aspiré en Lui. Aimer son abnégation quand j’ai cédé aux désirs d’un autre que Lui, aimer la liberté qu’il m’a laissée de devenir mère, aimer le sacrifice qu’il a concédé d’une vocation précoce à laquelle il aurait pu m’appeler, mais qu’il n’a laissé se faire jour qu’une fois que la maturité et la pleine capacité de répondre « oui » librement étaient venues.
Non, je ne suis pas « une religieuse manquée ». Ma vocation, je le sais par Lui, était d’aller jusqu’au bout de ma chair de femme, de vivre la maternité comme une première plénitude, et la consécration tardive comme le point d’orgue de cette vie. (suite…)

C’est une partition en clef de froid polaire. Dehors. Mais au-dedans, la joie incommensurable des visages aimés retrouvés, la paix qui sourd de la cascade gelée et des voix harmonieuses s’élevant dans le chœur des trappistes de laudes à complies. La paix, aussi épaisse que la couche de neige qui s’installe un matin où on ne l’attend pas. Ici, des couleurs vives de carnaval vénitien au bord d’un lac sommeillant sous le froid, et là, le blanc d’un jardin des merveilles au soleil couchant.
A l’abbaye, une porte lourde qui se referme sur le parloir du bonheur, l’oreille tendue de saint Benoît qui goûte les notes de l’échange chaleureux, les mots de la sérénité et de la joie de croire, l’essentiel compressé en un condensé de minutes si rares et si précieuses. D’autres années, je lui ai confié mes tensions et mes impatiences, cette fois nos sourires se répondent dans mon enthousiasme retrouvé et sa vieillesse qui avance sans avoir raison de sa transparence. Je remarque l’ongle de son majeur, un peu blessé, comme le mien, à la même main. Nous aurons donc un point commun de plus, s’il en fallait encore un. C’est si doux de le retrouver, qu’il soit encore là, toujours là, dans son vœu de fidélité et de stabilité. Stable et fidèle amitié, si riche et si complice ! J’aime ses formules, modelées au goût de la lectio divina, et sa présence soudain dans la cuisine de l’hôtellerie le matin de mon départ : « La voilà, celle que je cherche pour lui dire au revoir ! » Partir le cœur en fête, parce que cette si courte retraite a donné davantage qu’escompté, silence empli de prière fervente et route qui étincelle d’évidence vers un avenir confiant.

Non, je ne rentre pas tout de suite, il y a encore des beautés à voir dans le brouhaha d’une ville. Monter maintes marches à la recherche de la cathédrale, goûter chaque vitrail, trouver qu’il fait chaud dans les églises et les temples tandis qu’il fait si froid dehors. Garder toute sa paix intérieure au milieu des multiples visages croisés dans les transports en commun, avoir rêvé d’un thé au bord d’un lac azur et retrouver les quais ensevelis sous la neige, les canards tremblants dans l’eau glacée, saluer en riant une dame qui fait du ski de fond là où les tulipes devraient déjà égayer les promenades. Le temps d’un déjeuner, revoir une amie très aimée et nous raconter à la hâte toutes les années passées depuis notre dernière rencontre. Aller s’étourdir de beauté à une sublime exposition d’art, là un Sisley, ici un Degas, et encore un Manet et un Picasso… Mon appareil photo n’en peut plus de tant de splendeur en pastels.

Tandis que je dégage une épaisse couche de neige de ma voiture immobile depuis deux jours, je songe à la richesse de cette semaine de plénitude, carême offert par la main généreuse de Celui qui pourra le printemps après un long hiver de torrent courant sous la glace.

Ma mouette voyageuse

16 février 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Les « Coucou, je suis à Londres » ou « Trop bien, Amsterdam ! », je ne les compte plus. La chanceuse a découvert des lignes low cost depuis l’aéroport de sa ville étudiante. Et comme elle n’est pas du tout fourmi – normal, elle fait des études de cigale : chanter ou danser, au choix – dès qu’elle a trois sous en poche, elle s’envole. Je ne suis pas du genre mère anxieuse, elle a de la chance. Et d’ailleurs, ses escapades, ça me rappelle bien les miennes à son âge : ma maman se plaignait auprès d’une amie que j’étais toujours sur les routes à visiter des connaissances de préférence habitant un peu loin.« Véronique est un pigeon voyageur ! » A quoi son amie lui répondait que j’avais bien raison de profiter de ma jeunesse, sa fille à elle s’étant mariée à 18 ans. Bref, j’aurais beau jeu aujourd’hui d’empêcher mes propres enfants de sillonner l’Europe, voire plus et plus loin. Ce qui était à portée d’une journée de voiture pour nous est devenu pour le même budget à portée de quelques heures d’avion pour eux.
Mais là, j’avoue qu’elle a fait fort, ma petite mouette. En janvier, elle parlait de Malte pour ces vacances-ci. Je grommelais qu’il lui manquerait le budget.
Il y a quelques semaines, elle me demande si je veux bien lui envoyer un colis : son gros bonnet, un fuseau de neige et des collants chauds.
« Tu veux faire quoi, encore ??? »
Elle rit au téléphone.
Et je n’ai pas le temps de protester qu’elle a déjà le billet et tout planifié pour son séjour. Elle s’envole donc pour l’Estonie et a prévu de visiter les trois pays baltes : Tallinn, Riga, Vilnius, cela ne m’évoque rien d’autre que les cases du Monopoly « Europe » mais ce sont les villes escales qu’elle a choisies. Les pieds dans la neige, tête au vent de la mer Baltique, elle fait ses visites toute seule avec son sac à dos.
Deuxième jour. « Tu sais, Tallinn c’est tout petit, j’en ai fait le tour en une journée, le ferry pour la Finlande est super pas cher, je vais visiter Helsinki. »
Et puis quelques heures plus tard : « Bon, Helsinki, ce n’est pas très typique de la Finlande, je prends un bus et je vais visiter une petite ville touristique ! »
Et elle nous envoie des photos à couper le souffle de Porvoo.
Le soir, merveille des nouvelles technologies, elle m’appelle par messenger et me raconte les péripéties de son escapade. Il est 22h là-bas, elle va reprendre son ferry pour Tallinn. Il traverse des zones de mer gelée.
Et moi je voyage, devant ses grappes de photos toutes plus belles les unes que les autres, tandis que cuit ma soupe de courges qui consolera mon rhume débutant.
Franchement, je ne sais pas d’où viendront les « Coucou » et les photos demain, ni après-demain. Mais vole ma mouette, de bonnes étoiles veillent sur toi !

Un dimanche à Lourdes

11 février 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Sur mon histoire personnelle avec Lourdes, j’avais déjà rédigé ce billet :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/6682-vis-cite-sainte

En voici un autre qui lui succède…

Avril 2016

Je suis à Toulouse avec ma fille qui doit passer des auditions dans deux écoles de danse où elle souhaite étudier. Entre les deux dates, j’ai prévu une escapade d’un dimanche à Lourdes avec elle. C’est pour moi une grande première, je n’y suis jamais allée, ma fille non plus. Quand on est du nord-est, Lourdes, c’est très loin !
Comme il se doit dans ces cas-là, les billets de train sont réservés, mais il y a une grève sur une partie du réseau SNCF. Rester dans la paix intérieure. Nous effectuerons une partie du trajet en bus et attraperons in extremis le TGV réservé qui s’arrête à Lourdes.
En quittant la gare, je suis saisie d’une grande émotion : quelle beauté, ce paysage de début de printemps, dans cet écrin blotti sous les Pyrénées encore enneigées ! Au cœur du paysage, non pas la basilique du sanctuaire, mais l’église paroissiale où Bernadette reçut les sacrements. Nous achèverons d’ailleurs la journée par cette visite émouvante.
Il fait très beau, encore un peu frais comme il sied à un jour d’avril, mais ce sera la première fois de l’année où je pourrai quitter mon manteau d’hiver.
C’est l’année de la Miséricorde. Nous passons la Porte sainte et nous retrouvons sur le parvis du sanctuaire, coloré de pèlerins et de ces voiturettes si caractéristiques de Lourdes. J’ai déjà vu maintes et maintes photos du lieu, mais je ne pensais pas que c’était aussi beau, vaste et éloigné des boutiques de souvenirs qui n’occupent fort heureusement que le centre ville. Il n’y a pas encore une foule trop compacte ce jour-là, nous nous déplaçons aisément d’un lieu à l’autre du sanctuaire, éblouies, je dois l’avouer, par les beautés de ce lieu sous un franc soleil. Nous nous réservons la grotte pour l’après-midi et arrivons un peu en retard à la messe dominicale à la basilique de l’Immaculée Conception. Je suis habituée à  mes petites églises rurales, et je dois dire que j’ai du mal à me recueillir dans cette immense basilique, au milieu des va-et-vient des passants plus ou moins intéressés par la célébration. Ma fille y met un peu de mauvaise volonté, et cela me chagrine. Dans ma famille, j’ai l’habitude d’avoir la foi pour beaucoup d’autres…
Elle a mal aux jambes, très mal. L’audition de la veille était rude et l’a épuisée. Je lui demande, un peu agacée, si je dois lui prendre une voiturette. Mais comme elle me dit presque oui, je respecte sa souffrance. (suite…)

Vu de l’extérieur

10 février 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai eu cette chance, dans ma vie, de sortir plusieurs fois pour des années plus ou moins longues des milieux les plus prégnants de mon existence, les quittant un temps pour mieux y revenir ensuite. Et ces parenthèses m’ont permis de nuancer mon regard sur ces milieux et ceux qui ne leur appartiennent pas.
Edifiante fut pour moi l’expérience de vivre deux ans, puis quelques années plus tard quatre ans de congé parental. Je quittais ainsi l’école, l’Education Nationale qui avait été le cadre de ma scolarité et dans la même continuité de ma profession pendant si longtemps. Eh bien, on peut m’en croire, on n’a pas le même vécu quand on est « dedans » ou « dehors ». J’ai vécu les devoirs à la maison trop lourds pour des enfants fatigués par une journée de classe, l’étonnement du parent devant la tâche inadaptée aux prérequis de son enfant. J’ai vécu aussi l’attente devant – et non derrière – la porte fermée de l’école avec un bébé dans les bras plus de quinze minutes quand une classe sortait très en retard, j’ai entendu les conversations des parents au sujet des enseignants trop ceci ou pas assez cela, j’ai préparé certaines années un pique-nique par semaine pour des sorties répétées et pas toujours très pertinentes pédagogiquement, j’ai été de ces parents convoqués parce que l’enfant présentait un changement de comportement, et j’ai fait face aux questions indiscrètes sur les causes de son trouble passager… J’ai été de ces mamans qu’on jugeait désœuvrées parce qu’à la maison et ne se précipitant pas pour accompagner une classe à la piscine, j’ai été soupçonnée comme toutes les autres dans mon cas de regarder la télé pendant la sieste de mes petits tandis que ces pauvres maîtresses s’échinaient au travail… Ce discours au sein des écoles, je le connais très bien. Et croyez m’en, quand on a été « mère au foyer » et rien de plus pendant quelques années, on ne le vit pas très bien venant de celles qui pourraient être des collègues. Combien plus alors quand de sa vie, des collègues, on n’en a eu aucune, par choix ou faute de trouver du travail !
Cette expérience m’a définitivement servi, je pense, à sortir des jugements hâtifs sur « les parents », cette caste « d’ennemis publics N°1 » comme me le disait une amie entrée tardivement dans l’Education Nationale et qui fut estomaquée, après avoir été travailleuse sociale, du langage qui avait cours dans les écoles et même en formation, dénotant une méfiance viscérale des enseignants vis-à-vis des parents de leurs élèves. Il est bon, parfois, d’avoir été, dans un milieu donné, « l’autre », fût-il « ennemi public N°1 ». (suite…)